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Christophe Zemmour

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Bergomi et Baresi, faux frères milanais

Les joueurs d'exception – Réunis très tôt en sélection, mais séparés par leurs maillots, ces immenses défenseurs centraux ont suivi des trajectoires parallèles.

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D’un point de vue footballistique, Milan n’est ni la ville d’un seul club, ni celle d’un seul joueur. L’Internazionale et l’Associazione Calcio s’en disputent les gloires et les faveurs, et parmi les hommes emblématiques de ces deux institutions, figurent d’un côté Giuseppe Bergomi et de l’autre Franco Baresi. Deux immenses et élégants défenseurs ayant évolué à la même période [1], souvent contre, parfois ensemble. Et deux fidèles absolus à leurs clubs.


Jeunes et champions

L’Italie remporte son troisième titre de championne du monde le 11 juillet 1982 face à la RFA (3-1). Au marquage de Karl-Heinz Rummenigge, un gamin de dix-huit ans, ayant glané ses galons de titulaire après une prestation convaincante lors de son entrée en jeu face au Brésil, fait un match plein: il s’agit de Giuseppe Bergomi. Dans le groupe transalpin, Enzo Bearzot a également convié un joueur du Milan AC de quatre ans son aîné, Franco Baresi, mais sans lui faire disputer une seule minute de la compétition.
 

 


Image oldschoolpanini.com

Jeunes, doués et champions du monde, la carrière internationale des deux Milanais semble promise à un bel avenir. Mais le talent de Gaetano Scirea et un désaccord avec le sélectionneur de la Squadra Azzurra éloignent un temps Baresi de l’équipe d’Italie. De même, Bergomi sera écarté avec l’arrivée d’Arrigo Sacchi sur le banc, et ne retrouvera sa place que lors de... France 98. De fait, les deux joueurs partagent sous le maillot de la Nazionale une histoire contrariée par les tirs au but [3], et l’inachevé et douloureux Mondiale 1990, durant lequel ils furent des membres titulaires d'une très solide arrière-garde qui garda la cage de Zenga inviolée jusqu’à cette tête fatale de Claudio Caniggia en demi-finale.
 


Capitani

La reconnaissance des carrières de Bergomi et Baresi s’est construite aussi et surtout sur leurs faits d’armes avec leurs clubs. Lo Zio (“L’oncle") et le numéro 6 rouge et noir ont consacré une vingtaine d'années à l'Inter et au Milan AC, devenant des capitaines parmi les plus respectés et les plus assidus. Leurs différents records (apparitions en coupes d'Europe, nombre de matches de Serie A et de derbies) ont depuis été battus et leurs brassards repris par deux arrières latéaux, respectivement Javier Zanetti et Paolo Maldini.
 

Baresi a été par trois fois champion d'europe avec le Milan [4], tandis que Bergomi a soulevé la Coupe de l'UEFA à trois reprises également (1991, 1994 et 1998). Une image parmi d'autres pour illustrer la vie des Nerazzurri dans l'ombre des Rossoneri durant cette période. À l’image de ce titre de champion d'Italie en 1989 pour Bergomi et les siens, tandis que la bande de Baresi commençait un cycle glorieux en C1. Des palmarès qui expliquent en partie pourquoi Beppe est sensiblement moins reconnu que Franco – du moins à l’étranger.
 


Milan style

Ils portaient également certaines différences de styles. Quand le premier arborait moustache, coupe stricte et tenue correcte, le second avait les cheveux frisés et anarchiques, les yeux clairs charmeurs et le maillot hors du short [5]. Bergomi était plus dans la tradition classique du défenseur italien, fort au marquage, doté de bonnes dispositions physiques et avant tout concentré sur son travail d’arrière, tandis que Baresi est plus à ranger dans la caste des liberos, des joueurs dépassant leur fonction et assumant un statut supérieur au sein du collectif.

 

Celui qui a été élu meilleur joueur du Milan AC du vingtième siècle bénéficie ainsi d’une image plus charismatique et romanesque, celle d’un joueur plus imposant bien que moins grand, plus complet bien que moins polyvalent. Bergomi évoluait aussi bien dans l'axe qu'à droite et n'était pas pour autant un footballeur inélégant, tirant sa force de sa science défensive. Efficaces, dotés d’une excellente vision du jeu et véritables leaders, les deux seigneurs de Milan font indéniablement partie des meilleurs footballeurs italiens de l'histoire, ayant chacun marqué de leur empreinte une finale de Coupe du monde de sa hargne [6] et de leur talent.

 


 
[1] Bergomi est né en 1963 et Baresi en 1960.
[2] Le défenseur interiste a donc participé à quatre phases finales de Coupe du monde, sans en disputer un seul match de qualification. En effet, Beppe a intégré la Nazionale en 1982, qui n’a pas eu besoin de disputer les éliminatoires des deux éditions suivantes, puisque successivement tenante du titre et pays organisateur.
[3] Face au Brésil en finale en 1994 pour Baresi (2-3, il rate la première tentative de la série) et à la France en quart en 1998 pour Bergomi (3-4).
[4] Il n'a cependant pas participé à la finale face au Barça en 1994 (4-0).
[5] Baresi faisait mine de ne pas comprendre, lors des matches européens et internationaux, quand l'arbitre lui demandait de remettre son maillot dans son short.
[6] Lors de l’édition 1994, Baresi se blesse au genou le 23 juin contre la Norvège en phase de poules, avant de se faire opérer et de retrouver sa place de titulaire en finale le 17 juillet.

 

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