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Pierre Martini

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[JDD #7] Irrésistibles

Courbis élargi par le milieu

Épargné par les juges après le procès des transferts de l'OM, Rolland Courbis l'est aussi par le football français.
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Ce fut un événement de la semaine passée: le verdict du procès en appel des transferts de l'OM entre 1997 et 1999. Robert Louis-Dreyfus et Rolland Courbis, premiers rôles de cette pièce en plusieurs actes (lire Courbis et Louis-Dreyfus sur un bateau et Procès de l’OM: le best of), l'attendaient avec une certaine impatience.

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Rolland allégé


Le jugement a été plus clément qu'en première instance: RLD n'écope plus que de dix mois avec sursis et 200.000 euros d'amende (contre trois ans et 375.000 euros), les juges reconnaissant notamment le fait que "s’il a agi dans un intérêt personnel et de manière contraire aux intérêts de l'OM en ayant recours au versement de primes occultes, [il] a d’emblée écarté les pratiques antisportives les plus graves (achat de matchs, caisses noires ou dopage des joueurs)". Félicitations.
Son ancien entraîneur, quant à lui, se voit condamné à deux ans de prison ferme au lieu des trois et demi prononcés en juin 2006. Surtout, l'interdiction d'exercer son métier durant cinq ans a été levée. S'étant pourvu en cassation quelques jours après ce verdict (recours suspensif), Courbis pourra boucler sa saison à Montpellier, tout en espérant un aménagement de peine qui lui permettrait de porter un bracelet électronique plutôt que d'aller sous les verrous (1).

Seul prévenu présent à l'audience en compagnie de Jean-François Larios, Courbis a écouté le verdict après avoir franchi la mêlée des journalistes postés sur les marches du tribunal d'Aix-en-Provence. Parmi eux, Alain Vernon pour le compte de France 2 Foot. Le soir du match contre Reims, passant brutalement à un rôle de composition, Courbis répond sèchement à Vernon, qui lui demande de porter un micro durant la rencontre: "Je suis dans un métier sérieux, je ne suis pas un pitre, ni un clown!" C'est pourtant pour son folklore que ce "bon client" est invité sur les plateaux et officie comme consultant sur RMC ou France 2: faconde méridionale et bonhomie légendaire, il ne rechigne pas à surjouer son personnage, fut-il un stéréotype.


Nicollin "s'en bat les couilles"

Mais là, Rolland donne plus dans le pathos que dans la comédie. Il a tort. Franchement, le milieu s'en contrefout, de ce qu'il a pu trafiquer avec les transferts de l'OM. Gérard Houllier, sur le plateau de France 2 Foot: "Ça prouve que les juges ont estimé qu'il n'avait pas fait quelque chose de grave. Il était aussi un peu victime dans le système. Et puis moi je me réjouis, j'aime bien Rolland, il le sait". Le DTN conclut, peut-être sur le mode d'un humour bien caché: "J'espère même que dans son livre, il pourra dire la vérité".
Louis Nicollin (qu'une mise en examen ne saurait défriser) lui donne d'ailleurs l'absolution: "Je m'en bas les couilles complet, s'il me fait monter en première division, hein. Bien sûr, s'il vendait de la drogue ou violait les petites filles, ça m'emmerderait. Ça, j'accepterais pas. Mais pour des conneries pareilles, c'est pas grave". Loulou retourne la balle à l'envoyeur: "Mais vous, ça vous gêne pas non plus puisque vous le prenez sur votre antenne". Alain Vernon, en ne coupant pas cette saillie au montage, a peut-être voulu donner son opinion sur la politique des consultants dans cette émission...

Au fait, quels étaient les faits reprochés aux responsables de l'OM d'alors? "Contrats bidons, primes occultes, agents sans mandats, commissions mirobolantes et illégales versées via des fausses factures sur des comptes offshore, d’où elles étaient retirées en liquide pour partir dans la nature", résume Libération. 20 millions d'euros ont ainsi disparu dans les différentes opérations. Le procès a permis de mieux comprendre à quoi servaient les transferts incessants sur le marché des joueurs. Le petit monde du football aime être arrosé, pas éclaboussé. Et Courbis peut rester sec.


(1) En revanche, les agents impliqués dans l'affaire ont été lourdement sanctionnés, notamment Gilbert Sau (dix-huit mois ferme, 300.000 euros d'amende et cinq ans d'interdiction d'activité dans le football) et Licio d'Onofrio (six mois ferme, 200.000 euros et deux ans d'interdiction d'activité).
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