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Christophe Kuchly


Dé-Manager aussi connu sous le nom de Radek Bejbl. Écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Deux penalties ratés coup sur coup

Avoir la balle et perdre ses moyens

Injouable depuis plusieurs mois, Manchester City a montré de grosses lacunes mentales à deux reprises en une semaine. Un trait de caractère en partie lié à son style de jeu, qui le place toujours en position dominante.

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Huit mois pour monter sur un piédestal, une semaine pour en descendre. Ainsi va la saison de Manchester City, vainqueur de la League Cup et futur champion, mais tout proche de la sortie en Ligue des champions et battu dans le derby mancunien samedi. Une saison dont la conclusion risque de laisser un goût doux-amer, comme ces films qui s’arrêtent d’être brillants lors des deux dernières scènes. Et qui met en évidence une caractéristique trop courante chez les équipes qui aiment tenir le ballon: l’absence d’esprit de révolte. De mental dans les moments plus difficiles.

 

 

Les buts, c'est comme le ketchup

La première fois, on peut évoquer la théorie de l’accident. Mais quand le même schéma se répète, c’est sans doute qu’il y a autre chose. Cette saison, City, battu six fois, a concédé trois buts en neuf minutes à Liverpool en championnat (3-4) puis en dix-neuf en Ligue des champions (0-3), deux buts en six minutes à Donetsk (1-2) et, samedi, trois en seize minutes face à United (2-3). Les deux autres défaites? Un but concédé en contre et à dix dans un match ultra dominé contre Wigan (0-1) et l’anecdotique réception de Bâle après une victoire 4-0 en huitième de finale aller de C1 (1-2). Pour battre les Skyblues, le plus important n’est donc pas tant de marquer que de mettre une énorme pression dans la foulée du but.

 

 

Mais Manchester City n’est pas la seule équipe à avoir ce travers. Dominateur face au Bayern Munich le mardi, le FC Séville avait immédiatement nettement baissé le pied après avoir concédé l’égalisation, s’inclinant finalement 2-1. Et samedi en Liga, les hommes de Vincenzo Montella se sont effondrés au Celta, lâchant totalement l’affaire en seconde période. Une défaite 4-0 qui rappelle le 4-0 pris à Valence, le 5-0 au Real, le 5-1 à Eibar ou le 5-2 contre l’Atlético. À chaque fois, cette équipe pourtant talentueuse a subitement perdu le fil. Son jeu, basé sur une patiente construction des actions, devient alors une arme pour l’adversaire, qui peut plus facilement provoquer l’erreur une fois en confiance. La semaine précédente, les Sévillans, qui se procuraient des occasions de buts à chaque attaque, s'étaient déjà fait remonter de deux buts en une minute par une équipe de Barcelone jusque-là inoffensive (2-2).

 

 

Deux mi-temps, deux ambiances

Pendant quarante-cinq minutes samedi, le dernier Manchester Derby de la saison a ressemblé à une leçon, les Red Devils rentrant au vestiaire avec deux buts de retard et sans avoir tiré alors que City n’avait pas conclu ses quatre meilleures occasions. Un week-end comme un autre pour les hommes de Pep Guardiola, habitués à tuer toute forme de révolte chez l’adversaire à force de redoublements de passes. Et une nouvelle preuve que la Premier League, loin d’être une forteresse imprenable pour les adeptes du jeu de position, est – à condition d'avoir l'effectif adéquat – un championnat assez simple à conquérir une fois que le style est fonctionnel, aucune équipe hormis Tottenham et Liverpool n’étant capable de bien presser. Surtout qu'à part peut-être Bournemouth, beaucoup de "petits" refusent systématiquement le jeu face au "Big Six".

 

Sauf que les choses ne peuvent pas toujours être aussi simples que prévu, et que face à une opposition de qualité, mieux vaut tuer le suspense quand on en a la possibilité. Après le premier but de Paul Pogba, ManU a subitement haussé son niveau d’agressivité, l’euphorie du moment changeant le rapport de force dans les duels et incitant les hommes de José Mourinho à aller chercher City beaucoup plus haut. Sans tout bien faire, ce qui est logique tant le pressing nécessite de travail de coordination en amont et ne peut s’improviser, mais en mettant suffisamment les Citizens sous pression pour les pousser à la faute. Des erreurs qui, dans les moments chauds, sont plus faciles à obtenir de Kompany et Otamendi que de Ramos et Varane.

 

 

Responsabilité civile

Le salon de Guardiola est rempli de trophées mais sa carrière est aussi parsemée de ces moments de flottement, les plus célèbres étant les défaites en demi-finale de Ligue des champions avec le Bayern où le Real (4-0, deux buts de Sergio Ramos en quatre minutes) et le Barça (3-0, deux buts de Lionel Messi en trois minutes) avaient sonné une équipe habituée à imposer son rythme sans être trop dérangée. C’est seulement avec le FC Barcelone que le jeu de position, malgré quelques faux pas, semblait imperméable aux spirales négatives. Question d’habitudes de jeu, peut-être.

 

 

Car au plus un effectif découvre cette façon ambitieuse mais très particulière de jouer, où la prise en compte du style de l’adversaire sert à ajuster les circuits de passes mais pas la volonté de jouer proprement, au plus il est fragile quand il est sorti de sa zone de confort. Nicolas Otamendi, devenu très bon relanceur sous les ordres du Catalan, n’est ainsi responsabilisé avec le ballon que depuis un peu plus d’un an. Pas suffisant pour être toujours lucide quand il est mis sous pression et privé de temps. Responsable du troisième but pris à Liverpool, auteur de quelques dégagements sans queue ni tête (dont un drôle de retourné) il avait aussi sombré avec l’Argentine contre l’Espagne. Une défaite 6-1 où il avait marqué dans une première période aux actions construites magnifiques mais inabouties, puis multiplié les cadeaux en seconde.

 

 

Échec et matches

On le sait, le souci de ce qu’on appelle souvent le tiki taka est de confier des tâches risquées à des joueurs qui n’ont pas le niveau technique individuel suffisant – en particulier dans le secteur défensif où une erreur peut immédiatement amener un but. Mais il existe une autre menace, plus sournoise: l’aisance. La trop grande habitude de maîtriser son sujet, difficile à combattre quand on multiplie les victoires aisées avec 70% de possession en déroulant parfaitement le plan de jeu prévu. Et, avec elle, le sentiment de supériorité qui peut naître, accentué par une préparation de match censée rendre le succès logique. Juste.

 

Contrairement à la majorité des entraîneurs, qui s’adaptent logiquement aux qualités des joueurs qu’ils ont à disposition, les partisans du jeu de position sont souvent des intellectuels qui se reposent sur des concepts transdisciplinaires et croient dur comme fer à la viabilité de leur projet – une nécessité quand il s’agit de convaincre son groupe. S’ils ne dénigrent pas ouvertement les autres approches (quoique, Quique Setien du Betis a dit à l’intéressé et aux médias qu’il n’aimait pas la façon de jouer des équipes de Diego Simeone), ils voient le football comme un jeu d’échec où une parfaite exécution apporte une victoire certaine. Et où l’imprévu est déjà prévu puisqu’il existe un plan A, B et C, selon ce qui est susceptible de se passer.

 

 

Le beau et le but

Samedi, Manchester United a une nouvelle fois rappelé que le football ne fonctionnait pas comme ça, en tout cas pas à chaque fois. Qu’il suffit d’un but pour que la dynamique change de camp et que les duels physiques, que les équipes de possession cherchent à éviter, deviennent prépondérants quand on ne reste pas en bloc bas à les regarder jouer. Que tout faire à fond vaut parfois mieux que de tout bien faire. Une démonstration déjà effectuée l’an dernier par l’OL de Bruno Génésio, demi-finaliste européen en faisant basculer tous ses matches dans un joyeux n’importe quoi, où le hasard et le réalisme comptaient plus que la construction.

 

Contrairement au FC Séville de Jorge Sampaoli l’an dernier et au Betis cette saison, dont le jeu est basé sur le déséquilibre offensif et qui acceptent de prendre des buts dans leur mission d’en marquer plus que l’adversaire, City et le Séville de Montella jouent à un tempo lent. Une patience qui ralentit le jeu et permet de bien quadriller le terrain, chacun étant dans la meilleure zone pour créer l’espace et récupérer le ballon s’il est perdu… mais qui fractionne l’intensité, nécessaire uniquement sur quelques sprints.

 

En s’éloignant du combat physique, ces équipes offrent des symphonies de jeu collectif qui magnifient ce sport. Elles peuvent aussi devenir des caricatures d’elles-mêmes, tellement formatées que leurs faiblesses footballistiques (la gestion du pressing adverse) et mentales (la difficulté de tenir son plan de jeu quand les choses tournent mal) sont aussi prévisibles que leur jeu. Un football total(itaire) qui ne les met à peu près jamais en position de faiblesse, ces moments où le combat vaut parfois mieux que la réflexion. Même si, après tout, arriver en avril avec seulement six défaites au compteur...
 

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