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Entre bleu clair et bleu foncé

Amsterdam aux couleurs de l'Euro

Comment se passe l'Euro dans les villes organisatrices? A l'occasion d'Espagne-Slovénie, à Amsterdam et à l'ArenA, un reportage des Cahiers du football, le seul journal qui paie sa place au stade.

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Sous un soleil très méditerranéen, Amsterdam semble s'être endormie à l'heure de la sieste dominicale, et les canaux clapotent sans qu'aucun ballon Adidas n'y flotte. Mais une fois en plein centre, c'est la foire aux supporters. Le Dam est littéralement envahi de troupes bigarrées, aux couleurs de l'Espagne, de la Hollande évidemment mais aussi de la Slovénie, dont les supporters sont massivement présents.

 

Dans les ruelles, les supporters fraternisent et n'en finissent pas de se prendre ensemble en photo, très loin des lances à eau et des lancers de chaises filmés en Belgique par 25 caméras. Plus tard, à peine une heure avant le match, les services de voirie seront déjà à l'œuvre pour assécher les nappes de bière et collecter les gobelets. Les Slovènes ont l'air déjà très en forme, et certains dans le métro s'imaginent être encore en état de lire un plan.

 

Sur la ligne qui mène au stade, une majorité d'autochtones se rendent au match en affichant clairement leur identité. Comme partout dans les rues, le orange vif est décliné sur tous les supports possibles (par exemple un bustier très joli surtout sans soutien-gorge, un short assez court…), et se marie aussi bien que possible au teint très rouge du Batave.

 

A côté d'un quartier résidentiel et de quelques bretelles d'autoroute, l'ArenA se dresse comme une tour de contrôle démesurée, et son esthétique extérieure ne recherche manifestement ni la discrétion ni l'élégance.

 

Totalement à l'inverse des stades dont la pelouse est au-dessous du niveau du sol afin que les tribunes n'écrasent pas le paysage de leur hauteur (c'est le cas du Stade de France), le stade proprement dit est juché au-dessus d'un parking de trois étages, ce qui implique pour le spectateur l'ascension d'un escalier raide et interminable, dans une cage étroite, en haut duquel tout supporter avec plus de deux grammes d'alcool arrivera calmé pour quelques minutes.

 

En haut, c'est une galerie fermée qui court derrière les tribunes avec stands divers et … McDo intégré. Et le visiteur comprend très vite qu'il se trouve dans un lieu modèle pour le marketing du spectateur, puisqu'il lui faut obligatoirement acheter une "ArenA Card" (50 ou 75 francs) pour payer dans tous les services, comme un Big Mac ou un Big Coke (un seul format disponible). Voilà qui va faire rêver tous les Drexler, Aulas et Consortium de chez nous…


Mais passons aux choses sérieuses, à l'intérieur, c'est un vrai stade. La configuration des tribunes autour du terrain est comparable à celle du Parc des Princes, mais leur pente est plus prononcée, ce qui assure une visibilité remarquable. Surtout la toiture est assez indescriptible, et dresse à une hauteur impressionnante sa structure de poutrelles et de verre. "Avec un bordel pareil, la pelouse doit pas voir souvent le soleil" s'exclamerait Nicolas le jardinier-caviste.


Les deux écrans géants sont assez impressionnants, et pour une fois utile à autre chose que la pub puisque les ralentis y sont diffusés immédiatement après les actions, qui constitue pour nous une certaine nouveauté. Il faut avouer que ce procédé est bien agréable, même s'il nous rapproche du moment où nous serons au stade comme devant nos télés et s'il présente le risque de provoquer une émeute en cas d'action litigieuse revue par des milliers de supporters…

 

Si sur le terrain les footballeurs espagnols ont remporté la victoire, les supporters slovènes ont battu largement leurs homologues dans les tribunes. Sur le plan sonore le virage blanc et vert n'a pas eu de concurrent et l'on peut s'étonner de l'apathie des supporters ibériques. Peut-être auraient-ils dû passer dans les coffee shops après la rencontre et non avant. Même à 2-1, les Slovènes montrent qu'ils sont contents d'être là, lancent une hola et applaudissent leurs vis-à-vis quand ils la reprennent…

 

La fête se poursuivra dans la ville, totalement "occupée" par la compétition sans perdre son charme incroyable. Notons que les Néerlandais sont extrêmement motivés, à en croire l'omniprésence de leurs couleurs et des images de leur sélection. Cette obsession donne une idée un peu plus concrète de la pression qui peut s'exercer sur le pays organisateur... La France du Mondial 1998 semblait moins concernée et moins unanime (au début).

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