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Jérôme Latta

 

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Le Replay, saison 2: épisode 2

Au dernier stade

Deux morts en trois ans: le hooliganisme à la française culmine alors que jamais les mesures répressives n'ont été si souvent agitées... Ce drame peut-il changer la donne plus que le précédent?
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Il semble que le dossier du hooliganisme en France ne puisse figurer dans l'agenda politique et médiatique que sous l'impulsion de drames (blessures graves, morts) ou de psychodrames (la "banderole anti-Ch'tis"), ce qui rend bien difficile une approche rationnelle. Le moralisme, l'instrumentalisation politique, l'hypocrisie, le sensationnalisme de rigueur en de telles circonstances concourent au retour des mêmes amalgames, simplifications, idées reçues et autres imprécations. Au dernier recensement des âneries proférées par les plus imprudents des opportunistes, citons la dissolution du Paris Saint-Germain (Christophe Barbier), son exclusion de la Coupe de France (David Douillet) et bien sûr le déménagement magique au Stade de France (Christophe Barbier et David Douillet).

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Tolérance zéro-zéro
Des années de mines graves et menaçantes au perron des ministères, de Matignon ou de l'Élysée, des batteries entières de mesures redondantes, ressassées, accompagnées de déclarations quasi identiques sur la détermination de l'État ont eu pour tout résultat... les deux premières morts de toute l'histoire du hooliganisme à la française (sur celle de Julien Quemener en novembre 2007, lire "À balles réelles"). Sans, pour autant, que ce cinglant constat d'échec ne figure dans les commentaires des principaux médias d'information. Ce qui s'explique assez aisément, tant ils devraient concéder une forme de complicité, au moins passive, pour avoir avalé et régurgité le discours officiel dans des articles incroyablement semblables d'un épisode à l'autre.
Aussi Rama Yade a-t-elle encore pu jeudi, sans rire ni coup férir, arborer sa "plus grande fermeté" et sa "plus grande sévérité" (lire aussi "Rama Yade, le sens du vent"), et Brice Hortefeux affirmer sa volonté de "dissoudre les groupes de supporters violents" – ce qui a déjà été annoncé dix fois (1). Comme le disait Nicolas Hourcade en septembre dernier, "Les nouvelles mesures annoncées existent déjà". Aussi longtemps que le hooliganisme est rentable politiquement, on n'a aucune chance de le voir régresser: ceux qui déploient des dispositifs militaires autour des stades peuvent continuer à les déplorer.


"Modèle anglais"
Le problème étant évidemment complexe, et singulier à chaque club, aucune panoplie de mesures punitives ou de solutions miracles ne peut s'appliquer uniformément. Le caractère fantaisiste des solutions avancées laisse songeur quant au chemin qui reste à parcourir pour que le problème soit enfin traité de façon rationnelle. Ceux qui n'ont que le "modèle anglais" à la bouche ignorent ainsi que le nombre d'interdits de stade (3.000 contre 600 ici) témoigne d'un phénomène bien vivant, autrement plus important qu'en France, et qui a simplement été déplacé loin des stades et des caméras. Le même simplisme prévaut chez ceux qui revendiquent une augmentation du prix des places. Elle reviendrait à commettre un suicide économique, dans la mesure où le public français n'a pas de contingents de réserve suffisants pour remplir des stades surtaxés (lire "Faire payer plus pour gagner plus?"). Et ce raisonnement, qui lie de façon mécanique niveau social et hooliganisme, oublie en outre que l'implantation de ce dernier n'a rien à voir avec celle de son homologue d'Outre-Manche.
L'interdiction des déplacements de supporters, que Brice Hortefeux veut introduire dans la législation, pose des problèmes d'application et de droit, et ne fait qu'ajourner le problème. La "consignation systématique au commissariat", réclamée par le député-maire UMP de Boulogne-Billancourt, n'est pas plus réaliste et n'y suffirait pas mieux. Il manque surtout les moyens matériels de mettre en œuvre les dispositifs existants. Alors, qu'à Paris, les fauteurs de trouble sont estimés à trois ou quatre-cents...

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Faut-il dissoudre les supporters ?
La dissolution des associations, dont on a pu mesurer l'inutilité avec celle des Boulogne Boys, est anticipée par une partie d'entre elles et ne fait que rendre le phénomène plus diffus encore. Peut-être la dramatisation résultant des événements va-t-elle faciliter l'instauration d'un régime d'exception pour les stades, déjà amorcé par les interdictions administratives (décidées par le préfet sans enquête ni jugement). Vidéosurveillés siège par siège avec une traçabilité totale des spectateurs et une élimination préalable des indésirables, les stades de demain seront un rêve sécuritaire. On sait à quel point la pacification des enceintes sportives, légitime en soi, rencontre les intérêts de clubs qui veulent en faire des centres de profit...
Le mouvement ultra en ferait les frais, mais il paye dès maintenant un discrédit dont il est en partie responsable, faute d'avoir su tracer une ligne suffisamment claire entre lui et les franges les plus radicales du supportérisme. Caricaturés dans les médias et négligés par les instances, les ultras ont quelques excuses pour n'avoir pas réussi à se fédérer autour d'un message clair, et s'être rendus plus visibles pour leur pouvoir de nuisance au sein des clubs que pour leur volonté d'en préserver l'identité ou de défendre les valeurs d'un football populaire. Pour ne plus abriter ou avoisiner la bête, les associations ont besoin de se recréer sur d'autres bases. À Paris en particulier, les événements leur en donneront peut-être l'occasion.

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Refonder le PSG
Le football professionnel, qui a pour idéal collectif la démolition de l'autorité des arbitres, a pour sa part démontré son incapacité à accepter la moindre sanction avec les appels presque systématiques contre les décision des instances disciplinaires – que celles-ci concernent les joueurs où les clubs eux-mêmes. À ce titre, l'acceptation par le PSG des huis clos prononcés contre lui peut marquer un tournant. Quelle que soit la répugnance que l'on peut avoir pour les sanctions collectives, s'il s'agit de déclencher une prise de conscience et faire évoluer les mentalités, elles ont un impact symbolique insuffisant en soi, mais indispensable en la circonstance.
Le Paris Saint-Germain – qui, s'il n'a pas le monopole des débordements, en a sans conteste la palme – aura besoin d'une refondation plus profonde. Les tentatives précédentes de mettre de l'ordre ont échoué en grande partie parce que les dirigeants, minés par les résultats sportifs et leur absence de légitimité, n'ont jamais eu les moyens de leur politique. Avec ses actionnaires fantômes et ses présidents intérimaires, le club parisien n'a littéralement pas eu de direction depuis dix ans. Difficile de croire que Robin Leproux sera celui qui saura gérer une situation encore explosive et en sortir par le haut avec une nouvelle image pour son club.


Pour espérer une évolution significative, il faudra d'abord que le hooliganisme cesse d'être un instrument d'agitation politique et soit combattu de façon pragmatique, qu'il soit médiatisé de façon équilibrée et fasse l'objet d'une volonté de l'assumer en tant que responsabilité collective – partagée entre les clubs, les supporters, les instances sportives et les pouvoirs publics. Pour que "l'intolérable" cesse effectivement d'être toléré.


(1) La loi sur les violences de groupe, fraichement promulguée, inclut notamment l'allongement des interdictions de stade et la dissolution des associations "violentes", des mesures agitées sans cesse ces dernières années.
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>> dernière réaction : «(merci MV!)» / 24/03/2010 à 00h56
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