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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Les raisins de la couleur

Cinq clichés indiscutablement irréfutables

On creuse parfois beaucoup pour tout analyser dans le football, de la tactique à la statistique en passant par l'aspect psychologique. Mais il y a des points importants dont on oublie parfois la portée.

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Clichés are clichés for a reason, man ! Because they fucking work !” (les clichés sont des clichés pour une raison mec, parce qu'ils fonctionnent), jugeait avec finesse Samurai Apocalypse dans un épisode de Californication. Le contexte – ici menacer de balancer quelqu’un d’un toit – est assez spécifique, mais la remarque reste plutôt juste. Pour s’établir en tant que référence, le cliché a forcément eu une histoire. Et si certains méritent d’être déconstruits (franchement, la victoire à l’italienne…), il y a des bases sur lesquelles il est bon de pouvoir s’appuyer, et pas seulement à l’échelle des championnats. Tour d'horizon vaguement sérieux.

 

 

 


1. Ne pas payer ses joueurs est un handicap

Avec sa phrase “l'Olympique de Marseille a des soucis financiers depuis un certain moment, ne peut pas payer certains salaires”, André Ayew – qui parlait recrues éventuelles et non joueurs déjà présents – a mis le doigt sur un point important: la passion c’est bien, mais l’argent aussi. Même quand on aime son métier, c’est toujours mieux de toucher du pognon. Dans le cas contraire, il est franchement compliqué de motiver tout le monde à venir faire des tours de terrain à 9h du matin.


En Grèce – où il est plus rare d’être riche que l’inverse –, le Niki Volou a été relégué par la commission de discipline de la Ligue. Depuis plusieurs mois, il ne pouvait plus payer ses joueurs. On pourrait qualifier ça de sens de l’anticipation: avec deux victoires et un nul cette saison (et le formidable total de sept buts marqués), le club au nom d’actrice porno n’avait de toute façon pas grande utilité. L’OFI Crète, qui a également arrêté de payer, s’en sortait comme il pouvait. Une pénalité de dix points les envoie loin du maintien. Pas mieux en Italie où Parme, son improbable Albanais et son attaquant qui n’avait pas prévu d’être là, squattent la dernière place.

 


2. Mieux vaut gagner que faire match nul

Le mathématicien Rolland Courbis, qui a théorisé le rapport à la victoire à trois points (en gros, on pourrait résumer ça par 1+1 < 3), est formel: c’est tout pourri. Et d’ajouter, philosophe: “Je dis pas que j’ai raison mais je dis pas que j’ai tort non plus”. Sans pousser autant la réflexion, un constat se dégage de la lecture des classements: ne pas perdre n’a pas grande utilité, sauf face à un concurrent direct. Hormis dans les championnats trop homogènes évidemment, parce que dans ce cas tout le monde est le concurrent direct de l’autre et personne ne gagne jamais un match.


Dans le haut comme dans le bas de tableau des cinq grands championnats, il existe une corrélation presque totale entre le nombre de victoires et la place. Guingamp (8e au lieu de 7e), Southampton (4e au lieu de 3e), la Lazio (5e au lieu de 4e) et Augsbourg (5e au lieu de 3e) sont les seules équipes à ne pas respecter l’ordre parmi les top 11. Ce qui prouve donc que le nul n’a aucune utilité et qu’il vaut mieux partir à l’abordage en fin de rencontre plutôt que de se satisfaire de peu. En plus ça peut habituer l’équipe à attaquer et essayer de produire quelque chose (ça peut être utile dans les matches couperet) au lieu de glander derrière et d’endormir tout le monde.

 


3. Acheter des joueurs pour les mettre en tribune est inutile

Le marché des transferts est plus technique que le marché tout court. Contrairement à l’achat de navets, dont la transaction présente un intérêt et une équité estimable immédiatement, celui de joueurs repose sur plusieurs facteurs: ma recrue est-elle un vrai joueur professionnel, est-elle douée, va-t-elle vraiment venir? Beaucoup d’incertitude malgré des indices pouvant mettre la puce à l’oreille. Ne pas ramener Patrick Kluivert dans une ville comptant l’une des plus fameuses “rue de la soif” de France, peser Adriano avant de le faire signer...


Hormis Chelsea, qui réussit à vendre plus cher des joueurs qui ne jouent quasiment jamais, aucun club n’a intérêt à se tromper. Manchester City, qui a enlevé Jovetic de la liste Ligue des champions, devra lui trouver un psy pour le remotiver et une utilité en championnat. Tottenham, convaincu que le succès passe par la présence de quinze milieux relayeurs dans son effectif, ne décolle toujours pas. Au fait, vous vous souvenez de Memo Ochoa? Si c’était pour jouer zéro minute en championnat, Malaga aurait pu trouver moins cher.

 


4. Partir dans un championnat perdu n’aide pas une carrière

Voici venu le temps des rires et des chants… à la gloire de Jirès Kembo-Ekoko. “C’est l’iceberg qui a fait couler le ti-ti-tanic, Jirès arrive avec sa te-te-technique”, nous informe cette superbe chanson. Au passage, en plus de tuer pas mal de monde, ce qui n’est pas super sympa, l’ancien Rennais a fait couler sa carrière. Perdu aux Émirats, championnat d’un niveau si triste que Mirko Vucinic a mis douze buts en quatre matches à l’automne, il a stoppé d’un coup une progression qui aurait pu en faire un bon attaquant de Ligue 1.


Comme lui, ils sont nombreux à s’être exportés bien avant d’être cramés. On a évidemment une pensée pour Alessandro Diamanti, parti six mois avant le Mondial et revenu à pied par la Chine après un été passé devant la télé. Son tour du Golfe fini, avec plusieurs changements de club sans réussir de trous en un, Amara Diané est désormais à Tubize, en deuxième division belge. À part ça, Lucas Mendes est le pilier de la défense d’El Jaish. Mais bon, lui n’a pas vraiment choisi: Marseille avait besoin d’argent. D’un défenseur central aussi mais, heureusement, Doria est arrivé.

 


5. Un entraîneur limogé, c’est mauvais signe

À Colon, on a innové en faisant repartir le coach au bout d’une journée. Assurer la montée c’est bien, mais ça ne dispense pas de gagner le match inaugural de la saison suivante. Sinon, de manière générale, un technicien est rarement en danger pour autre chose que ses résultats sportifs. Sauf à Paris, où l’inconnu Antoine Kombouaré a été viré pour mettre Carlo Ancelotti, lui-même victime d’un CV trop petit et remplacé par le sorcier Blanc.


Dans les autres cas, on peut dresser un étonnant parallèle entre une chute au classement et la taille de la menace au-dessus de la tête des entraîneurs. Les joueurs disposent ainsi d’un fort moyen de pression – même si risquer la relégation pour obtenir la tête de son coach n’est pas forcément judicieux. Surtout qu’on ne sait jamais ce qu’il peut se passer: les Lensois confirmeront, perdre Guy Roux et gagner Jean-Pierre Papin n’est peut-être pas le meilleur des calculs. 


Après tous ces points, on peut donc conseiller aux entraîneurs de gagner leurs matches, aux joueurs de ne pas partir n’importe où et aux dirigeants de payer leurs joueurs sans acheter n’importe qui. Et mine de rien, pour certains, c’est parfois compliqué.

 

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Christophe Kuchly
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