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Patrick Slet

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Honte

Désunion dans la Sagrada Familia du Barça

En cette fin mai, l’Espagne ne vit pas seulement à l’heure des élections municipales (sur fond de "No a la guerra"), mais aussi au rythme de celles pour la présidence d'un Barça en crise, mais qui suscite toujours autant de fantasmes.
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Démocratie footballistique à l’espagnole Pour commencer, il faut faire un peu de droit économique du foot espagnol pour résumer la situation. Il existe trois grands types de club en Espagne. La majorité connaît désormais une forme juridique proche de la Société Anonyme du type de celle qui prédomine en France. Dans ce cas, c’est l’actionnaire principal (une société) ou des actionnaires majoritaires regroupés qui décide(nt) des moyens adaptés à des stratégies cohérentes pour avoir des résultats — comme à Strasbourg par exemple… Une minorité de clubs est la propriété d’un mécène, c’est le cas notamment de l’Atlético Madrid. Les décisions sont concentrées dans les mains d’un seul homme mué par la passion, qui gère grâce à sa grande connaissance du football les aléas du sport avec un objectif de résultats — comme c’est le cas à Rennes (d’ailleurs, autre point commun économique, la catastrophe guette puisque le second club de Madrid songe sérieusement à vendre son stade pour éponger ses dettes). Pour une autre minorité en nombre (mais dominante question palmarès puisqu’il s’agit pour l’essentiel du Real Madrid et du Barça), ce sont les socios qui élisent le Président du club en fonction d’un programme défini, notamment par la stratégie de recrutement. Joutes électorales et promesses de campagne Première étape du processus électoral catalan en cours après la démission de Juan Gaspart, les candidats doivent recueillir 1.500 signatures d’abonnés pour pouvoir prétendre au poste suprême. Cette période préliminaire permet aux candidats de se distinguer et de se bâtir une crédibilité en évoquant à mots couverts leurs projets de gouvernance. Comme dans toute bonne élection pilotée par la presse, les sondages fleurissent et la lutte verbale a déjà commencé. À la mi-mai, en vue des primaires, c’était un peu la stratégie du tous contre tous. Chacun affinait ses attaques en revendiquant le soutien des supporters. La plus cruelle des insultes est l'accusation d'être un sous-marin de Florentino Perez (le président du Real) chargé de faire de l’entrisme au sein du Barça. Huit candidats sont en lice et font la tournée des socios afin de quémander les passeports pour le tour suivant. Dimanche dernier, c’est Lluis Bassat — président d'une agence de publicité, ancien candidat contre le président Gaspart en 2000 et titulaire de la carte de socio n°62.389 (voir sa fiche sur le site du Mundo Deportivo). — qui se détachait dans les sondages avec 48% d’intentions de vote alors que 29% ne se prononçaient pas encore, les sept autres candidats ne disposaient que 0 à 7% d’intention de vote pour 1% d’abstentionnistes. À l'inverse, un socio sur quatre ne souhaitait pas la présidence de Josep Maria Minguella —ancien agent de joueurs, carte n°4321 (voir sa fiche). Sans rentrer dans le détail de programmes encore flous, ce qui donne du Pep’s à la candidature Bassat, c’est sûrement l'atout Guardiola dont il aurait déjà obtenu la signature. Pour le reste, difficile d’expliquer le contexte Barcelonais sans l’infiltrer. En tout cas, ce candidat-là s’est engagé à ne jamais changer la forme juridique du Barça (ne pas la transformer en SAD — SASP à l’espagnole) et à continuer de consulter les socios durant son mandat … Cependant, son statut de favori pourrait être remis en cause par un retournement de tendance, du tous contre tous au tous contre un, une campagne de presse conjointe des autres candidats ayant en effet commencé contre lui. Minguella a quant à lui une image détestable, notamment du fait que pour toute signature collectée, il offrait un ballon… Le troisième homme pourrait être Juan Laporta, plus jeune (41ans) que les deux sexagénaires déjà évoqués, avocat et ancien porte-parole de l'Elefant Blau, club de supporters indépendant qui s'était déjà opposé à la gestion de l'ancien président Nunez. Il se dit prêt à investir 50M€ pour acquérir cinq joueurs dont Thierry Henry… Parmi les autres candidats en pré-campagne, on peut souligner deux stratégies très politiciennes: celle de l’outsider Jordi Majo soutenu activement par le tennisman Sergi Bruguera que certains socios confondent avec Guardiola et celle de Jordi Medina, candidat méconnu, qui arborait fièrement une écharpe de la Juve pour le moins provocatrice. Un contexte difficile Les élections se déroulent en plein trouble car le Barça traverse une saison morne et sèche digne du PSG. L’ambiance est donc à la vive critique de la gestion actuelle. Le panorama du Barça ressemble d’ailleurs à celui de Canal plus. Au rayon déroute de la grille de programme de la saison, on trouve aussi des stars au talent distillé avec parcimonie, des start-up devenues start-down en une demi-saison et un ensemble ne procurant que peu de plaisir à son public d’abonnés. À l'issue de la défaite contre Majorque, un article titrait "de la magie du Boss au ciment du Camp Nou". Le journaliste comptait 6.871 spectateurs de plus pour Bruce Springsteen en concert quelques jours auparavant. Il notait que le chanteur avait su mettre plus de complicité avec le public que l’équipe. Bien entendu, beaucoup de clubs français rêveraient du parcours européen du club catalan, mais à l’échelle de ce vrai grand d’Europe, une saison sans titre, sans perspective, se révèle un échec cuisant. À domicile, c’est même le plus mauvais bilan sportif des quinze dernières années. Premier enjeu de taille : l’effectif L’équipe ressemble à une friche difficile à reconstruire : masse salariale hypertrophiée et donc joueurs qui ne risquent guère de trouver preneur… l’OM d’il y a deux saisons en somme. Sport, périodique pro-Barça, rêve de voir le club suivre l’exemple de la Real Sociedad: un effectif plus limité (Denoueix n’a pas utilisé plus de 22 joueurs), une politique restreinte mais efficace de recrutement (seul trois joueurs ont intégré l’équipe basque à l’intersaison). Le journal propose même quatre noms pour reconstruire la colonne vertébrale défaillante: Cavallero (gardien du Celta), Lucio (libero perdu dans un Bayer Leverkusen à la dérive), Xabi Alonso (milieu polyvalent et star montante de la Real Sociedad), et Makaay, grand goléador qui est considéré comme un "killer" en Espagne. Pourtant, tout ceci n’est aujourd’hui que conjectures, et certains candidats préfèrent afficher des ambitions plus en rapport avec le gigantisme traditionnel du Barça. Les noms clinquants de stars défilent comme au générique d’un film de Spielberg: Rüstu, qui demande un gros salaire, Kahn pourtant intransférable, Chivu, Thuram, Stam dont on connaît les soucis financiers, Scholes, Rosicky, Figo, Kezman, Ronaldinho ou encore Beckham dans le cadre d'un échange avec Kluivert alimentent les fantasmes de la presse et des supporters. Laporta évoque par exemple la venue de Thierry Henry ou de Gus Hiddink, et assure avoir un pré-accord de Beckham… Chaque président en puissance réserve son programme de recrutement pour le second tour avec toujours l’ambition d’un titre dès la saison prochaine. Pourtant, la conjoncture risque de réserver certaines désillusion une fois le pouvoir acquis. Second enjeu majeur : la situation financière La renégociation (l'étalement) d'une dette excessive sera le premier chantier du futur président avant d’envisager tout transfert. De plus, la conjoncture s’annonce difficile: la Ligue espagnole a annoncé une diminution de la manne des droits télé l’an prochain et l’absence de qualification européenne du Barça n’arrangerait rien. Pour dégager des ressources, il n’existe vraiment que deux hypothèses: de la publicité sur le maillot, révolution culturelle qui semble avoir l’aval des socios, et/ou la vente des infrastructures pour passer à un mode de gestion (location, concession) qui permettrait de faire rentrer de l’argent frais. Bref, face à tant d’obstacles, la réalité pourrait être plus modeste... Bien sûr, comme pour les recruter des "cracks", le Barça devra avant tout vendre les plus vendables de ses stars, abondamment critiquées, que ce soit les espoirs d’hier comme Christanval voire Riquelme, ou les stars bataves d’avant-hier comme Cocu, De Boer et un Kluivert plus vraiment en odeur de sainteté malgré des résultats à faire pâlir de jalousie tous les Bakayoko du championnat de France. Dans le cas contraire, le Barça serait contraint à une stratégie du retour. Si une politique de transfert peu dispendieuse devait être menée, Guardiola y donnerait sûrement un surplus de crédibilité. Dans ce cadre, on parle aussi d’Arteta et de Roger Garcia en exil chez le voisin de l’Espanyol. Si la période de référence de tous les candidats reste celle de Cruyff, on ne peut que constater que le retour à cet apogée sportif reste utopique. Pour l’heure, personne n’envisage encore l’arrivée d’un autre technicien qu’Antic à la tête de l’équipe tant c’est l’effectif qui est jugé responsable de tous les maux. Avec Van Gaal, le Barça était descendu à la 15e place. Le coach actuel n’a pas vraiment convaincu même si les apparences ont été sauvées grâce à quelques coups d’éclats à domicile. En cas de difficulté l’an prochain, il y a fort à parier que les prochains dirigeants n’auront pas la même tolérance que pour le technicien hollandais… à moins que quatre victoires ne permettent au Barça d’atteindre une qualification plus qu’improbable en coupe de l’UEFA.
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