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François Borel-Hänni


Journaliste et docteur en STAPS de l'université Lille-2.


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Revue de stress #148

Blasons maudits / 6

Pour conclure la saga des écussons de nos clubs, il fallait un feu d'artifice de couleurs et de formes. Voici le (dernier) tour de Nice, Angers, Lille, Metz… et Toulouse, qui a droit à un traitement spécial et ce n'est que justice.

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OGC Nice

Rien ne prédispose Nice à s’abandonner aux joies du football. Que viendrait faire un sport de roturiers sur cette avenue de bord de mer où les couples viennent se réconcilier, la bien-nommée Promenade des engueulés? Le ballon rond n’est pas plus séduisant que la célèbre Mado, l’humoriste du coin (dite "la salace niçoise"). Non, ce jeu des automnes sinistres n’a pas sa place dans cette cité à l’été indien permanent, où les vieux de droite prennent l’apéro au crépuscule, admirant la Nice étoilée. Pourtant, Nice a une tradition footballistique à faire pâlir ses voisins. À Toulon, Cannes, Aix, Istres, Martigues, il ne fait pas bon rappeler que Nice a plusieurs trophées dans sa vitrine. Insistez un peu et vous obtiendrez en réponse le "Oh, je sais" qui a inspiré le nom du club.

 

La prétention a été poussée à son paroxysme au cours des années 70, quand l’emblème du club mélangeait empire et royauté, Restauration et Second empire au point que les vraies couleurs du club, rouge et noir, apparaissent à peine. L’OGC Nice se faisait un film, avec une tendance à recruter des gars aux blases cinématographiques. En 1975, les héros du Ray s’appelaient Adams, Van Dijk, Jouve, Huck… Cela se poursuivit d’ailleurs dans les années 80 avec des dirigeants aux noms de filous : Mario Innocentini, tout un programme, précédé d’un président Loeuillet le mal nommé, si bigleux qu’il faisait toute la compta en double. Et ce sous le mandat municipal de Jacques Médecin, l’homme qui vendait du boudin séropositif.

 

Après quelques années simili-glorieuses, l’OGC Nice fait son petit séjour derrière les barr… euh, en D2. L’or, trop prétentieux, disparaît. Pire, il faut foutre un ballon sous la minijupe de l’aigle pour qu’il sache de quel sport il s’agit. La couronne, anachronique d’apparence, est en réalité destinée à protéger le volatile des dégagements de Sammy Traoré. Les récentes années lui ont permis de voler à nouveau à belle altitude, surtout depuis que Claude Puel l’a pris en main, car le Puel a de la main. Et des gamins. Et cela se voit quand Claude cherche à loger ses fils.

 

 

 

SCO Angers

Il y a la douceur angevine et cela devrait suffire. Comment le foot pourrait-il attirer l’attention d’Angers? Et pourtant, le SCO est parvenu à conquérir les passions de ses émollients citoyens. Sous l’impulsion des Guillou, Berdoll, Poli, Edwige, que de soirées glorieuses dont les supporters des années 70 sortirent les joues en feu! D’où la fameuse expression "Anjou, feu". Mais à Angers comme partout, il est plus facile de grimper au sommet que d’y rester, sauf quand on y va à vélo. Contemplant son récent passé au début des années 80, le SCO s’exclama "Oh, que CO" et entreprit de chuter lentement, notamment en alignant un Steck-Brulez en défense centrale.

 

Les écussons successifs reflète ce parcours: le diamant doré des débuts, peu bavard mais trop grandiloquent, cède finalement place à un rectangle noir plus adéquat avec son beau dégradé. Dégradé d’une division, s’entend. Beauvais, Charleville, Louhans-Cuiseaux deviennent le quotidien du stade Jean-Bouin au point qu’on croit bon de rappeler la mention "football professionnel".

 

Ce n’est que très récemment que le SCO s’est remis à rêver de grandeur. Son centenaire approchant, il ne voudrait avoir à regretter, en 2019, une fois que l’âge vînt, un manque d’ambition. Angers habite à nouveau l’élite et force le silence, sinon le respect. Désormais, on se tait quand un Angevin passe.

 

 

 

Lille OSC

Pourquoi ce dogue qui, à bien l’observer, a pris toutes les portes de la ville dans la gueule (et il y en a beaucoup)? Les origines du surnom sont confuses. Et pourquoi cette race en particulier? En raison de la météo dogueulasse, dit-on. Mais cette interprétation trop Dany Bone. Une explication plus plausible est liée au caractère bourgeois de Lille, où résident les patrons du coin alors que les ouvriers vivent à l’écart, dans des tours et des coins. Et à Roubaix aussi. Ainsi le LOSC, bien que de basse extraction comme tous les manieurs de cuir (excepté les Kretzschmar, ceci est une blague locale), s’est donné aux grosses familles de la région, à la noblesse d’argent et de titre.

 

Malgré une mascotte racée de près, le LOSC n’a connu que des succès éphémères au sortir de la Guerre. Déçus, les supporters exhortaient les joueurs Desmet minables, ce qu’ils préféraient faire dans les troquets. Voilà pourquoi le dogue des années 80 (premier écusson) implore son passé, enfermé dans un cercle bien rond, allusion peu fine à Georges Peyroche dont le foie est exposé au musée des boozers.

 

Une transition brusque s’opère à la fin des années 90 avec le passage à un blason carré, symbole d’une gestion qui change du tout au tout. Le dogue se fait rigoureux, offensif, et son armoire à trophées, Vahid depuis si longtemps, ne va plus tarder à se remplir. D’où le troisième emblème, rebondi comme un ventre de propriétaire satisfait installé dans son stade et sa nouvelle fortune.

 

Enfin champion, il renonce aux conquêtes, comme ces généraux qui plient sous le poids des médailles. Le jeu Lillois de 2015 ressemble à des manœuvres de bidasses: on bouge dans tous les sens mais on se retrouve toujours à la case départ. Une case départ trop bien remplie au goût des supporters, non compensée par les arrivées car tout le pognon part dans la location d’une nouvelle niche qui protège de la pluie, certes, mais n’attire plus que des élégants sans mordant. Regardez le dernier chien, si c’en est un: ne donne-t-il pas, et c’est un comble, l’impression de faire du catwalk?

 

 

 

FC Metz

"Vous n’aurez pas la chiasse et la gangrène", l’anti-slogan officieux des régions du Nord-Est, en dit long sur la difficulté que ressentent les clubs concernés à recruter. Nous voilà à Metz, son petit dragon, sa double croix et son équipe de foot cosmopolite. Métisse, corrigeront les employés de la régie transports de la ville (faut en être pour comprendre, rassurez-vous).

 

Les couleurs du blason de gauche, rouge et jaune, sont chaudes à l’image du tempérament local, ébouillanté par la présence d’Italiens venus surtout de Sicile. De Messine, en particulier. Metz est une espèce de Sicile de France, détestant l’Allemand par atavisme et le parlant par nécessité, pas royaliste mais très catho malgré, ou grâce à, Sainte-Ségolène (faut en être aussi). Ce particularisme religieux explique pourquoi le FC Metz joue en grenat. Tout le monde connaît les Grenats des goupillons.

 

Passé tout près de la consécration suprême en 1998 avec ses Pires, Pouget, Kastendeuch, Pierre, Gaillot, Blanchard, bref des gars aux blases d’agents d’assurance, le FC Metz est aujourd’hui rentré dans le rang alors que ses joueurs ont enfin des noms sexy (Ngbakoto, Kaprof, Palomino). Les chaudes ambiances ont depuis longtemps déserté la cité et l’écusson en est revenu à un grenat simple, plus fidèle à la réalité. Attention cependant, car on n’a peut-être pas fini de parler de hautes températures dans les gradins du stade Saint-Symphorien. Rien à voir avec la réouverture des hauts fourneaux, plutôt avec le réchauffement climatique. Saint-Symphorien étant construit sur une petite île bordée par la Moselle (chouette promenade), la future montée des eaux pourrait l’engloutir. La dernière crue remontant à plus d’un siècle, la prochaine ne doit plus tarder. Et voilà comment tout Metz craint le prochain excès de Moselle.

 

 

 

Toulouse FC

Nous avons ici, et pour conclure ce long périple géographique, historiographique, sigillographique et Ibrahimovic (il réussit vraiment à s’incruster partout, lui), l’exemple d’un club qui a vraiment tout fait, dans son histoire, pour atteindre une notoriété que ses résultats sportifs n’ont pu lui offrir. Tout fait, sauf se faire rebaptiser, recruter Xavier Gravelaine ou jouer avec un ballon ovale pour tromper l’adversaire. Cela explique pourquoi le Toulouse FC a aussi souvent changé de maillot et d’écusson. On espère seulement que ça n’a pas coûté trop cher au contribuable car les résultats, esthétiques et sportifs, ont surtout fait en sorte que l‘observateur neutre s’esbaudisse, Dominique.

 

Le premier emblème est un record de mauvais goût, bien digne des années 1980. Question dynamique par l’image, on est surtout proches d’Émile. Ce truc est un peu comme le sigle Carrefour: faut le regarder douze fois pour comprendre et, soudain, le choc (dès l’aérogare). Oui, il s’agit bien d’un rond violet figurant deux jambes stylisées qui poussent un ballon jaune, avec un TFC en éclairage à lampes violettes sur fond jaune. Vu leur apparence et la situation du cuir (au niveau des tibias), les gambettes doivent plus appartenir à Jean-Luc Ruty qu’à Beto Marcico. Malgré la laideur de la chose, cet écusson marque la période rose du TFC (ton sur ton), deux troisièmes places consécutives, une élimination de Naples en Coupe de l’UEFA (la rencontre Maradona-Marcico reste encore dans la mémoire des trattorias locales) et une armada de gamins qui courent après le succès comme des lapins de Garonne pendant Labatut.

 

Tiens, parlons-en de lui. Pas un mauvais bougre, sûrement, mais sous sa présidence, que d’erreurs grossières, de maladresses évitables! Zvunka entraîneur, Pickeu en pointe et pire, la pub Cachous Lajaunie, motif pour repeindre le club en jaune. Toulouse en jaune! Le TFC a été victime de nombreux attentats à la couleur mais celui-ci fut le pire, avec un blason marqué pour l’éternité. Le précédent, rond avec les armoiries de la ville, tenait pourtant debout (si l’on peut dire cela d’un cercle).

 

C’est ainsi, les hommes aiment laisser une trace de leur passage, par mégalomanie ou égocentrisme, Kita se planter complètement. Plombé, le TFC va faire repentance. Cela prendra du temps: la croix occitane du quatrième écusson indique qu’à la fin des années 90, après un passage par la D2, il se remémore ses racines régionales, mieux vaut cathare que jamais. Ironie, c’est un Bordelais qui le réinstalle en D1. Le TFC aurait bien aimé dire "J’y suis, Giresse", mais sa santé, encore précaire, est aggravée par les méfaits d’un président (un autre, Jacques Rubio) qui confond les caisses du club avec l’héritage de belle-maman.

 

Faut repartir de zéro. Plus de vache, veau, cochon, couvée ni beurre, et même Zebda n’y peut rien. Heureusement, à Toulouse où l’on préfère définitivement le rugby, les rebonds du destin suivent d’étranges trajectoires. En quelques années, le TFC redevient une maison du football français, capable de former et propulser des internationaux – mais pas de les garder, faut pas déconner: Carrasso, Sissoko, Gignac, tous passés par le Stadium. Et Jérémy Mathieu, adulé des étudiants. C’est qu’il était chanté au Mirail, Mathieu! Ces derniers temps, Toulouse s’est stabilisé. La preuve, son emblème ne change plus, ni sa teinte dominante. Il est mauve et c’est tout, disent les supporters, qui ont bien raison.

 

BLASONS MAUDITS / 1 : PARIS, NANCY, LENS, MONTPELLIER ET BORDEAUX
BLASONS MAUDITS / 2 : CAEN, BREST, RENNES, REIMS ET SOCHAUX
BLASONS MAUDITS / 3 : TROYES, NANTES, MONACO, LE HAVRE, LILLE
BLASONS MAUDITS / 4 : LORIENT, LYON, VALENCIENNES, MARSEILLE ET TOURS
BLASONS MAUDITS / 5 : GUINGAMP, LAVAL, BASTIA, AUXERRE ET SAINT-ÉTIENNE

 

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