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Alexis

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Des Indiens sous le Maracanã

Beau, Beau, Bocandé

Jules Bocandé est mort avant-hier à Metz, où il a légué de beaux moments aux supporters. L'un d'eux se souvient.

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J'avais eu la chance d'être du voyage au Parc. Ma première grande émotion de supporter. De spectateur du sport, même. La victoire sur Monaco en finale de Coupe de France entouré de mon père, mon frère, oncle et cousins résonne encore comme une révélation. Ou plutôt une confirmation que les émotions pouvaient passer par ce fichu jeu de football dont j'étais accroc depuis déjà quelques années malgré mon jeune âge.

 

Alors, pour le plaisir, père et oncle, que je soupçonne d'avoir eu au moins autant de plaisir, ont décidé d'y retourner. Allez comprendre pourquoi, à cette époque, la fédération a décidé que les matches de Coupe de France se jouaient sur un match sec (nouveauté) et sur terrain neutre. Ce 16e de finale entre Metz et Auxerre à Paris, quelques mois seulement après le voyage initiatique, m'apporte une seconde émotion: celle liée à l'idole. Non pas que je m'en découvris une. Mais je prenais la mesure de ce qu'un joueur pouvait bouleverser une horde de supporters et être porté haut dans le cœur de ceux-ci.

 


Image via Foot Nostalgie

 

Ce jour-là, le grand Jules offrait la victoire aux tirs aux buts aux Grenats. Il n'était l'avant-centre de cette équipe vainqueur de la Coupe de France que depuis moins d'un an, mais son passage se voyait déjà marqué d'un exploit au Nou Camp et d'une brouette de buts décisifs, même si son compteur total ne dépassera pas la dizaine pour son premier championnat français.

 

Jules Bocandé était un OVNI venu du Sénégal via la Belgique. Grand et beau, il n'avait ni la finesse des meilleurs d'alors, ni l'élégance de mon favori, le Grand Max, mais une présence inégalée. Pour un gamin, sa carrure était monstrueuse. Son énergie et son activité irréelle. Il faut dire que, habitué à Hinsberger, le choc ne pouvait être que violent pour les habitués de Saint-Symphorien. Et puis sa joie évidente de jouer. De marquer. De gagner.

 

Mon père entreprit donc de m'emmener régulièrement au stade à cette époque, pour ma plus grande joie. Son entrée sur le terrain s'était muée en ce qu'on appellerait volontiers aujourd'hui un teaser. Chaussettes basses laissant place aux mollets béton, cuisses très largement massées d'huile de camphre à nous en faire deviner l'odeur jusque dans les gradins et à en faire péter aux yeux ses quadriceps dignes d'un héros de BD, large sourire, dreadlocks interminables, déterminé. Jules portait, de plus, le plus beau maillot grenat. Celui flanqué du logo Adidas et barré des lignes blanches sous lesquelles s'affichait le mythique "Sollac".

 

Les rumeurs les plus folles parcouraient la ville sur son compte, sans que l'on ne sache jamais quel en fut le degré de vérité. Il venait, disait-on, au rendez-vous les soirs de match encadré des geôliers qui surveillaient la cellule dans laquelle il purgeait, disait-on, une peine relative à quelques soucis avec l'alcool absorbé lors de virées nocturnes s'étant terminées dans l'échange de bourre-pifs bien sentis. Pour être honnête, je n'y croyais mot, mais acceptais l'anecdote pour rendre ses performances encore plus grandes.

 

Je ne conserve pas de souvenir particulièrement ébloui de son jeu. Bien d'autres joueurs ont eu ma préférence. Mais Jules demeure la première idole dont j'ai assisté à la naissance et suivi le parcours. Et j'entends encore souvent raisonner le chant à son honneur qui fut signé par les supporters messins et qui claque à mon esprit après chaque syllabe sonnant en "bo": "Bo-bo, Bocandé" hurlait à répétition le kop. Sans que jamais ne fut révélé ce mystère: simple "bo-bo" ou "beau-beau"? J'avais ma version.

 

Hier soir, j'ai pris une baffe, mine de rien. Parce qu'avec sa mort, une partie de la source de mon amour pour ce sport s'est tarit. Reste Hinsberger. Pas certain que ça compense.

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