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Pierre Martini

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Arbitres : le procès continue

Abandonné par les instances — à l'image d'un Sepp Blatter prompt à se joindre aux accusateurs, l'arbitrage suscite inévitablement les polémiques à chaque Coupe du monde. Les arbitres portent-ils vraiment la responsabilité de certaines éliminations, sont-ils téléguidés par le pouvoir et surtout, peut-on imaginer une vraie réforme de l'arbitrage?
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Cette fois, il a fallu attendre les huitièmes de finale pour que se rouvre l'éternel dossier de l'arbitrage. Une Coupe du monde cristallise toujours les interrogations sur ce problème épineux, mais il y a une hypocrisie certaine à faire semblant de le redécouvrir à chaque grand raout mondial. Le drame est double: non seulement les moyens donnés au respect de la discipline et du fair-play sont totalement insuffisants, mais en plus, les solutions habituellement promues sont pires que le mal. Les obsédés de la vidéo (comme la quasi-totalité des journalistes de télévision) font leur sempiternel retour, et il est à craindre qu'ils parviennent un jour à leurs fins.


Quel bilan ?
Le procès fait aux arbitres procède toujours d'"arrêts sur image", de focalisations sur des incidents précis, occultant la question du niveau global de leurs prestations qui nous a semblé assez remarquable lors du premier tour. Les rencontres ont été bien dirigées, et il suffit de constater la diminution sensible des actes de violence et d'antijeu pour établir un bilan positif dans les conditions actuelles.
Evidemment, il y a toujours des erreurs. Le but refusé à Wilmots lors de Belgique-Brésil en est un bon exemple, l'essentiel des polémiques s'étant concentrées sur le sort réservé à l'Italie, à laquelle quatre buts ont été refusés au cours du tournoi. Si les trois premiers ne l'ont pas empêché de passer l'obstacle du premier tour, le dernier de Tommasi à la 110e minute de la rencontre contre la Corée, aurait scellé la qualification de la Nazionale…


De l'influence réelle des arbitres…
Pourtant, il est totalement malhonnête de faire croire que les matches concernés n'ont tenu qu'à ces erreurs, comme si les équipes n'avaient aucune responsabilité dans le résultat final. Si l'on prend Brésil-Belgique ou Italie-Corée du Sud, dans les deux cas les vaincus ont gâché des occasions ou commis des erreurs tactiques et techniques qui ont bien plus significativement déterminé le destin du match. Les hommes de Trappatoni ont été rejoints dans les dernières minutes, après avoir procédé à des substitutions à orientation défensive. Vieri a raté le cadre à six mètres des buts à la 90e minute, Gattuso a eu une occasion en or (sic) quatre minutes avant le coup de grâce des Coréens. L'expulsion de Totti a exacerbé le sentiment d'injustice des Transalpins, avec une décision effectivement inadéquate de M. Moreno, mais elle ne les exonère pas de leurs propres manquements.
L'élimination de l'Italie est injuste et cruelle, c'est une évidence, d'autant qu'elle poursuit une longue série de désillusions. Mais n'est-elle pas plus une injustice sportive comme en crée le football en permanence, que le fruit de la seule incompétence (ou malveillance) de l'arbitre?


L'hypothèse de la manipulation
Effectivement, on peut toujours s'en remettre à une théorie de la nécessité politique d'une qualification du pays hôte, avec un arbitrage téléguidé par la FIFA. Cette théorie de l'arbitre comme instrument de régulation diplomatique est développée depuis longtemps, notamment par François Thébaud, qui écrivait que "les dirigeants de la FIFA entendent conférer à 'l'erreur humaine' l'explication de décisions dictées de l'extérieur (…) Les arbitres de la Coupe du monde sont sélectionnés sur la base de critères rigoureux dont le plus important (et le plus secret) est la faculté de comprendre le rapport des forces extérieures au jeu dans les rencontres touchant au prestige ou aux intérêts politiques" (Manière de Voir n°39, mai 98). Les exemples abondent effectivement de coïncidences heureuses entre certains résultats et certains enjeux, lors d'éditions où les incidents d'arbitrage allèrent providentiellement dans le sens de l'histoire (Allemagne 54, Angleterre 66, Argentine 78…).
Cette vision est parfois simpliste, tant elle transpose directement des rapports de force géopolitiques dans les résultats de compétitions, mais considérant l'opacité de la FIFA et influence réelle du contexte asiatique, il est permis de s'interroger sur d'éventuelles incitations ou pressions ponctuellement exercées sur les hommes au sifflet. En l'espèce, il est cependant difficile de croire que l'Italie pèse d'un poids moindre que la Corée, même si elle est sous-représentée dans la confédération mondiale. Didier Roustan, qui adore agiter des hypothèses fumeuses ou des opinions péremptoires sans les argumenter le moins du monde, y voit une explication. Blatter a certes été souvent opposé à l'UEFA lors de son premier mandat, et ses soutiens proviennent essentiellement des autres confédérations. Mais Chung Mong-joon, vice-président de la FIFA et président du comité d'organisation sud-coréen, s'est fortement opposé à lui, soutenant Issa Hayatou lors de la campagne présidentielle…

En l'absence de preuves d'aucune sorte, compte tenu d'une part du caractère paranoïaque de ces théories du complot et d'autre part du caractère très aléatoire de la "programmation" d'une compétition par l'arbitrage, on s'abstiendra d'entretenir ce genre de fantasmes. Si Vieri la met au fond, ce débat n'existe même pas.


Blatter pas solidaire
En imperturbable démagogue, le nouvellement réélu président le FIFA Sepp Blatter a critiqué dans la Gazetta dello Sport l'arbitre du match, stigmatisé les assistants et souhaité une remise en cause du système de désignation des arbitres, qui répartit les places dans toutes les Confédérations au détriment de la hiérarchie réelle des arbitres. Il préconise d'autres mesures qui auraient dû être prises il y a longtemps, comme de former des trios de même nationalité ou d'inciter les anciens joueurs à embrasser la carrière… Blatter ne fait que souligner l'indigence de sa politique en la matière et constater des évidences, comme lorsqu'il déplore, en paraissant découvrir le problème, les lectures erronés des hors-jeu..
A l'identique de 98 (voir L'arbitre, coupable idéal), les arbitres sont tirés à vue par les techniciens, les médias et les instances elles-mêmes, malgré leur responsabilité dans la crise. Elles ont pourtant des chantiers urgents et susceptibles de faire évoluer la situation, comme l'usage rétrospectif de la vidéo pour sanctionner les violences et les tricheries (voir Dossier arbitrage -2). Mais on a mesuré la volonté réelle de la FIFA d'agir dans ce domaine avec la sanction très amicale qui a condamné la simulation honteuse de Rivaldo.


A quand de vraies mesures ?
Il y a pourtant beaucoup de domaines où des progrès semblent faciles à réaliser, mais ce sont parfois les arbitres eux-mêmes qui résistent aux tentatives de réforme. Ils avaient ainsi littéralement saboté l'expérience du "double arbitrage", qui divisait les prérogatives de la "direction du jeu" (voir Dossier arbitrage -3). Le prétexte du style d'arbitrage qui ne peut jamais être homogène d'un arbitre à l'autre indique bien où est le problème: l'objectif est justement de parvenir à une harmonisation quasi-totale, qui sera la preuve d'une application équitable des règles et des sanctions et d'une réduction au minimum des ambiguïtés et des interprétations personnelles. L'orgueil et le masochisme du corps arbitral lui a coûté cher à cette occasion, car quiconque connaît un tant soit peu les sports américains reste sidéré qu'un seul bonhomme et ses deux assistants muets (et déjà très occupés par la règle du hors-jeu) aient en charge la totalité du champ de jeu. C'est une aberration dont la conscience ne semble pas vraiment progresser dans l'opinion, focalisée sur le recours miracle aux images vidéo.
Le jour où six arbitres (par exemple) officieront avec des responsabilités bien définies, on aura pourtant supprimé la quasi-totalité des erreurs sans avoir besoin de la vidéo "en direct", une solution qui serait fatale au jeu, et inefficace sur les actions indécidables qui suscitent la majorité des polémiques (voir Dossier arbitrage -1). Associée à une dissuasion efficace grâce aux sanctions rétrospectives, cette transformation, profonde mais pas insurmontable, aurait toutes chances de résoudre une grande partie des problèmes et rétablir une certaine sérénité sans remettre en cause des fondements essentiels de ce sport.


Les conditions politiques d'une véritable réforme de l'arbitrage, raisonnée et volontariste, ne semblent malheureusement pas réunies, nous condamnant à ressentir les mêmes frustrations devant des résultats qui apparaissent faussés et à revivre indéfiniment les mêmes tartuferies à chaque compétition internationale. Les arbitres font pourtant de leur mieux dans les limites actuelles de leurs moyens, mais leurs bonnes prestations sont irrémédiablement effacées par des "affaires" montées comme des blancs en neige. Pendant ce temps, le dossier n'avance pas d'un millimètre.

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