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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Cruyff, par Johan

Vendroux, les copains d'abord

Autoportrait craché – Vétéran du journalisme sportif, directeur des sports de Radio France: Jacques Vendroux, c'est un demi-siècle de carrière à la maison, entouré de sa famille et de ses amis.

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Je suis le saint patron du foot à la radio. Son saint pépère. En 71, j'ai créé le Variétés Club de France, en 72, le multiplex. Depuis, je gère ce patrimoine. Cinquante ans que je suis comme à la maison à la Maison de la radio, et ça ne va pas être facile de me déloger. J'atteindrai la limite d'âge en mars 2018, mais j'ai déjà la parade: me faire embaucher comme consultant.

 

J'ai connu l'époque héroïque, quand on rentrait dans les vestiaires, quand on mangeait avec les joueurs, avant tout ce cirque. Mais je ne vous dirai pas que c'était mieux avant: de quoi voudriez-vous que je me plaigne, aujourd'hui? Le foot-business, les dérives, la corruption? Je n'en ai jamais entendu parler: je n'écoute que les stations de Radio France. J'ai passé le message aux jeunes: "C'est que du sport". On n'est pas là pour réfléchir ou critiquer. C'est comme dans le multiplex: tu donnes le score et les buteurs, et tu passes l'antenne.

 

 

 

 

Au Variétés Club de France, je ne me suis fait que des amis, des tas. Facebook peut aller se rhabiller. Avec le Variétés, j’ai eu beaucoup d’infos, mais je n’ai jamais rien sorti sans l’accord des personnes concernées. On est tous restés amis. Je n'ai pas d'ennemi, je n'en vois pas l'intérêt. J'étais copain avec Claude Bez et Bernard Tapie, qui ne pouvaient pas se sentir. Ils me demandaient de faire passer des messages, tout ça en échange d'une petite rafale de scoops. Ça me plaît de jouer les entremetteurs.

 

J'aurais pu le faire entre Platini et Blatter. Michel, c’est la famille pour moi, c’est un peu mon petit frère, je veux le protéger. Je n’ai donc jamais remis son honnêteté en question. Mon métier ne m’y oblige pas. Vous comprenez, je connais très bien ses enfants, sa femme – que j'ai embauchée comme assistante au service des sports, dans les années 90. Et puis c'est moi qui avais poussé, avec le Variétés, pour qu'il remplace Henri Michel au poste de sélectionneur. On a tellement de dettes l'un envers l'autre qu'on n'aura jamais fini de payer.

 

Moi, je ne me serais jamais fâché avec Blatter. Il y a deux ans, je l'ai encore reçu sur France Info. Les ennuis commençaient à pleuvoir sur lui, mais il était là pour lâcher un scoop mondial sur le déplacement en hiver de la Coupe du monde 2022. Je n'allais pas lui poser des questions embarrassantes, je ne suis pas le FBI. Et puis c'est une question de respect.

 

Il faut respecter le pouvoir. Je suis le petit-fils d'un député-maire de Calais, le petit-neveu du général de Gaulle et le fils du chef de cabinet de Maurice Herzog, secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports de 1958 à 1966. Mon père m'a dégoté un stage à l'ORTF en 66 en appelant Raymond Marcillac, qui dirigeait les sports: "Mon fils est un glandeur, il n'aime que le foot. Que peux-tu faire pour lui?" Ma carrière était lancée. Je rêvais d'être Thierry Roland, c'est lui m'a formé.

 

Ne croyez pas que la vie n'a été pavée que de roses. À Furiani, je suis tombé de haut et dans le coma, le 5 mai 92. Miraculé. Les collègues à ma droite et à ma gauche sont morts. Le professeur Saillant et Serge Blanco, deux amis, m'ont remis sur pied. Six mois d'hôpital. Enfin, quand je dis ça, on me rappelle que j'ai signé en août sur Canal+, avant de revenir à Radio France en octobre. Aucun souvenir.

 

Ma philosophie, c'est qu'il faut savoir profiter de la vie, et en faire profiter les siens. La famille, les amis, la famille des amis… Les journalistes d'Inter et d'Info, je me considère même comme leur grand frère. Je suis leur parrain à tous. Mon fils chez beIN et ma fille chez TF1? Je n'ai pas décroché mon téléphone, je n'y peux rien si les CV ne sont pas anonymes.

 

Je suis un affectif, j'ai besoin d'aimer, et qu'on m'aime. Alors je sais m'entourer. Les gens que je ne connais pas, ou que je n’apprécie pas, je ne m’en occupe pas. Je choisis mes causes, je choisis mes amis et je les considère comme mes frères. Le clan Vendroux. Quoi de plus jouissif que de commenter des copains? Ou de commenter avec des copains: cherchez un consultant football de France Info qui n'ait pas été membre du Variétés…

 

Il y a des jaloux qui prétendent que ce n’est pas une attitude déontologique. De la déontologie dans le journalisme sportif! Pourquoi pas du journalisme, tant qu'on y est? De toute façon, je suis une institution, un personnage, j'échappe à la critique. Ma voix, comme celle de Thierry Roland, a bercé votre enfance. "Elle fait partie du patrimoine", m'avait dit Sarkozy en me remettant l’ordre national du mérite. Vous ne pouvez que m'aimer. Vous êtes un peu mes amis, vous aussi.

 

 

Les citations authentiques de Jacques Vendroux placées dans ce texte peuvent être retrouvées dans son autobiographie Amoureux foot, et dans les articles:
"La voix du football", Le Monde.
"Une journée avec… l'infatigable Jacques Vendroux" (Le Monde)
"Jacques le fantaisiste" (L'Équipe)
"Jacques Vendroux : «La radio, c’est mon ADN»" (Coulisses Médias)

 

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