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R. Cosmidis et C. Kuchly

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L'Allemagne prise d'un doute

Après le haut, le bas. Face au Ghana, l'Allemagne a dilapidé une partie du crédit qu'on lui accordait après le premier match. Certaines craintes sont confirmées mais il y a tout de même une bonne surprise: Miroslav Klose.

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Proche de la qualification pour les huitièmes de finale après son match nul contre le Ghana (2-2), l’Allemagne de Joachim Löw ne convainc pas totalement. Brillante en 2010, elle souffre en 2014 de maux parfois aggravés par les choix de son sélectionneur.

 

Allemagne Klose Ghana


 


L’énigme des latéraux

Joachim Löw dispose peut-être du meilleur latéral droit du monde en la personne de Philipp Lahm mais, comme Pep Guardiola, il préfère le placer devant la défense. Mobile et propre techniquement, Lahm assure à son équipe un certain contrôle. Face au Ghana, il a néanmoins perdu des ballons dangereux. Son entraîneur au Bayern Munich l’a qualifié de “joueur le plus intelligent” qu’il ait jamais entraîné, mais Lahm, malgré toutes ses qualités, n’équivaut pas à Sergio Busquets. Moins fort dans l’anticipation et aux jambes plus courtes, il a parfois été dépassé par l’explosivité des Ghanéens.


Le problème, en réalité, ne relève pas tellement de ce qu’il apporte au milieu, mais de ce qu’il n’apporte pas sur l’aile droite. Joachim Löw privilégie des profils physiques aux postes de latéraux, à tel point qu’il a reconverti deux défenseurs centraux – Jérôme Boateng et Benedikt Höwedes – en arrières droit et gauche. Et quand, à la mi-temps d’Allemagne-Ghana, le sélectionneur allemand décide de remplacer Boateng, il fait entrer Shkodran Mustafi, un autre défenseur central de formation.


La Mannschaft évolue en 4-3-3 (un 4-2-3-1 en phase défensive avec Toni Kroos dans l’axe devant Sami Khedira et Philipp Lahm), et son jeu offensif tourne autour de Mario Götze et Mesut Özil, deux ailiers qui investissent le centre du terrain. Le système de Löw ne reçoit pas de largeur de ses attaquants, même si Özil a vite profité des errements de Kwadwo Asamoah pour exister dans son dos. Seuls de vrais latéraux, tels Erik Durm et Philipp Lahm, pourraient combler ce vide tout en permettant à l’Allemagne de conserver la maîtrise. Boateng et Höwedes, incapables de dédoubler en attaque, et trop lents en défense pour contrecarrer la vivacité des ailiers adverses, ne semblent présenter aucun avantage. Leurs faiblesses, exposées par les hommes de James Appiah, n’avaient pas été exploitées par une équipe du Portugal qui avait offert beaucoup trop d’espaces au jeu de contre de l’Allemagne, et épargné aux faux latéraux allemands un travail offensif qu’ils peinent à accomplir.
 


Un pas très gentil Ghana

Il ne faut cependant pas noircir le tableau. Bien sûr, ce match ne plaide pas la cause allemande ni celle de son sélectionneur. Mais cette même équipe avait largement battu le Portugal il y a seulement quelques jours en jouant de manière assez similaire. Et si une telle prestation représente son niveau plancher, alors cela suffira pour continuer la compétition. Car si les Allemands ont souffert, cela est dû en grande partie aux spécificités d’une équipe ghanéenne très intéressante quand ses défenseurs n’ont pas de sautes de concentration. Rapide et physique, elle est l’une des plus à même de déstabiliser une équipe qui n’apprécie pas trop être aux prises avec une telle énergie parfois un peu désordonnée.


Contrairement au stéréotype – qui se dément chaque jour – autour des équipes africaines lors de ce Mondial, les Ghanéens ont affiché une grande solidité tactique. Une discipline qui a bloqué l’Allemagne, l’a faite tourner en rond au milieu et empêché de profiter des espaces qu’elle aime tant. Si Toni Kroos a régné dans sa zone, le jeu aurait gagné à la quitter un peu. Le mérite en revient autant à l’adversaire qu’il est la faute de l’Allemagne. En ce sens, le Ghana (qu'on pourrait très bien retrouver dans les derniers tours de l'épreuve si elle gaspille moins) a montré la recette aux autres... même si rien ne garantit qu’elle puisse être reproductible et que Löw ne change pas ses idées, fussent-elles installées dans le but de durer pour aller jusqu’au bout.
 


Klose résolutoire

Le vrai point positif de la soirée est à trouver du côté de Miroslav Klose. Pour l’intéressé d’abord, qui marque ainsi son quinzième but dans l’épreuve et dont la confiance doit être au plus haut, mais aussi pour Joachim Löw. On pouvait s’interroger sur l’absence de Kevin Volland dans la liste des 23, un choix qui ne laissait plus qu’un seul pur numéro 9 dans la sélection, mais Klose prouve qu’il peut être une solution viable. Le choix de le faire entrer en jeu n’a rien d’extraordinaire du point de vue du coaching vu le score à ce moment du match, mais sa capacité à se rendre disponible et à peser dès son arrivée sur le terrain prouve que l’Allemagne possède une flexibilité tactique plus importante que ce que l’on pouvait craindre. Avec le Laziale, la Mannschaft possède un deuxième renard. Qui, contrairement à Thomas Müller – dont les déplacements dans la surface restent un modèle du genre –, sera toujours à la conclusion des actions plutôt qu’à leur départ (combien de fois aurait-on aimé que Müller soit à la fois au départ et à la réception des centres?).


On a hésité à (ré)écrire un article entier sur la carrière de Miro (lire "Dans la ligne de Miro"), joueur qui risque de plus marquer les livres d’histoire que les esprits, et dont la moitié des buts ont été inscrits dans des rencontres déséquilibrées ou sans enjeu. On attendra un peu. Parce que son entrée en jeu, certes immédiatement décisive, ne change pas encore le cours de la compétition. Mais rien ne dit que ce n’est pas maintenant, alors que l’on ne l’attend plus, qu’il ne va pas sortir de sa boîte au (très) bon moment. Ronaldo lui a tweeté “Bienvenue au club”. Celui des champions du monde n’est finalement qu’à cinq matches.
 

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