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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Borussia II : le retour

Si 2011 a été l’année du sacre du Borussia Dortmund, c’est l’autre Borussia, celui de Mönchengladbach, qui a réalisé la plus spectaculaire progression ces douze derniers mois.

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1er janvier 2011: tandis que Dortmund mène la Bundesliga avec quatorze victoires en dix-sept matches, Mönchengladbach agonise au dernier rang avec dix misérables points au compteur. Si l’attaque des "Poulains" se situe dans la moyenne de l’élite outre-Rhin, leur défense est bonne dernière – avec en moyenne presque trois buts encaissés par rencontre. Surtout, l’équipe se révèle incapable de s’imposer dans son Stadion im Borussia-Park, affichant un triste bilan de trois nuls et six revers à domicile. Et impossible de miser sur la Coupe pour se changer les idées, 2010 s’étant conclue sur une élimination en huitièmes.
La trêve hivernale est l’occasion de se renforcer pour Gladbach, qui fait venir un attaquant, l’ancien international Hanke, privé de temps de jeu à Hanovre, deux milieux défensifs (M. Fink, prêté par le Besiktas Istanbul, et le Norvégien Nordtveit, de la réserve d’Arsenal), ainsi qu’un défenseur – l’Autrichien Stranzl, qui arrive de Russie.

 


Miracle contre Schalke

Nordtveit et Stranzl sont titularisés dès la reprise, mais celle-ci se passe cahin-caha: les deux succès 1-0 acquis à Nuremberg puis à Francfort sont négativement contrebalancés par les deux revers à domicile devant Leverkusen et Stuttgart – contre le VfB, Gladbach menait pourtant 2-0 à la pause! L’écart qui sépare Gladbach de la place de barragiste est alors de six points… soit un de plus qu’à la mi-saison. Lors de la 22e journée, un Borussia réduit à dix dès la vingtième minute s’incline 1-3 chez le promu St. Pauli. Cette quatorzième défaite est celle de trop: Frontzeck est viré de son poste d’entraîneur qu’il occupait depuis l’été 2009 [1]. Aux deux tiers du championnat, la situation du Borussia apparaît désespérée et le Suisse Favre, appelé en renfort, se retrouve avec une mission quasi impossible: sauver le club d’une troisième relégation.

 

 

Et là, miracle: lors de la 23e journée, malgré un but pris d’entrée, Gladbach remporte son premier succès à domicile sur Schalke (2-1), ce qui lui permet de rattraper l’avant-dernier Stuttgart et de ne pointer plus qu’à quatre points de la seizième place. Peu à peu, le Borussia progresse, engrangeant chez lui des points qui lui valent de ne pas être largué en queue de classement. Au sein du groupe, la ligne arrière est devenue plus stable: elle n’encaissera jamais plus de deux buts par match jusqu’à la fin de la saison.

 


Une remontée fantastique

Mais le dernier rempart de Gladbach reste friable. Initialement titulaire, le Belge Logan Bailly avait été rétrogradé au rang de troisième gardien par Frontzeck après la débâcle 1-4 devant Brême. Redevenu titulaire à l’arrivée de Favre, Bailly déçoit encore, notamment avec un but csc face à Kaiserslautern (0-1). Dans la course au maintien, perdre des points aussi stupidement peut coûter cher. Il l’apprend à ses dépens en étant à nouveau remplacé, par le troisième gardien ter Stegen cette fois. Un choix décisif, puisque sur les six derniers matches de la saison, le Borussia n’encaisse plus que trois buts. Avec ter Stegen - Jantschke, Stranzl, Dante, Daems, Favre a enfin la bonne formule en défense.

 

Malgré son rang de lanterne rouge, le Borussia Mönchengladbach effectue alors une remontée fantastique. Après un large succès 5-1 devant Cologne et une courte défaite 0-1 à Mayence, Gladbach enchaîne trois victoires de suite – du jamais vu cette saison – contre le leader Dortmund, chez le troisième Hanovre puis contre Fribourg. Conjugués aux fins de saison calamiteuses de St. Pauli et de Francfort, ces résultats permettent à Mönchengladbach de terminer seizième, donc barragiste, après avoir été relégable sur deux tiers de la saison. Le barrage conclu victorieusement contre le VfL Bochum (1-0, 1-1) assure son maintien à Gladbach: le miracle a eu lieu!

 


Le rêve continue

Cette amélioration ne s’est pas arrêtée à la pause estivale. Familiarisé avec la seconde partie de classement, le Borussia Mönchengladbach redécouvre cet automne le haut de tableau, accompagnant les Munich, Dortmund et Schalke. Bailly prêté au Neuchâtel Xamax, ter Stegen a récupéré le maillot au numéro 1, et la défense du club est désormais l’une des meilleures de l’élite – avec juste onze buts pris en dix-sept matches. En attaque, l’équipe s’appuie sur Hanke, 100 % titulaire après le départ d’Idrissou, et surtout sur le joyau de l’effectif, le milieu Marco Reus, qui en 2011 a fait ses premières apparitions avec la Mannschaft et qui, au second semestre, a déjà inscrit dix buts – son bilan de la saison précédente.

 

Gladbach est ainsi passé en un an du dernier aux premiers rangs, occupant même l’espace d’une soirée la place de leader de la Bundesliga – ce qui a pu rappeler aux anciens les glorieuses années 70 (lire "Les légendes du Bökelberg"). Si le titre paraît hors de portée au vu de la concurrence actuelle, un ticket européen peut être espéré: après avoir frôlé la relégation en 2010, Hanovre a bien réussi à se qualifier pour l’Europa League cette année. Si ce n’est par le Championnat, ce sera peut-être par la Coupe, où le Borussia est qualifié pour les quarts [2]. Dans tous les cas, il restera la satisfaction d’un maintien aisément acquis – avec trente-trois points, le club n’est qu’à trois unités de son total de 2010/11 – et d’avoir redonné un peu de lustre à un club qui en manquait depuis bien longtemps.

 


[1] Avant Gladbach, Frontzeck avait été limogé de l’Arminia Bielefeld qu’il n’avait pas su sauver de la descente.
[2] Prochain adversaire en Coupe: l’ancien club de Favre, le Hertha Berlin.

 


LE TRIO GAGNANT DU BORUSSIA MÖNCHENGLADBACH 2011

 

1. Stranzl, un Autrichien bien allemand

Martin Stranzl n’est pas un nouveau venu en Bundesliga: il a commencé sa carrière professionnelle au Munich 1860 et est resté fidèle aux "Lions" six ans, jusqu’à la relégation du club en 2004, avant de passer une saison et demie au VfB Stuttgart – soit 168 apparitions dans l’élite allemande. Ce défenseur central autrichien présente la particularité de n’avoir encore jamais joué pour un club de son pays natal. Par ailleurs, il n’a plus à penser à sa sélection: à même pas trente ans, il a annoncé fin 2009 qu’il prenait sa retraite internationale, après s’être fâché avec son sélectionneur Dietmar Constantini.
Avec son nouveau numéro 39, Stranzl est titularisé d’entrée au Borussia Mönchengladbach. Sur le côté droit de la charnière centrale, il devient immédiatement un pilier de l’équipe, disputant l’intégralité des dix-sept journées de la phase retour de la saison 2010/11. Il vient d’être désigné par le magazine sportif allemand Kicker comme le cinquième meilleur défenseur central de Bundesliga de la phase aller de la saison 2011/12.

 


2. Favre, toujours plus haut au classement

Avant d’entraîner en Allemagne, Lucien Favre s’est bâti un CV dans son pays: il a permis au club d’Yverdon-Sport de remonter en LNA en 1999, et après un séjour de deux ans au Servette Genève, il a ramené le FC Zürich au sommet du foot helvétique, avec une Coupe nationale en 2005 et deux championnats en 2006 & 2007 qui ont mis fin à une période de vingt-cinq ans d’attente du FCZ. Fort de ses succès, Favre est parti tenter sa chance en Allemagne. Dixième en 2008, le Hertha Berlin a réalisé avec Favre une de ses plus belles saisons en 2008/09, occupant même pendant quatre journées la place de leader. Mais Favre est limogé en septembre 2009 après une série de six défaites d’affilée. Son arrivée à Mönchengladbach lui donne l’occasion de relever le défi qui lui a été refusé au Hertha: tenter de sauver un club en difficulté.

 


3. ter Stegen, l’avenir dans les cages

Marc-André ter Stegen ne s’attend sans doute pas à pareille fête: à dix-huit ans, le jeune blond compte certes des matches à son actif dans les sélections allemandes de jeunes, mais il figure encore dans la réserve du Borussia quand, à l’automne 2010, il bénéficie de la disgrâce de Bailly et obtient une place sur le banc. Quelques mois plus tard, les méformes et blessures de Bailly et de son remplaçant Heimeroth lui offrent la chance de défendre les buts du club qui l’a formé. Un choix gagnant pour le joueur et le club.
Ter Stegen fait partie de cette génération de jeunes et talentueux gardiens récemment promus titulaires dans leurs clubs, avec entre autres Oliver Baumann (Fribourg), Bernd Leno (Leverkusen), Kevin Trapp (Kaiserslautern) et Ron-Robert Zieler (Hanovre). S’il continue ainsi, il pourrait apparaître un jour en équipe nationale première. Au final, le seul aspect négatif de 2011 est un choc avec l’entraîneur des gardiens du Borussia, qui lui a valu deux dents cassées et un passage par l’hôpital… sans l'empêcher de tenir sa place au match suivant.
 

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