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Christophe Kuchly


Dé-Manager aussi connu sous le nom de Radek Bejbl. Écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Chroniques bielsiennes : Clap de fin

La direction du LOSC a tranché. Après la barrière lors du premier affrontement entre Amiens et Lille, c'est la tête de l'entraîneur argentin qui est tombée. Dans le Nord, même si le volet judiciaire reste à régler, la page est déjà tournée.

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Un voire deux nouveaux dispositifs par match, deux victoires et une lourde défaite. Dans le fond, les débuts du duo Joao Sacramento (qui occupe le rôle d'entraîneur principal) – Fernando Da Cruz (qui l'assiste et se présente face aux médias) n'est pas si éloigné que cela de la fin du mandat du prédécesseur. Et pourtant, rien n'est plus vraiment pareil.

 

 

Espoirs déçus

Marcelo Bielsa aura donc terminé son mandat presque comme il l'a commencé: avec un football en porcelaine, plus décoratif qu'utile et très fragile. Séduisante et efficace en préparation puis lors de la première journée de championnat, son équipe a ensuite sombré dans l'abyme des redoublements stériles loin du but adverse, des prises de risques défensives payées cash et des choix offensifs individuels à se taper la tête contre un mur. Jusqu'à ce déplacement à Rennes, allégorie du vide où, après la partie, le coach affirma, décidé, que Lille avait eu cinq occasions contre une seule pour son adversaire.

 

 

 

 

Les Bretons avaient ce jour-là cadré six frappes contre zéro, remportant sans briller et sous les sifflets de leur public un match franchement dispensable. Loin de cet affrontement amical fin juillet où les idées des entraîneurs se matérialisaient sur le terrain, poussant le site de L'Équipe à titrer "Lille et Rennes annoncent le spectacle" et La Voix du Nord à renchérir "Du monde, des mots, des buts: vivement la suite!".

 

Suite qu'on connaît désormais: un stade Pierre-Mauroy à peine plus rempli que l'année précédente, des discours ubuesques (ah, ce "on a dominé le champion de France" de Marc Ingla après le 0-4 contre Monaco) et l'une des pires attaques de Ligue 1. Ni Christian Gourcuff, ni Marcelo Bielsa, même âge et mêmes convictions, ne sont aujourd'hui en poste.

 

 

Jeu et discours

Après Rennes, malchance et maladresse privèrent les Lillois de points contre des Marseillais recroquevillés devant leur but pendant les trois quarts du match. Suivirent une victoire heureuse contre Metz, une autre intéressante face à Saint-Étienne et donc ce remake du match à Amiens. Celui qui, en cas de succès sur tapis vert, aurait mis le LOSC en milieu de tableau. Ou, qui sait, pouvait lancer une série positive un peu plus tôt si la barrière ne s'était pas retrouvée en contrebas.

 

Du conditionnel certes, mais des scénarios loin d'être plus hypothétiques qu'un but de Fodé Ballo-Touré. Lille, en tout cas, semblait sur la voie d'une forme de guérison.

 

 

 

 

Sauf que le destin du technicien s'était sans doute déjà joué loin des terrains. Quand, lors d'un point presse bien plus suivi en direct sur les réseaux sociaux que par des journalistes en très petit comité à Luchin, Marcelo Bielsa avait allumé Luis Campos, le conseiller du président Gérard Lopez. Lequel lui répétait le même conseil depuis des semaines: Gégé, ça peut plus durer.

 

Quand l'entraîneur joue les pyromanes en interne sans être en position de force (s'en doutait-il?), les progrès dans le jeu ne comptent plus. Et, au premier faux pas, Bielsa a sauté. Tant pis pour le DG Marc Ingla, allié du coach, qui croyait dans un projet n'ayant de sens que sur le long terme. Et tant mieux pour beaucoup de gens, El Loco ayant perdu la plupart de ses soutiens en route.

 

 

Stratégie à part

Ainsi s'est donc terminée, par un bref communiqué, une aventure qui aura divisé une partie de la France du foot. Quelques mois intenses, une parenthèse à l'échelle de ce sport où chaque semaine remet en cause la moitié des constats de la précédente, avec plus de bas que de hauts.

 

Un 3-3-3-1 incompris par les suiveurs et pas forcément beaucoup plus par les joueurs, une communication profonde ou alambiquée selon le bout par laquelle on la prend, un repli sur soi avec des entraînements presque uniquement à huis clos, un marquage individuel anachronique et un contenu inégal: en l'absence de progressions individuelles notables, la balance penche du mauvais côté. Les résultats, loin d'être aussi dramatiques qu'annoncés à défaut d'être bons, ne faisant qu'aggraver les soucis.

 

 

 

 

Marcelo Bielsa l'a plusieurs fois déploré, les médias jugent les matches par le prisme du résultat. C'est souvent vrai, mais c'est souvent aussi le meilleur moyen d'envisager le travail des techniciens de Ligue 1. Pour la majorité d'entre eux, l'objectif est de maximiser les ressources disponibles pour prendre le plus de points possibles. Sans visibilité sur l'avenir de leur club, donc celui des joueurs et le leur, ils cherchent chaque semaine la solution au problème posé par l'adversaire, en créant si possible une manière reproductible de le faire. Comme Gourcuff et d'autres, Bielsa est différent. Et d'autant plus quand la promesse d'un projet à long terme est doublée du recrutement de jeunes joueurs.

 

Son idée? Ambitieuse, presque déconnectée de la réalité du football: créer un modèle parfait. Enseigner à ses joueurs une façon de faire qui, en s'adaptant au minimum à l'adversaire – uniquement dans le nombre de défenseurs alignés et, forcément, au marquage –, permettrait de gagner à chaque fois. Ou, au moins, de se procurer bien plus d'occasions que lui, la finition étant déconnectée du plan de jeu et difficilement prédictible.

 

Pour cela, il faut passer par le sol et apprendre à tout faire. Il faut qu'Yves Bissouma et Thiago Maia, (a priori) doués avec le ballon, progressent sans. Donc qu'ils apprennent, comme latéraux, la gestion des espaces offensivement comme défensivement. Si l'apprentissage se fait par l'erreur, eux comme Nicolas Pépé, placé en pointe pour progresser dans les appels, ont sans doute beaucoup appris.

 

 

Rupture et bilan

Retour au présent. Joao Sacramento, jeune homme pas même trentenaire, écarté par Bielsa pour sa grande proximité avec Luis Campos et qu'on dit brillant, fait désormais équipe avec Fernando Da Cruz. Un ancien international de futsal dont le seul passage comme coach, à Mouscron-Péruwelz, est résumé par cette phrase lunaire sur Wikipédia: "Malgré un bilan de 3 points sur 27, il parvient à sauver le club de la relégation."

 

Un attelage méconnu et peu expérimenté donc, qui compte pour l'instant une défaite 3-0 et deux victoires, un bilan identique aux trois dernières rencontres de Bielsa. Avec Mike Maignan pour sortir deux penalties qui font gagner quatre points et une autre manière d'aborder les matches.

 

Finies les expérimentations risquées sur le court terme pour, peut-être, payer plus tard. Le marquage est en zone, le dispositif s'adapte à chaque adversaire et les joueurs retrouvent leur poste. Supporters et médias accèdent de nouveau aux entraînements tandis que les langues se délient et que la communication sur les réseaux sociaux est bien plus active. Bielsa parti, c'est tout un club qui revit, ou en donne l'impression, un présent serein ayant remplacé la promesse d'un futur prospère.

 

 

 

 

À l'heure du bilan, il restera de l'ère Bielsa un grand sentiment d'incompréhension. De ses idées et de son discours mais aussi entre lui et Campos, homme de l'ombre qui gagne toujours ses bras de fer sans jamais montrer les muscles. Le passé de l'Argentin et les promesses vues depuis que le retour de Thiago Mendes a permis de fluidifier les circuits de jeu donnaient pourtant beaucoup d'espoir pour la suite.

 

Nul ne sait si les joueurs auraient pu augmenter leur niveau, être suffisamment bons pour assumer les grandes responsabilités que la philosophie de l'entraîneur leur confiait. S'ils auraient pu effleurer le niveau de l'Athletic Bilbao 2012, celui qui donna une mémorable double leçon à Manchester au printemps alors qu'il n'avait aucune cohérence à l'automne.

 

Si Lille confirme sa remontée, y verra-t-on la réussite du changement de staff technique ou le bon travail du précédent? S'il y a rechute, accusera-t-on les fondations d'être trop fragiles ou le président d'avoir viré le seul pouvant mener à bien le projet? Une nouvelle fois, indépendamment des louanges de beaucoup de ses pairs, Marcelo Bielsa, ses méthodes et ses réelles qualités d'entraîneur continuent à faire débat. Et ce n'est pas aujourd'hui qu'on verra les deux camps se rapprocher.

 

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