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Curtis Midfield et Jamel Attal

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Football et protection des mineurs

Arbitrage et discipline: une faillite bien organisée (1)

1. Les indulgences diplomatiques de la commission d'appel.
14 janvier, la commission d’appel et de l’éthique ramène la suspension d'Anderson à deux matches (au lieu de trois). 15 janvier, match Marseille-PSG, bagarre entre les deux Leroy et interventions musclées et impunies de Perez et Abardonado. Le lien entre les deux événements? La commission d’appel, dont le fonctionnement opaque et le rôle ambigu compromettent la cohérence de l’arbitrage et de la politique disciplinaire.
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Sachons casser sans briser
Pour la première affaire, tout se passe en coulisses, sur le tapis vert. En effet, les membres de la "commission d’appel et de l'éthique" (sic) ont décidé de déjuger leurs confrères de la commission de discipline. Invoquant le casier judiciaire vierge de l’attaquant Lyonnais et le fait que le geste de celui-ci sur Gallardo "s’inscrivait dans la continuité du jeu et n’avait pas eu de conséquences dommageable", ils l’ont soulagé d’un match. Nous ne reviendrons pas sur une action qui a suffisamment fait parler d’elle ici et ailleurs, mais nous nous étonnerons tout de même de la mention "conséquence dommageable". Faut-il juger une faute à son intention ou à ses conséquences effectives? Faut-il établir un barème de sanctions proportionnelles à la gravité des blessures occasionnées? Dans le cas présent, le fait de vouloir faire mal semble puni de façon moins sévère que le fait d’y arriver. Drôle de morale!

Politique et intérêts bien compris
Les fonctions de Jean-Michel Aulas à la Ligue (dont il est trésorier et membre du Conseil d'administration) prêtent évidemment le flanc à toutes les accusations de collusion ou d'abus de pouvoir masqué. Dans le même esprit, Gervais Martel s'est récemment fait remarquer en menaçant un délégué de façon à peine voilée, se justifiant ensuite qu'il avait juste évoqué le fait qu'il aurait accès au rapport… Mais ce que le président de Lyon a parfaitement réussi, c'est sa contre-campagne médiatique: en hurlant au complot, à la déformation et au lynchage, il s'est placé dans le rôle de la victime, donnant des prétextes à une commission d'appel complaisante pour prendre le contrepied de l'opinion dominante et modérer "après réflexion" la décision initiale.
L'OL n'est pas une équipe plus violente qu'une autre, elle est tombée ce soir-là dans le piège d'une agressivité très à la mode et a payé cher la maladresse insigne de son entraîneur (avant et après le match). Il reste que le match a été pourri par cette attitude et qu'Anderson pouvait légitimement recevoir une sanction aussi lourde que son geste fût fou et dangereux. En minimisant sa gravité, la commission compromet la lutte contre la violence et laisse une belle marge aux casseurs, ou du moins aux plus malins d'entre eux.

L'arbitre, seul avec ses consignes
Le problème dans cette affaire est qu’elle n’est pas la première du genre. Il est maintenant de notoriété publique que tenter sa chance en appel pour alléger la sanction frappant un joueur fautif est un jeu où l’on gagne presque à tous les coups: les archives de la ligue montrent que pour cette saison onze jugements sur treize ont été atténués en seconde instance. Non seulement cette habitude décrédibilise la commission de discipline, mais de plus —et ceci pourrait avoir des répercussions directes sur le terrain de jeu— elle fragilise encore davantage un corps arbitral qui a déjà fort à faire avec des dirigeants et des joueurs qui se croient de plus en plus intouchables.
Face à ces dérives dues en grande partie à des pressions économiques de plus en plus importantes, la seule solution pour les instances fédérales consisterait à affirmer une solidarité à toute épreuve avec les ex-hommes en noir. Solidarité renforcée par une cohérence globale dans le domaine de l’arbitrage. Or à l’heure actuelle, c’est exactement l’inverse qui se produit: aucuneinstance ne veut prendre la responsabilité d'engager des réformes et de ne plus laisser les arbitres cristalliser les ressentiments. Difficile, dès lors, d’être confiant dans les démarches velléitaires de la FIFA et de l’UEFA qui viennent à nouveau de recommander une plus grande fermeté de la part des directeurs de jeu. Si ceux-ci ne sont pas soutenus par leurs propres instances nationales (et même par les clubs), il n’y a aucune chance que ces recommandations dépassent le stade des vœux pieux.

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