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Raphaël Cosmidis

 

Intéressé par la tactique, membre des Dé-Managers, il croit en la littérature de sport. 


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Barça-Atlético : Fernando, le Red

Matchbox – L'Atlético Madrid a failli réussir son coup, mais celui qui aurait pu être le héros du match a finalement précipité la chute des siens. Chute toute relative: avec cette victoire 2-1, le FC Barcelone n'est pas assuré de passer au match retour. 

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La nalyse

Tout avait si bien commencé pour l’Atlético de Madrid, et si mal pour le FC Barcelone. Le plan de Diego Simeone, minutieusement préparé, avait accouché d’un script parfait: après le but de Fernando Torres, à la 25e minute, les Colchoneros pouvaient tranquillement s’installer dans leur camp et guetter les possibilités de contre-attaque. Il a fallu que Torres perde les pédales, à peine dix minutes après avoir ouvert le score, pour que le vent tourne.

 

Comme souvent dans les grands matches, les Matelassiers avaient débuté par un positionnement haut. Diego Simeone aime presser les adversaires plus forts d’entrée, ne pas céder le territoire dès les premières minutes. C’est ainsi que l’Atlético avait remporté le quart de finale de Ligue des champions face au Barça de Tata Martino il y a deux ans. Même idée ce 5 avril 2016, malgré des joueurs différents. Depuis l’édition 2013/14 de la coupe aux grandes oreilles, l’effectif madrilène a été largement chamboulé, son style modifié en conséquence. Aux grandes foulées et aux épaules de Diego Costa ont succédé l’intelligence et la justesse d’Antoine Griezmann. Et la domination aérienne de Raul Garcia dans les airs, qui avait fait si mal à Jordi Alba à l’époque, a été remplacée par la polyvalence de Saul Niguez.

 

 

Les principes de Simeone subsistent: un bloc compact, très dense dans l’axe, et qui mise sur la lecture du jeu de ses milieux de terrain, Gabi en particulier. L’Atlético est capable de défendre à vingt mètres de ses buts longtemps, de laisser venir l’adversaire sur les ailes, préférant repousser les centres, lutter dans les airs, plutôt que livrer un duel de vivacité dans le coeur du jeu.

 

Le quadrillage madrilène a longtemps gêné le Barça hier soir. Lionel Messi était repoussé loin du but, Luis Suarez loin de ses partenaires et seul Andrés Iniesta parvenait à créer quelque chose. À la récupération du ballon, coupables d’un replacement aléatoire et d’un bloc anarchique, les Catalans offraient des espaces aux milieux adverses. Koke s’y est engouffré une fois, assez pour envoyer Torres face à André Ter Stegen, battu entre ses jambes.

 

Très rapidement dans la rencontre, Diego Simeone est passé du 4-4-2 au 4-5-1, deux systèmes entre lesquels l’Atlético jongle cette saison. Avec trois milieux axiaux, Gabi en retrait de Koke et Saul, les Colchoneros fermaient l’axe à Lionel Messi. L’Argentin a passé le plus clair de la première période dans cette zone, tentant malgré tout de s’appuyer sur ses partenaires, d’apparaître entre les lignes serrées de l’Atlético. Mais il finissait toujours par décrocher à hauteur de Sergio Busquets pour toucher le cuir.

 

 

L’expulsion de Torres, après deux fautes vilaines et idiotes, a privé l’Atlético de sa flexibilité tactique. Une fois l’Espagnol aux vestiaires, Simeone a opté pour un 4-4-1, donnant d’abord à Carrasco le rôle en pointe. À plusieurs reprises, le Belge a gagné des mètres de manière miraculeuse. Quelques minutes après le début de la deuxième période, alors que le Barça acculait l’Atléti sur son but, Simeone a remplacé l’ex-Monégasque par Augusto Fernandez. C’est la seconde phase du match, celle où le Barça a fait la différence, celle où Neymar a pris la main sur le flanc gauche, celle où l’Atlético n’est quasiment plus sorti de son camp. Toujours en 4-4-1, avec cette fois Antoine Griezmann en pointe, les hommes du Cholo ont vu les Blaugranas utiliser beaucoup mieux les ailes. Le bloc barcelonais est monté de vingt mètres, Mascherano et Piqué rejoignant Busquets très haut dans le camp adverse. Dani Alves et Jordi Alba sont devenus de vrais ailiers et ce sont eux qui ont créé l'égalisation, un centre du Brésilien repris de volée par Jordi Alba au second poteau et prolongé par Luis Suarez dans les filets de Jan Oblak.

 

Comment attaquer face à une équipe qui est à dix dans sa surface ou presque? Le Barça a répondu de façon exemplaire à cette question en deuxième période: se positionner très haut, accepter d’abandonner des espaces dans son dos (entreprise certes moins risquée face à un adversaire en infériorité numérique), placer ses latéraux très haut, centrer, parce qu’on n’a pas le choix, et surtout, mettre beaucoup de présence dans la surface. Sur les deux buts catalans, la zone de Diego Godin et de Lucas Hernandez a été envahie par les hommes de Luis Enrique, à chaque fois magnifiquement servis par l'insubmersible Dani Alves. 

 

 

Toujours en vie après cette courte défaite (2-1), l’Atlético était déjà critiqué hier soir, pour des questions esthétiques, par les amateurs de football ou certains journalistes. Comme l’Inter Milan en 2010, également réduit à dix au Camp Nou en demi-finale retour de la Ligue des champions, les Colchoneros ont joué la montre à l’excès, commis beaucoup de fautes tactiques (cinq cartons jaunes en dehors des deux de Torres) et dit adieu au ballon très tôt dans le match.

 

De quoi être accusé d’anti-football assez vite. Ce serait oublier les trente-cinq minutes passées à onze contre onze, trente-cinq minutes durant lesquels l’Atléti a eu autant d’occasions que le Barça, sauvé du 0-2 par Marc-André Ter Stegen sur un tir acrobatique de Griezmann. Ce serait oublier les séquences en première période, où même à dix, l’Atléti ressortait le ballon proprement et combinait par du jeu court dans le camp adverse. Ce serait oublier que l’Atléti joue deux à quatre fois par saison contre le Barça, et dispute soixante autres matches que peu regardent; que ses détracteurs éclair ne regardent certainement pas. Bref, ce serait porter un jugement à l’emporte-pièce et l’Atlético de Simeone, au sommet depuis quatre ans, mérite mieux, même s’il s’en fiche. "Mon style, c’est gagner", affirme le technicien argentin. Il lui reste quatre-vingt-dix minutes (voire cent-vingt) à Vicente-Calderon pour le rappeler.

 

 

Les observations en vrac

• Même dans un soir où sa performance défensive a été moyenne (il laisse Koke libre sur l'action du but madrilène), Sergio Busquets a busquété

 

• C'est d'ailleurs quand il est sorti en fin de match, alors que le Barça voulait le 3-1, qu'on l'a vu véritablement courir pour la première fois sur un terrain de football. 

 

• On critique assez souvent Christophe Dugarry pour lui reconnaître la superbe auto-dérision qu'il a montrée lorsque Dominique Armand l'a charrié en direct, insinuant en plaisantant que le Camp Nou allait lui rendre un hommage à la 19e minute ("Duga" portait le numéro 19 lors de son passage au Barça).

 

• Un match aussi relou à arbitrer tellement bien maîtrisé: chapeau Felix Brych.

 

• On a assisté à une belle leçon de garage de bus à l'espagnole.

 

N'est pas Rivaldo qui veut, Leo.

 

 

Les images du match

 

 

 

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