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Mevatlav Ekraspeck

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1986-1990 : années noires, losers bleus

[Épisode 2/3] Trop tendres, éphémères ou poissards, ils ont eu leur(mal)chance en équipe de France au mauvais moment. Et ils ne sont pas ressortis de la lessiveuse. 

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1986-1990 : les années noires des Bleus
1986-1990 : années noires, losers bleus
1986-1990 : années noires, génération perdue

 

Durant ces quatre années d’errance, quelques joueurs vont passer en sélection de sales quarts d’heure, voire s’y griller définitivement. Ces passagers du vent atteindront leur pic de forme pile au mauvais moment, et ne connaîtront jamais les joies d’une phase finale.

 

Rassemblement en 1989. Debout : Henri Emile, Joël Bats, Stéphane Paille, Sylvain Kastendeuch, Alain Roche, Marcel Dib, Basile Boli, Jean-Christophe Thouvenel, Franck Sauzée, Bruno Martini, Gérard Houllier.
Assis : Christian Perez, Daniel Bravo, Eric Guérit, Jean Tigana, Michel Platini, Jean-Pierre Papin, Jean-Marc Ferreri, Manuel Amoros. (photo via deux-zero.com)
 


Les coups d’un soir

Gloire à vous, Patrice Garande (Irlande 88), Joël Germain (RDA 87), Philippe Jeannol (URSS 86), Thierry Laurey (Écosse 89), Jean-Philippe Rohr et Rémy Vogel (URSS 87), d’avoir étrenné votre unique cape durant cette période, d’avoir su attirer l’œil de Platini ou d’avoir fait la transition entre France olympique et France tout court.

 

Ce coup d’un soir a eu le mérite d’exister. On peut vous associer Philippe Tibeuf (Hongrie 90), Didier Sénac (Norvège 87) ou Patrick Delamontagne (Norvège 87), qui auront connu (ou retrouveront) de façon fugace les rassemblements internationaux, mais sur une autre période.

 

Dans le lot, il faut ressortir Thierry Laurey, cadre d’une jeune génération sochalienne fort prometteuse (Paille, Silvestre, Madar, Lada…) qui prend le relais d’un Franck Sauzée parti à l’OM. Remarqué par Platini, il est lancé sans ménagement en Écosse.

 

Tigana forfait, Laurey s’installe en effet aux côtés de Blanc et Durand, et sombre comme toute l’équipe de France ce soir-là. Sauzée et Pardo feront désormais le travail, et Laurey regardera le 0-0 contre la Yougoslavie du bord du terrain, pour ne plus jamais être rappelé. Rude.

 

Jacky Paillard (Tchécoslovaquie 1988) et Éric Guérit (Yougoslavie 1988) ont connu pire: le banc, sans rentrer, pour leur seule convocation. William Prunier sera invité mais forfait, les deux autres rentreront à Toulouse et Nice sans revoir l’équipe de France

 

À l’heure actuelle, 241 joueurs ne comptent qu’une sélection: six en deux ans, c’est donc fort raisonnable, et ce n’est pas un symptôme d’instabilité. Pour autant, l’équipe a cruellement manqué de constance et d’expérience.

 


Les oui, mais en fait, non…

Et voici ces joueurs que Platini ou Michel ont voulu revoir, avant de les ignorer… Destin cruel de ceux qui ont pu y croire: deux attaquants, Gérard Buscher et Carmelo Micciche (deux capes chacun), ce dernier bénéficiant, face à l’Islande, de la dernière offrande platinienne sous le maillot français pour inscrire son unique réalisation, avant de servir Yannick Stopyra pour un deuxième but.

 

 

 

 

Le Messin, victime d'une vilaine blessure au genou, ne retrouvera que partiellement son niveau. Buscher, lui, paiera certainement sa saison plus que moyenne au Matra Racing alors qu’il enfilait sa quinzaine de buts annuels au Stade brestois…

 

Pour les accompagner, appelons Messieurs Philippe Anziani, (un match joué pour 5 sélections entre 81 et 87) Bernard Zénier (une cape sur la période, 5 entre 1977 et 1987 !), Pascal Despeyroux (3 capes) et Jean-Christophe Thouvenel, (3 capes sur la période, 4 au total).

 

Philippe Anziani fait partie de la génération sochalienne qui succède à l’ASSE et à Bastia dans les épopées européennes, et gagne le droit de disputer le France-Brésil de 1981. De nouveau appelé alors qu'il évolue à Monaco puis à Nantes, il se retrouve titulaire face à la Norvège en 1987, pour un dernier essai.

 

Bernard Zénier, attaquant de poche aux états de service irréprochables à Metz, Nancy et Marseille – son expérience bordelaise est plus mitigée même s’il y glane un titre –, a seulement bouché les trous devant.

 

Jean-Christophe Thouvenel a aussi été retenu quand le réservoir de défenseurs était vide, l’impeccable Bordelais étant titularisé quatre fois en six sélections. Comme Anziani, il connaît sa dernière sélection contre la Norvège.

 

Le sort de Pascal Despeyroux est plus cruel. Il débarque en équipe de France à vingt-trois ans, un titre de champion d’Europe espoirs en poche, membre d'un Toulouse FC quatrième puis troisième en championnat. Dans un milieu de terrain tricolore qui se cherche, l’avenir lui appartient. Il a des qualités, dont un certain sens de l’accueil: Diego Maradona profitera de ce savoir-vivre.

 

 

 

 

Sa troisième et dernière sortie a lieu à l’été 1988, avec une titularisation face aux Tchécoslovaques, au Parc, avant d’être rayé des cadres. Franck Sauzée vient d’arriver, un champion d’Europe espoirs en chasse un autre… Choisissant l'ASSE plutôt que l'OM en 1992, il est relégué trois ans plus tard, et finit sa carrière en D2 au Perpignan FC, qui dépose le bilan un an après son arrivée. Vous avez dit karma?

 


Les (plus ou moins) installés

Ils ont disputé six matches ou plus avec la France entre août 1986 et août 1990, durant ces fichues années de flottement. Talentueux ou besogneux, infortunés peut-être, ils vont voir le train de l’Euro 1992 les laisser à quai, après avoir été incapables de mettre celui de 1988 et 1990 sur les bons rails.

 

Derrière, attention, duo de poètes: Luc Sonor et Sylvain Kastendeuch, 9 capes chacun, purs produits de la rugueuse école messine. Le Monégasque sera du sinistre enchaînement Chypre-Écosse-Yougoslavie qui élimine la France de la course à l’Italie.

 

Par la suite, le trio Silvestre-Casoni-Sauzée termine de renvoyer ce bon Sylvain à Saint-Symphorien, après une ultime prestation irlandaise. La nouvelle donne technique de l’été 89 voulue par Platini élimine de la course ces deux joueurs "durs sur l’homme", le nouveau sélectionneur les trouvant "un peu justes".

 

Dans l'entrejeu figure Marcel Dib, 6 apparitions, milieu furieusement teigneux de l’ASM, qui disparaît des listes après la tournée au Koweït de l’hiver 1990. Pardo, Deschamps, Blanc, Fernandez: la concurrence à son poste devient sauvage.

 

Même constat pour Dominique Bijotat ou Fabrice Poullain, respectivement 7 et 9 sélections, qui ne sont pourtant pas des deux matches catastrophiques d’Édimbourg et Limassol, mais qui ne sauront saisir l’opportunité de s’installer durablement.

 

Bijotat ne jouera presque que des matches amicaux (7 sur 9), Poullain ne s’imposera pas comme à Monaco. Solides et pleins d’abnégation, il leur manqua ce petit quelque chose pour durer. Bijotat dispute son dernier match en avril 1988 à Belfast, Poullain deux mois plus tôt à Louis-II contre le Maroc. Fermez le ban.

 


L'attaque introuvable

Devant, une triplette douée tente sa chance: José Touré (6 matches et un but contre l’URSS), Philippe Fargeon (7 matches et 2 buts), et Stéphane Paille (8 matches et un but face aux Tchécoslovaques). Évidemment, aux côtés de Stopyra, Papin ou Cantona, c’est compliqué.

 

José Touré, talent gâché par des blessures aussi moches que son hygiène de vie, trimballe son talent et ses fulgurances – 16 sélections entre 1983 et 1989 – ratant l’Euro à domicile et le Mexique, ruinant ses dernières chances après que les nuits monégasques (et pas que) l'eurent achevé.

 

Platini ne le rappellera plus après une ultime tentative en Irlande début 1989, où il remplace Stéphane Paille pour une prestation diaphane en seconde période. De sa si frustrante carrière en bleu, on retiendra son éclair de France-Uruguay 1985

 

 


Xuereb, Paille, Perez.

 

Stéphane Paille ne passera pas non plus la fin des années 80, après avoir connu une unique victoire en huit matches avec l’équipe de France. Il était pourtant adroit, le bougre, mais trop tendre loin du cocon sochalien.

 

Après l’énorme bide montpelliérain du fameux duo Paille-Cantona, ses belles prestations avec le FC Porto et le Stade Malherbe seront vaines: Papin et Canto cartonnent, Loko et Pedros poussent, Ginola explose. Le môme qui avait tout écrasé avec Sochaux n’aura pas la carrière attendue. Il était pourtant capable de ça.

 

 

 

 


Pareillement, un vrai engouement accompagna Philippe Fargeon, débarquant de Suisse à Lescure pour claquer but sur but avec les Girondins. Le soufflé retombe aussi sec, et ses errances en club (Toulon, le Servette, puis un come-back bordelais avant un ultime exil suisse) confirment le côté éphémère du garçon.

 

Les spectateurs de Winston Park seront les derniers à profiter au printemps 1988 de son style chaloupé en match international… Le joueur avait une belle pointe de vitesse et un certain opportunisme, caractérisé par sa réalisation en finale de coupe de France 1987 contre l’OM.

 

 

 

 


Passi-Pardo, le chaînon manqué

Entrez ici, Gérald Passi, onze sélections et un but glorieux dans son Stadium contre la Suisse en février 1989, et Bernard Pardo, neuf capes sur la période qui nous intéresse, quatre de plus en suivant, invaincu quand il porte le maillot tricolore (dix victoires et trois nuls). Ces deux-là avaient pourtant l’épaisseur pour durer, et un certain vide à leur poste pouvait les amener à l’Euro 1992. Sauf que…

 

 

 

 

Bernard Pardo fait sa première apparition à l’été 1988, fort de belles prestations au SC Toulon, et fera partie des cadres, amenant ce qu’on appellera pudiquement sa grinta. Car c’est dans le Var (après de belles années brestoises) qu’il s’épanouit, au sein d’un effectif de garçons aux mœurs footballistiques raffinés… 

 

Ses qualités ne s’éteignent pas dans les écuries bordelaises et marseillaises qu’il fréquente ensuite. Las, il se fait les croisés au printemps 1991, manque à l’OM pour la finale de Bari, et est transféré en kit au PSG (avec Germain et Fournier) pour faire venir Jocelyn Angloma à Marseille.

 

Il ne sera plus appelé, mis au placard à Paris par Artur Jorge et, pas vraiment rétabli, il mettra fin à sa carrière professionnelle dans la foulée. Il fut pourtant un poumon, aidant au rebond et au renouveau de l’équipe de France.

 

Place à l’élégant Gérald Passi, qui inaugure sa première cape au côté d’un Platini qui fête sa dernière, contre l’Islande au Parc en 1987. Le meneur de jeu toulousain resplendit alors chez les Violets avec Stopyra, Marcico, Tarantini, Bergeroo, le jeune Despeyroux… Il va prendre naturellement la place du grand Michel dans l’entrejeu, pense-t-on…

 

Il partira dans les bagages d’Henri Michel, Platini ne le rappelant pas. Symbole de cette période de transition et de vaches maigres, il avait la responsabilité d’animer l’attaque. Mais voilà, malgré des matches amicaux aboutis dont un formidable à Toulouse face à l’Espagne, le nul à Chypre aura sa peau. Il sera le seul.

 

Ses prestations à Monaco puis Saint-Étienne auront beau confirmer un certain talent, le jeu prôné par le sélectionneur avec de la vitesse aux ailes éliminera un joueur plus à l'aise avec la profondeur. Il aura connu la plus mauvaise période de l’équipe de France sans avoir le droit de goûter à la rédemption. Cruel.

 

Le drame de l’affaire, c’est qu’un Pardo à la récupération alimentant un Passi à la distribution, ça aurait pu marcher. Ils n’auront qu’une sélection commune, le 24 août 1988, au Parc face à la Tchécoslovaquie.

 

Deux mois plus tard, le voyage à Limassol est fatal au beau Gérald. Pardo n’en est pas, échappe aussi au naufrage de Glasgow et revient pour le fameux 4-2 de Malmö qui relance la machine France. Un genou qui trépasse et un transfert plein de malice de Tapie. La poisse…

 


Gardiens au pied des poteaux

Joël Bats avait débarqué en 1983 et mis tout le monde d’accord durant cinq ans, Bruno Martini en fera de même avant de céder le poste à la doublette Barthez-Lama.

 

Éliminés, les anciens maudits (Bergeroo, Hiard, Tempet, Dropsy, Etorri, Rust…). Écartés, les éventuels nouveaux (Rousseau, Huard, Etorre, Mottet…). Gilles Rousset pointera bien une tête au Koweït, mais c’est tout.

 


Un onze type de la lose

Quelle serait l’équipe-type de ces braves Tricolores perdus entre deux générations?

 

 

 

Le onze des pas de pot, des trop tôt, des barrés, des auteurs d'un mauvais match au mauvais moment, a tout de même une sacrée gueule, et quelques trophées à son actif – avec une forte connotation bordelaise et messine, des touches monégasques et toulousaines.

 

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