auteur
Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


Du même auteur

Dans les cartons : la Premier League, URSS-Yougoslavie 1960 et Aston Villa

Claudio est champion et c'est de bon augure pour la Premier League, d'autant plus qu'Aston Villa va descendre. Sinon, on revient cinquante-six ans en arrière pour un match très particulier, et on s'intéresse au sous-marin jaune. 

Partager
 
 
 

Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

De l'ordre en Albion

Raphaël Cosmidis – Lundi soir, sans jouer, Leicester City a été sacré. Le match nul entre Chelsea et Tottenham a entériné l’exploit des Foxes. Avec Claudio Ranieri, Riyad Mahrez, Jamie Vardy, N’golo Kanté et une très bonne organisation tactique, Leicester a remporté, pour la première fois de son histoire, le titre de champion d’Angleterre.

 

 

Longtemps, Leicester aura été menacé par le Tottenham de Mauricio Pochettino, une équipe aussi impressionnante collectivement, dans un style pourtant différent. Si les Foxes misent sur un bloc bas et des contre-attaques ultra-rapides, les Spurs veulent le ballon, savent quoi en faire, et progressent par du jeu court pour s’installer dans le camp adverse. Le football peut-être plus rudimentaire de Leicester est sorti vainqueur de ce duel. Mais le succès de ces deux formations a quelque chose de rassurant pour la Premier League.

 

Depuis quelques années, les clubs anglais galèrent sur la scène européenne. À l’exception de Manchester City, demi-finaliste de la Ligue des champions (et peut-être finaliste) sans être convaincant, aucune équipe de Premier League n’a brillé en Europe depuis la victoire de Chelsea en C1 en 2012. Seuls les Blues se sont montrés, en atteignant les demies en 2014, pour se prendre une leçon de l’Atlético Madrid à Stamford Bridge. Il fallait bien Mourinho pour ramener un peu d’ordre dans le football anglais.

 

Pendant que Manchester City et Arsenal continuent de souffrir d’une organisation chaotique, deux autres coaches, Ranieri et Pochettino, ont donné naissance à des formations aux repères beaucoup plus clairs, jusqu’à déjouer les pronostics. Elles ne réaliseront pas forcément les mêmes performances en Ligue des champions, et Leicester va découvrir la difficulté du football quand on joue tous les trois jours. Mais entre ces puissances émergentes, la progression de Liverpool sous Jürgen Klopp et l’arrivée prochaine de Pep Guardiola, la Premier League aura enfin de quoi rivaliser, intellectuellement et tactiquement, avec les autres grands championnats (la France n’en faisant pas partie, soyons sérieux).

 

 

 

 

Le match rétro : URSS-Yougoslavie 1960

Julien Momont – On commence une série bien dans le thème pour vous emmener jusqu’au début de l’Euro avec la première finale de l’histoire, en 1960, entre l’URSS et la Yougoslavie au Parc des Princes. Une époque où, comme le signale Christian Gourcuff en préface de “Comment regarder un match de foot?”, “chaque football avait encore un style identitaire”. On retrouve ainsi les caractéristiques de base de la sélection soviétique: rigueur, organisation, puissance physique, peu de fantaisies mais beaucoup d’activité. En face, le cliché des Yougoslaves joueurs et techniques se vérifie, dans une organisation moins rigide. Voilà pour l’opposition de style.

 

URRS vs Yougoslavie - Football tactics and formations

 

Les deux équipes évoluent en W-M et adoptent un marquage individuel. L’ère est à la simplicité tactique et à une suite de duels où la supériorité d’un élément peut faire basculer un match. Le moindre dribble réussi crée ainsi un décalage, ce qui donne un match enlevé avec de nombreuses situations de but. La Yougoslavie est mobile, dans une sorte d’improvisation organisée où la technique de ses offensifs (Matus, Kostic, Sekularac) compense la fébrilité de ses défenseurs rugueux et peu agiles. On retiendra aussi les dégagements de mammouth du gardien Vidinic. Côté URSS, Bubukin est l’organisateur et Metreveli l’accélérateur, tout en crochets courts dévastateurs. Dans les buts, le grand Yachine.

 

Les Yougoslaves prennent l’avantage sur une tête plongeante de Galic. Metreveli égalise en tout début de seconde période sur une faute de main de Vidinic. Il faut ensuite attendre la prolongation pour que Viktor Ponedelnik, l’attaquant de Rostov, donne un avantage décisif à l’URSS (2-1). L’organisation, certes pas aussi poussée et systématisée que sous Valeri Lobanovski, a primé sur l’improvisation individuelle. L’URSS est la première championne d’Europe de l’histoire.

 

 

 

 

 

 

L'instantané tactique

C. K. – C’est la merveille de la semaine et elle nous vient bien évidemment d’Aston Villa, dernier de Premier League. “You have to wonder about the organization, they’re all over the place”, constate d’ailleurs tristement le consultant anglais, dépité par ce qu’il voit. On a choisi cet angle précis mais tous sont assez édifiants. Surtout quand on sait que le score était de 2-1 contre Watford et qu’il suffisait de tenir une quinzaine de minutes. 

 

 

Alors que Villa attaque et vient de (mal) centrer, il suffit d’un grand coup de pompe de Troy Deeney loin devant pour que Ikechi Anya se retrouve en face à face avec le gardien. Où est la couverture? Mystère. En catastrophe, le rapide Aly Cissokho réussit à revenir mais, au lieu de ralentir le porteur uniquement par du jeu de corps, se lance dans un tacle. L’arbitre siffle et l’expulse, probablement autant pour le contact que parce qu’il estime qu’une défense aussi nulle mérite d’être punie. À onze, Watford marque deux fois dans les arrêts de jeu et gagne 3-2.

 

 

 

 

 

En vrac

Il ne sera sans doute jamais le meilleur finisseur du monde (les supporters du Real doivent se rappeler avec soulagement de sa soirée vendange sur la difficile route de la Décima) mais Henrikh Mkhitaryan reste l’un des meilleurs joueurs à son poste. En ajoutant deux passes décisives contre Wolfsbourg et beaucoup de gestes de classe (victoire 5-1), il porte son total à quinze. Avec onze buts et un gros impact défensif, l’Arménien est statistiquement – et largement – le joueur le plus complet de Bundesliga.

 

Le joli coup franc de la semaine nous vient de la MLS, où Lloyd Sam converti une combinaison assez simple mais efficace, où deux joueurs font semblant de tirer puis courent vers la surface pour noyer la défense. Victoire du New York Red Bull 4-0 contre Dallas et preuve qu’il vaut parfois mieux ne pas mettre trop de monde dans le mur.

 

Avant de tourner au pugilat, il y a eu un match pour du beurre entre le Shakhtar Donetsk et le Dynamo Kiev (3-0). Pour du beurre parce que le Dynamo était sacré champion depuis une semaine et que le Shakhtar avait largement fait tourner en prévision de sa demi-finale retour d’Europa League contre Séville (2-2 à l’aller). L’équipe de Mircea Lucescu divise toujours autant les tâches: aux Ukrainiens le boulot défensif ingrât, aux Brésiliens (et à l’Argentin quand Facundo Ferreyra est titulaire) l’animation offensive – Kovalenko excepté, et encore… –, avec succès dimanche (doublé d’Eduardo, but de Wellington Nem). Du côté du Dynamo, tout repose encore beaucoup sur les fulgurances d’Andriy Yarmolenko.

 

Alassane Pléa était tellement prometteur en début de saison avant sa blessure qu’il est triste de le voir galérer autant à retrouver son mojo devant le but. À Nantes (1-0), samedi, l’attaquant niçois a eu la balle d’égalisation au bout du pied mais a buté sur Riou, sur l’une des seules bonnes inspirations d’Hatem Ben Arfa et l’une des seules occasions dangereuses des Aiglons. Un jour sans pour tout le monde.

 

Christophe Galtier n’avait “jamais vu un gardien en telle forme pendant un match”. Compte tenu des sept arrêts exceptionnels réalisés par Stéphane Ruffier dans les vingt-six premières minutes de Saint-Étienne-Toulouse (0-0), les louanges ne sont pas exagérées. Mais elles révèlent aussi la fragilité de la défense des Verts – et ce malgré un entrejeu renforcé et Kévin Malcuit en milieu droit, lui le latéral droit habituel – qui sera privée de Perrin et Sall pour le match clé à Nice samedi soir.

 

 

 

 

Focus : Nice

Entraîneur : Claude Puel
Système préférentiel : 4-4-2 losange
Classement : 5e de Ligue 1
Possession : 55,8% (3e)
Passes réussies : 84,4% (2e)
Tirs par match : 10,1 (19e)
Tirs cadrés par match : 4,2 (6e)
Dribbles par match : 12,1 (3e)
Duels aériens remportés par match : 14,8 (17e)
Tirs concédés par match : 11,3 (12e)
Tacles par match : 20,3 (9e)
Interceptions :18,1 (14e)
Joueur clé : Hatem Ben Arfa : 17 buts, 5 passes décisives, 2,7 tirs par match (7e), 4,2 dribbles réussis par match (4,2), 0,9 passe clé par match, 79,9% de passes réussies.

 

(Statistiques WhoScored)

 

 

 

 

Les déclas

“À Valence, j’étais un attaquant pur qui ne jouait que dans la surface et ne participait pas à la construction. Maintenant, je suis beaucoup plus impliqué dans le jeu. À Valence, on jouait avec un numéro neuf et un numéro dix. Ici (à Villarreal), on joue en 4-4-2 et l’un de nous doit décrocher entre les lignes. C’est devenu le travail que je fais. Bakambu est très puissant et aime prendre la profondeur, donc je joue l’autre rôle. Il faut se compléter. La première chose que je fais quand je rentre chez moi, c’est de regarder à nouveau le match et de l’analyser. Et j’ai réalisé que j’ai développé cette habitude de demander le ballon dans les pieds ou de m’excentrer, alors qu’avant je ne pensais qu’à m’aligner sur le dernier défenseur et tirer à la moindre opportunité. Je vois que je change, et c’est bien, mais j’aimerais être plus vertical, plus direct.”

Roberto Soldado sur son changement de style, dans un entretien avec le Guardian.

 

“Je n’étais pas titulaire mais défensivement, j’ai appris énormément. Inconsciemment, aussi. J’ai appris à profiter encore plus d’une clean-sheet. Ou à voir la beauté d’un match sans erreur. (...) Simeone ne laisse rien au hasard. Tout le monde est parfaitement préparé. À l’entraînement, chaque situation de jeu est simulée, puis répétée. Qu’est-ce qu’on fait si le latéral gauche est sorti, ou si c’est le latéral droit? Qu’est-ce qu’on fait s’il y a un long ballon? (...) J’ai retenu les leçons de Simeone. Par exemple, si un ballon aérien arrive, je ne fais jamais une tête vers le bas, mais toujours vers le haut. Grâce à ça, mes équipiers ont plus de temps pour se regrouper autour du ballon.”

 

Toby Alderweireld, défenseur de Tottenham qui a passé une saison sous les ordres de Diego Simeone à l’Atlético, dans un entretien pour Het Laatst Nieuws (via @GuillGautier).

 

“L’équipe de Simeone m’a enthousiasmé par sa compacité, sa façon de défendre: tous les joueurs s’entraidaient, les marquages étaient doublés et le pressing systématique. L’Atlético ne pratique pas le catenaccio comme on le faisait à une époque. Simeone enseigne à ses joueurs à défendre en équipe, et non individuellement. Il y a une stratégie derrière. Durant les premiers instants du match, les Espagnols ont pressé très haut, ont récupéré de nombreux ballons. Après le but, comme ils en ont l’habitude, ils ont reculé et ont cherché avant tout à défendre. Mais croyez-moi, dans leur façon de défendre, il y avait de la beauté, de l’harmonie, de la grinta et un remarquable esprit de sacrifice.”

 

Arrigo Sacchi rend hommage à l’Atlético de Simeone après sa victoire contre le Bayern en demi-finale aller de Ligue des champions (via @matmartinelli).

 

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

Si Villarreal n’est pas l’équipe la plus impressionnante d’Europe, le sous-marin jaune possède une défense très intelligente. Ce n’est pas pour rien si Éric Bailly et ses copains n’ont concédé que trente-et-un buts en championnat et ont fait un pas vers la finale de la Ligue Europa.

 

 

 

 

 

La revue de presse (presque) anglophone

Si les clubs espagnols restent sur 45 qualifications lors des 48 derniers matches européens à élimination directe, ce n’est pas forcément un hasard.

 

Qu’est-ce que le “beau football”? Ou le débat sans fin.

 

Mauricio Pochettino est l’un des entraîneurs les plus à la mode. Retour sur ses origines.

 

Mais qui est vraiment Claudio Ranieri? Le Guardian est parti poser la question à des joueurs qui l'ont connu.

 

Mais que devient Aleix Vidal, recruté par le Barça l'été dernier et depuis légèrement porté disparu?

 

 

 

 

 

Partager

Dans les cartons des Dé-Managers


Les Dé-Managers
2016-05-17

Dans les Cartons : bilan tactique, Italie-Yougoslavie 68, Rayo, Boateng

Les derniers Cartons de la saison sont bien remplis et plein de bonnes choses, d'hier et d'aujourd'hui, de l'Italie à l'Espagne, des entraînement de Guardiola au Bayer Leverkusen, du Rayo Vallecano à Pascal Dupraz.


Les Dé-Managers
2016-05-10

Dans les Cartons : Guardiola, Espagne-URSS 1964 et la France U17

Quel bilan tirer des trois saisons de Guardiola au Bayern? C'était comment, quand l'Espagne et l'URSS s'affrontaient en 1964? Et y a-t-il des pépites en équipe de France U17? Tant de questions auxquelles on tente de répondre cette semaine. 


Les Dé-Managers
2016-04-26

Dans les cartons : Dortmund, Nice et Samuel Umtiti

On ne se lasse ni de Thomas Tuchel ni de l'OGC Nice, encore une fois très présents dans Les Cartons. Samuel Umtiti a aussi le droit à son heure de gloire, tout comme Las Palmas, promu maintenu et sexy même sans être tout nu. 


>> tous les épisodes de la série "Dans les cartons des Dé-Managers"

Sur le fil

Spectateurs vs téléspectateurs: protestations à Francfort contre les matches du lundi en Bundesliga - https://t.co/5YDzFRGNz1

RT @Demanagerscdf: Jürgen Klopp : “À l’entraînement, on essaye d’apprendre comment jouer ensemble, les circuits de passe que l’on recherche…

RT @NSOL31: Publicité pour une paire de crampons, 1920. https://t.co/LNb0kfUDzf

Les Cahiers sur Twitter

Les brèves

Encore un entraîneur émincé

"Nancy : c'est fini pour Hognon." (lequipe.fr)

Guy Roux manager

“ANG : ‘Vivement la VAR !’" (lequipe.fr)

Chaude Baysse

"Baysse à Bordeaux, ça brûle." (lequipe.fr)

Mikaelle Andro

"En Iran, la fille rebelle qui, déguisée en homme, est entrée dans un stade de foot." (lemonde.fr)
Feinte de corps réussie.

Huggies, le bon tuyau

"Le maillot 2018-2019 du PSG a fuité." (lequipe.fr)