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Pierre Martini

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Métamorphose à Sarajevo

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La saga Lee Sharpe / 4

Comment les Bleus ont joué du triangle

Dans le 4-3-3 victorieux en Bosnie, c'est le trio Mvila-Diaby-Diarra qui a marqué les esprits et des points, chacun évoluant dans un rôle distinct. Un système reconductible?
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En regardant les compositions d'équipe représentées ici et là au lendemain de Bosnie-France, on a conçu un peu de perplexité: aucune ne correspondait, s'agissant du trio Mvila-Diarra-Diaby, à la nôtre... Pour eurosport.fr (A) et lequipe.fr (B), qui ont peut-être repris tel quelle l'infographie d'avant-match proposée par M6 (C), Diarra est placé en retrait de Diaby (à gauche) et Mvila (à droite). L'Équipe (D) inversait comme nous les deux joueurs, mais les postait devant Diarra. Il en résultait une différence d'interprétation notable: le triangle avait-il la pointe tournée vers l'attaque (Diaby devant Mvila-Diarra) ou vers la défense (Mvila-Diaby devant Diarra)?

schema_bos_fra_medias.jpg


Un triangle incliné

Même si tout cela est beaucoup affaire de conventions, les joueurs observent tout de même un positionnement moyen – sinon toujours strictement dans la même zone, du moins les uns relativement aux autres. Cela n'exclut pas des permutations ponctuelles, mais les replacements des joueurs au gain ou à la perte du ballon sont significatifs du dispositif de base. En revoyant le match pour tâcher d'en avoir le cœur net, plusieurs constats s'imposent.

• Mvila ne peut sérieusement être placé sur le côté droit et à droite de Diarra: il s'est presque toujours tenu sur la gauche de son capitaine.
• Diaby a très majoritairement joué dans l'axe, où il a ancré la plupart de ses montées.
• Diaby ne peut pas être mis à la même hauteur que Mvila: il a évolué dans une position nettement plus avancée que ce dernier.
• Diarra s'est lui-même positionné un demi-cran plus bas que Mvila, et de façon plus axiale que lui (mais moins que Diaby).

schema_bos_fra_real.jpg

Il en résulte qu'aucun des schémas proposés n'était satisfaisant et que pour avoir une idée plus juste du placement (et du rôle) des trois joueurs, il fallait renoncer... à la symétrie. Le 4-3-3 de Sarajevo n'était pas un jardin à la française, mais plutôt une composition obéissant à une grille décalée, le triangle ayant pivoté de quelques degrés. Ce qui nous rapproche au passage d'un 4-2-3-1 avec Diaby dans un rôle spécifique: pas complètement celui d'un meneur de jeu, mais certainement pas celui d'un milieu défensif.

sch_100907_bos_fra_bis.jpg


Trois profils différents

Ces distinctions n'ont en effet pas seulement correspondu à ce "placement moyen", pas très intéressant en soi, mais aussi au fait que les trois milieux se sont exprimés dans trois registres sensiblement différents.

Depuis son placement le plus reculé ("sentinelle devant la défense" pour employer l'expression en vogue), Diarra a évidemment endossé plus de tâches défensives strictes, assurant une couverture plus constante en dépit de montées régulières. Il est régulièrement revenu chercher les ballons quasiment dans les pieds des défenseurs centraux, déchargeant Mexès d'une large part du travail de relance et dirigeant souvent la manœuvre. Un placement de capitaine, en somme.

Mvila a donc occupé essentiellement l'axe gauche du terrain, et surtout il a fait l'ascenseur entre les étages de ses deux compères: en soutien de l'un sur les possessions (avec cette fois encore des jaillissements déclenchant des occasions, comme pour lui-même à la 26e minute), en repli à hauteur de l'autre lors des possessions adverses. Sa position intermédiaire, plus discrète, s'explique aussi par le fait que Malouda et Diaby ont beaucoup occupé les espaces devant lui, ce qui limitait de fait sa participation offensive et renforçait son rôle de relayeur.

schema_bos_fra_diaby.jpg

En début de match, Diaby a connu des moments de flottement quand il revenait à hauteur (et entre) Mvila et Diarra, mais il s'est vite détaché de ses deux compères pour occuper la zone d'un meneur axial largement exempté d'efforts défensifs. Il a donc bénéficié d'une certaine fraicheur pour percuter avec beaucoup plus d'efficacité que contre la Bielorussie, pour servir les attaquants (Malouda, 2e, Benzema, 12e, 35e et 67e, 80e et bien sûr Valbuena sur le second but), ou pour se placer en soutien immédiat.
Il a été confronté à une grande variété de situations qui ont permis de mesurer l'étendue de son répertoire, entre les occasions personnelles (dont ce ballon poussé trop loin devant Hasagic, 28e), les rushes axiaux, le pressing haut et quelques utiles replis défensifs...



Un système durable ?

Participant de cette dissymétrie, les "ailiers" ont évolué différemment. Malouda s'est souvent lancé dans l'axe, depuis lequel il a été dangereux: passes pour Benzema, 5e 15e et 42e, Diaby, 28e – sans omettre sa participation au premier but et sa conclusion du second. Valbuena, qui a parfois permuté et repiqué, a joué plus excentré et a beaucoup plus utilisé le couloir en tâchant d'y déborder.
Ce dispositif, en exploitant parfaitement la complémentarité de Mvila, Diaby et Diarra, a présenté des caractéristiques qui ce sont avérées gagnantes contre la Bosnie: Laurent Blanc cherchait de la "verticalité", il en a obtenu avec des joueurs qui ont beaucoup percuté droit devant eux et trouvé des décalages dans la profondeur plus qu'en cherchant des diagonales ou du soutien. Le trio de l'entrejeu a d'ailleurs été imité dans ce registre par Malouda, Benzema et Valbuena, chacun dans son genre. Il en a notamment résulté un jeu équilibré mais très axial, moins porté sur la créativité que sur le rythme et l'impact (ou la vivacité pour Valbuena) dans les duels offensifs.

Le sélectionneur avait probablement composé pour Sarajevo une équipe encore transitoire en attendant les fameux "retours", mais celle-ci s'est donnée contre toute attente les atours d'une configuration crédible et séduisante. Reste à savoir si ce dispositif et cette animation seraient aussi efficaces contre d'autres types d'adversaires, plus regroupés par exemple, quelles seraient ses facultés d'adaptation ou de réaction à des situations plus complexes... Mais c'est le genre de problème que Laurent Blanc sera ravi d'avoir à résoudre.
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