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Patrick Slet

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Celades et Morientes dans un bateau…

Les intégrations contrastées de deux joueurs du Real Madrid dans notre championnat témoignent des rapports distendus entre la Liga et la L1. Analyse de trajectoires…
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Albert Celades et Fernando Morientes appartiennent tous deux à une espèce peu commune, celle des joueurs espagnols ayant traversé les Pyrénées... Une transhumance rarement couronnée de succès, le plus illustre de leurs prédécesseurs étant resté à peine quelques mois — Martin-Vasquez, au sein d'un OM pourtant triomphant. Mais il semble aujourd'hui qu'on ne prête pas qu'aux riches, et que les riches peuvent se prêter au prêt. La co-paternité de ce retournement de tendance doit être attribuée à deux "dirigeants" aussi volubiles que contestés: Fernandez avec Arteta et De Luca, puis Tapie avec Rivera et Alfonso. Le contexte économique aidant, les clubs français se sont-ils trouvé une durable vocation de loueurs de jambes ibériques en disgrâce?

Malgré son air hagard sur cette image, Deschamps savait qu'il faisait une bonne affaire…
Le trampoline plutôt que le banc En effet, à l’image d’une Liga puisant dans le vivier des anciennes colonies, les normes offensives du Real sont devenues plus étrangères que nationales, l’exception s’appelant Raul. Le phénomène se reproduisant au Barça, l'inflation salariale sur les Espoirs espagnols a été telle que bien peu de clubs ont pu la suivre. Dès lors, pour bon nombre de joueurs inconfortablement situés au milieu de la pyramide des âges, l’exil devient une solution pour relancer une carrière menacée de stagnation. Après au moins une année de pénurie de temps de jeu, Celades (14 matches de Liga en 2001/2002 puis 3 en 2002/2003) et Morientes (18 apparitions en championnat la saison passée) avaient pour point commun d'être peu ou prou relégués sur le banc du Real. L’un comme l’autre se retrouvait dans une situation sportive paradoxale. Joueurs arrivés à maturité (28 ans pour Albert, 27 pour Fernando), ayant porté le maillot national, quoique que dans des proportions très différentes (4 sélections pour le premier, plus de 30 pour le second), croulant sous les titres (Celades a tout de même été quatre fois champion d'Espagne, dont deux avec le Barça), ils étaient barrés par la tribu des "galactiques". Inversement, si — avant d’être effrayé par sa feuille de paie — seul le club de Saragosse s’était intéressé à Celades, Morientes était désiré aux quatre coins de l’Europe. Un des autres éléments qui opposent Celades et Morientes est le basculement de la norme vers l’exception actuellement à l'œuvre au sein du Real. L’entreprise de nettoyage à sec du nouvel entraîneur des "Merengues" a privilégié les vraies stars, et le quota de joueurs qui n’avaient de galactique que leur rémunération a fondu. Le cas de Celades s'apparente à ceux des McManaman, Flavio Conceiçao et autre Nunez... Morientes faisait plus figure d’exception dans la logique de Queiroz. Ce dernier n’ayant jamais demandé ce départ, c’est à l’initiative du joueur que le prêt a été consenti, à la grande joie du jeune Portillo qui y a vu de plus grandes opportunités de jeu en début de saison. Arrivé à Monaco "avec toutes les illusions du monde" pour jouer l’Euro, Morientes est en passe de devenir l’exception de la réussite espagnole en France. Vu d'Espagne… Dans la presse espagnole, ces départs ont été salués différemment. Celui de Celades a été conforme à l'importance accordée au championnat français, et n'a noirci les gazettes que de quelques lignes. Pour Morientes, la cote reste plus élevée et c’est donc celle de Monaco qui a grimpé… À plus forte raison au lendemain de l’exploit contre La Corogne. Avant le match, c’était Morientes qui "menaçait" le Deportivo. Après, c’était Prso qui le terrassait, accédant sans autre forme de procès au statut de joueur phare de la L1. Pour Celades et Morientes, l’objectif de départ (retrouver des couleurs) est donc très diversement atteint. L’attaquant redevient incontournable en sélection et son avis modérément optimiste éclaira la presse lors des barrages pour l’Euro. Sa réussite, saluée unanimement en France — de L'Équipe au Monde —, est comparée en Espagne à celle de Makaay au Bayern. Celades reste, quant à lui, l’espoir déchu tombé dans l’anonymat des dépêches. La première fut la meilleure, lorsque dans les entrefilets consacrés aux résultats français, une ouverture pour Deivid face à Auxerre fut saluée. Depuis, le retour au désert n’a été traversé que par la reprise d'une amabilité de Pavon sur sa faible condition physique. En six mois, des deux côtés des Pyrénées, tout n'a pas changé…
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