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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Blasons maudits / 4

Dans les cartons : Gazélec, possession défensive, Daley Blind et Villarreal

Les lacunes du Gaz et de Sergi Roberto, les oublis du Borussia Dortmund et de l'OGC Nice, la montée de Parme ou encore les qualités de Daley Blind et de Villarreal sont réunis pour un mardi éclectique. 

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


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Le Gaz a le masque

Christophe Kuchly – Les semaines passent, les résultats négatifs s’enchaînent mais l’espoir demeure. Reims étant presque incapable de prendre des points en ce moment, le Gazélec Ajaccio reste tout proche du maintien. Il ne manque finalement que deux points – toujours plus faciles à rattraper quand tout le monde avance au ralenti – pour revenir à hauteur des Champenois. Et trois pour passer devant puisque la différence de buts n’est pas bonne. Restent pourtant trois problèmes de taille: Toulouse arrive à toute vitesse, le calendrier est compliqué et, surtout, cette équipe manque cruellement de talent.

 

 

Deux matches plus ou moins accessibles (réception de Bastia et déplacement à Lorient) et deux très compliqués (Lyon et Paris): les Corses peuvent maximum prendre six points. Reims (Nice, Montpellier, Marseille, Lyon) et Toulouse (Lyon, Saint-Étienne, Troyes, Angers) aussi. Surtout Toulouse. Mais Ajaccio peut aussi n’en engranger qu’un ou deux. Car c’est une tendance lourde: en 2016, il n’y a eu qu’une victoire, face à Caen le mois dernier. En fait, vingt-et-un des trente-quatre points ont été obtenus en neuf matches avant les fêtes. Ce qui peut être vu comme un bon présage dans l’espoir d’une bonne série finale mais ressemble beaucoup à une période euphorique intenable sur la durée. Car cette équipe est donc beaucoup plus valeureuse que talentueuse.

 

Contre Lille, le 4-4-2 en losange est devenu 4-4-2 à plat à la sortie rapide de Jérémie Bréchet (dommage, c’est toujours une expérience de voir Kader Mangane numéro six) mais ses ailiers, Mohamed Larbi et Louis Poggi, ont eu de grosses difficultés face à des latéraux lillois jouant quasiment ailiers, eux aussi. Le premier en se recentrant un peu trop, le second parce que, confession d’un vétéran des tribunes de presse, “il est le pire joueur de Ligue 1 et l’un des pires pros vu sur un terrain”. La hargne sans la technique ce qui, face à Djibril Sidibé enchaînant les débordements et Sofiane Boufal repiquant dans l’axe, l’a fait couler en même temps que son latéral Pablo Martinez. Et le travail lillois de la semaine, axé sur les montées des latéraux – qui n’ont pas de vis-à-vis hormis l’autre latéral face à une équipe en losange – et le jeu sur les côtés, a donc amené quatre buts et toutes les occasions.

 

Si le Gazélec a tenu jusqu’ici, et garde une chance de se maintenir, c’est grâce à son pragmatisme. Pas de risques à la construction, du jeu long et une bonne exploitation des coups de pieds arrêtés. Mais aussi de vrais bons joueurs devant: Larbi bien sûr, mais aussi Khalid Boutaïb et Grégory Pujol, deux garçons complémentaires et doués. Pujol ne court plus beaucoup mais il a un vrai sens tactique et une technique qui lui permet de garder le ballon pour faire remonter le bloc. Mais, par rapport à d’autres équipes limitées comme l’ETG ces dernières années, il y a sans doute trop de joueurs arrivés à leur seuil de compétence. L’exemple de Rodéric Filippi, encore à bout de souffle cinq minutes après avoir suivi seul son homme au pressing sur soixante mètres et expulsé alors qu’il semblait encore ne plus savoir où il habitait, est à ce titre très parlant. Ces joueurs très abordables qui jouent dans un stade champêtre improbable font au mieux. Mais dans l’alliage envie (Filippi, Poggi), expérience (Le Moigne, Bréchet), talent (Larbi, Pujol), il y a une case qui semble trop déficitaire pour faire durer le miracle.

 

 

 

 

L'instantané tactique

C. K. – Sergi Roberto n'est pas un latéral de métier et, parfois, cela se voit. Faire une prise à deux, quand on est au milieu et qu'il y a des joueurs derrière pour couvrir le joueur libre, ça peut être très utile. Quand on est défenseur et qu'on ouvre l'espace en abandonnant son homme, c'est beaucoup plus problématique. Si la phase de possession qui le précède permet de bouger le bloc barcelonais, le deuxième but de Valence, marqué par un Santi Mina trouvé facilement par Dani Parejo, est aussi pour lui.

 

 

 

 

 

 

En vrac

Vous vous êtes remis de Liverpool-Borussia Dortmund? Nous, non, et a priori les Reds non plus compte tenu de l’équipe alignée par Jürgen Klopp à Bournemouth, pleine de noms inconnus (Ward, Ojo, Randall, Smith, Stewart…). Liverpool a quand même gagné (2-1).

 

Alerte 3-3-3-1: Frank de Boer a réadopté un système imprimé dans l’ADN de l’Ajax, championne d’Europe dans ce schéma en 1995. Ce week-end, ça s’est traduit par un nul 2-2 à domicile contre l’Utrecht de Sébastien Haller. L’Ajax et le PSV sont à égalité en tête de l’Eredivisie à trois journées de la fin.

 

Chez les jeunes du PSG battus par Chelsea (2-1) en finale de la Youth League, on a vu une vraie volonté d'imiter les grands en termes de relance courte et au sol. Mais aussi les mêmes limites dans les enchaînements collectifs vers l'avant. La déstabilisation s'est généralement effectuée soit par des ballons dans la profondeur pour Jean-Kévin Augustin, soit par la percussion de Yakou Meïté et du vif entrant Nanitamo Ikone, qui n'a pas encore dix-huit ans et que l'on aimerait bien revoir plus haut. 

 

Ok, Barcelone a perdu contre Valence (2-1) mais la manière était bien meilleure que lors des dernières semaines et il y a une bonne dose de malchance et de maladresse dans cette défaite. Avec un calendrier très abordable et un goal-average particulier favorable par rapport à l’Atlético, le titre est toujours jouable. Au point d’inspirer ce commentaire à Gerard Piqué: “Je préfère presque perdre comme ça que gagner en jouant de la manière dont on le faisait récemment.”

 

Dans les divisions inférieures italiennes, Crotone, leader de Serie B, est bien parti pour rejoindre l’élite et peut-être Carpi, petit qui a les cartes en main pour se maintenir. Mais l’événement du week-end c’était bien entendu la montée de Parme, toujours invaincu en Serie D et vainqueur 2-1 contre Rovigo devant près de 15.000 personnes. Avec Alessandro Lucarelli, resté au club pour l’aider à retrouver les sommets, comme capitaine.

 

 

 

 

Focus : Manchester United

Entraîneur : Louis van Gaal
Système préférentiel : 4-2-3-1.
Classement : 5e de Premier League
Possession : 55% (3e)
Passes réussies : 82,8% (4e).
Tirs par match : 11 (15e)
Dribbles par match : 9,2 (14e)
Duels aériens gagnés par match: 12,7 (20e)
Passes en profondeur face au gardien réussies par match : 1 (17e)
Part de tirs dans les six mètres : 5% (15e)
?Joueur-clé : Anthony Martial : 8 buts, 3 passes décisives, 1,9 tir par match (2e de MU), 2,7 dribbles réussis par match (aucun autre Mancunien ne dépasse 1), 1,2 occasion créée par match.

(Statistiques WhoScored)

 

 

 

 

Pédago : la possession défensive

C. K. – Quel est le point commun entre Dortmund et Nice? À un jour d’intervalle, ces deux formations n’ont pas su tenir le score alors qu’elles étaient en position favorable, l’une parce que meilleure techniquement que son adversaire, l’autre du fait de sa supériorité numérique. Mais Liverpool a su se qualifier et Lyon égaliser puis frôler la victoire en s’appuyant sur un axe simple: partir à l’abordage de manière pas forcément ordonnée pour substituer la folie à l’ordre et rebattre totalement les cartes.

 

 

 

Là où l’idée, qui de toute façon s’imposait, s’est révélée si brillante dans les deux cas, c’est que ni Dortmund, ni Nice ne sont des formations qui excellent dans la contre-attaque. Faire ce coup de poker contre Caen, habitué à subir et contrer, c’est risquer d’être rapidement puni. Mais les Borussen et les Niçois sont des équipes de construction, qui posent leur jeu: 60,2% de possession pour Dortmund, deuxième de Bundesliga, et 55,6% pour Nice, troisième de Ligue 1. Et si les premiers vont vite quand il le faut, c’est via le gegenpressing, qui offre des récupérations hautes que peuvent exploiter Pierre-Emerick Aubameyang et les autres, pas en se repliant façon hérisson. Quant aux Azuréens, ils ont une maîtrise du jeu intéressante mais forcément encore jeune et incomplète et se reposent peut-être un peu trop sur Hatem Ben Arfa quand il faut contrer. Et quand le milieu offensif fait les mauvais choix, comme dimanche…

 

La solution se trouvait dans l’une des armes les plus sous-estimées du foot moderne: la possession défensive, celle qui calme la folie de l’adversaire et remet de l’ordre – en plus d’ennuyer le spectateur. Cet outil, spécialité du FC Barcelone et utilisé formidablement par l’Espagne au Mondial 2010, qui nécessite qualité technique parfaite et confiance, ne peut se mettre en place qu’avec un pressing efficace. La récupération se fait alors à une hauteur suffisante pour que la transition offensive (ou “neutre”, du coup) se fasse sans risque, là où faire tourner le ballon après l’avoir repris devant sa surface est très compliqué.

 

Les hommes de Claude Puel sont limités par leurs qualités du moment. Équipe de possession positive, qui installe son jeu et le fait bien mais manque encore d’armes dans son arsenal, Nice n’a pas encore les moyens de mettre en place un gros pressing et ne sait pas toujours quoi faire quand on la bouscule. D’où cette étrange impression d’impuissance quand, prise à la gorge par des joueurs talentueux, elle n’arrive pas à contourner un dispositif audacieux mais faillible sur le papier (déjà parce qu’en infériorité numérique). Mais, au-delà des capacités des joueurs et du collectif, la difficulté peut être simplement mentale, qui plus est à l’extérieur. “Il nous a manqué la la confiance et la présence d’esprit de calmer le jeu après leur retour à 3-2”, confia Thomas Tuchel après la défaite de ses hommes à Liverpool. Et cela peut arriver à n’importe qui, même aux meilleurs. Le Barça, repris plusieurs fois à Anoeta par la Real Sociedad (notamment en 2013, battu 3-2 par les boys de Philippe Montanier après avoir mené 2-0), peut en témoigner.

 

 

 

 

Les déclas

Aujourd'hui le 4-4-2 classique ne te fait plus gagner des matches. Le système que je préfère est le 4-3-3 mais le 4-3-1-2 vous donne beaucoup d'options car vous suivez attentivement les deux centraux adverses et vous avez trois milieux de terrain qui disposent de plus de libertés.

Pablo Guede, entraîneur de San Lorenzo, interrogé par Fox Sports et traduit par Lucarne Opposée.

 

"Mourinho voulait me prouver que mes performances n'étaient pas aussi bonnes que celle des autres milieux en me montrant leurs statistiques. Je lui ai répondu: 'Désolé, ce n'est pas logique. J'ai joué moins de matches qu'eux. Comment pouvez-vous me comparer aux autres?"

Kevin de Bruyne, pas conservé par José Mourinho quand il était à Chelsea. 

 

 

 

 

Les vidéos de la semaine

Ok, Manchester United est vachement ennuyeux. Mais Daley Blind reste un très beau passeur.

 

 

 

Liverpool devra se défaire de Villarreal en demi-finale de l’Europa League. Cette vidéo décortique l’organisation défensive du sous-marin jaune.

 

 

 

 

 

La revue de presse (presque) anglophone

Focus sur six évolutions tactiques majeures de l’histoire du foot.

 

Comment Erik Lamela est devenu un élément important de Tottenham.

 

Analyse tactique détaillée de Leicester.

 

Pourquoi la data est-elle aussi importante pour les clubs de foot aujourd’hui?

 

Les chiffres qui montrent qu’Hatem Ben Arfa vit la meilleure saison de sa carrière.

 

 

 

 

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> déconnerie

Divine comédie

Dans les cartons des Dé-Managers


Les Dé-Managers
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Dans les Cartons : bilan tactique, Italie-Yougoslavie 68, Rayo, Boateng

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Les Dé-Managers
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Les Dé-Managers
2016-05-03

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>> tous les épisodes de la série "Dans les cartons des Dé-Managers"

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