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Hind

Blogueuse culture foot et critique rock indépendante.


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Fautes ! (de langage)

Comment faire une Rudi Garcia ?

Démode d'emploi – Réussir un entretien d'embauche, c'est bien. Faire passer la pilule de ses déclarations passées, c'est plus compliqué. 

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La carrière d’un entraîneur de football est bien mouvementée, la durée de vie dans un club se raccourcit considérablement. Si les résultats ne suivent pas rapidement, l’éjection guette. Dans le bureau de la présidence, un gros bouton rouge avec des codes d’activation planqués sous le bureau attend, la grogne des supporters excédés comme déclencheur.

 

Du fait de ce turnover se rapprochant de plus en plus de celui des usines à viande (autrement appelées SSII), il est de plus en plus fréquent de voir des entraîneurs changer de camp et franchir les lignes ennemies.

 

 

 

 


Faire passer la pilule

Certains le font avec plus de classe que d’autres, ou avaient déjà prévu le scénario depuis longtemps, préparant le terrain pour le jour où l’opportunité se présenterait, à la Chirac vs Giscard d’Estaing (en moins vindicatif). Dans le cas de Rudi Garcia, très récent ancien entraîneur de l’OM, le terrain n’était pas préparé, au moins pas médiatiquement.

 

À moins que cela ne soit une attitude délibérément "après moi le déluge", le nouvel entraîneur de l’OL n’a pas pacifié les choses par le passé. Il a même été véhément à propos de son nouvel employeur, à coups de remarques cinglantes et équivoques, sur l’arbitrage notamment. Ce qui ne l’a pas empêché d’être recruté.

 

Les concepts de loyauté et d’appartenance apparaissent aujourd’hui désuets, autant pour les joueurs que pour les entraîneurs. Cependant, le supporter est un être pétri de fierté et de résistance au changement, saupoudré d’une pincée de méfiance.

 

Pour une transition en douceur et pour ne pas apparaître comme le type qui se pète les bretelles à peine arrivé, différentes stratégies de communication sont envisageables.

 

 


Du passé, faire table rase

Dévier le sujet et l’ancrer dans une narration différente. En réalité, la pilule n’est pas si difficile à avaler. Tout au plus, elle se logera dans la gorge et passera après un grand verre d’eau ou une première série de victoires. Il s’agit donc de replacer le contexte actuel du football et de mettre en avant le professionnalisme.

 

Il est même possible de faire passer ce changement comme une chose tout à fait positive, dans un discours et une attitude évoquant le goût du risque et le sens du défi. Oui, je vais chez le rival, mais voilà, je suis ce genre d’entraîneur, j’ai l’habitude des clubs à forte identité et je souhaite à chaque fois me challenger (terme de communicant niveau expert en pédanterie).

 

Il s’agit d’une parfaite stratégie de communication et nous avons vu qu'elle avait fonctionné chez nos voisins italiens, cet été avec Conte à l’Inter et surtout Sarri à la Juventus.

 

Nous passons donc du concept moralement chargé de "traîtrise", propre aux supporters mus par l’affect, à l’image plus socialement acceptable du "challenger" et du "professionnel". Dans une société où le culte de la performance et le mythe de l'entrepreneur ont le vent en poupe, le message passe sans encombre.

 

S’en remettre à son employeur pour unifier et apaiser. Des querelles? "On en a bien rigolé, puis je me dis que quelqu’un qui est capable en tant qu’entraîneur, de guerroyer avec un président expérimenté, ça veut dire qu’il défend son institution et son club" (Jean-Michel Aulas, conférence de presse).

 

Devant les sceptiques à bonne mémoire, le président renverra tout cela dans un passé abstrait et distant, dont l’ancien club devient également un élément.

 

Si cela ne s’avère pas suffisant, il peut rappeler à ses supporters qui est le patron, tout en astiquant la vitrine de l’union sacrée. Pour blinder encore plus la défense, il placera sur la ligne de tir son directeur sportif, figure populaire et appréciée – et, par conséquent, parfait bouc émissaire en cas de débandade.

 

 

Se fendre de déclarations jaculatoires pour assurer sa nouvelle loyauté. Personne n’est dupe, mais cela fait toujours joli et propre. Revoir cependant ses notes pour éviter de redire des choses autrefois adressées à son ex. Les lettres d’amour en formulaire pointillé, préformaté et adaptable sont sacrément de mauvais goût.

 

Enfin, prendre conscience que ce qui chatouille le supporter, ce n’est pas le passé chez le rival, mais l’offense qui a été faite à son club et par extension à lui-même. Certes, il pardonnera bien vite si les résultats suivent, mais il ne faudra pas compter sur son amnésie.

 

Si les supporters ne semblent pas être un frein considérable à la nouvelle prise de poste, il est utile de se rappeler que les codes d’une maison ne se transposent pas dans une autre – surtout pas quand la maison appartient à Jean-Michel Aulas. Sur le terrain de la communication, la bataille peut se jouer ailleurs.
 

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