auteur
Christophe Zemmour

Du même auteur

> déconnerie

Tabloïd, numéro 3

> article précédent

Klose, un héros très discret

> article précédent

Et bon appétit monsieur

Didier Roustan : « Le football, c’est une émotion »

Les grands journalistes – Entretien avec un homme de télé et de football, journaliste d’image, d’hier et d’aujourd’hui. Didier Roustan revient sur sa carrière, sa passion, son métier, ses souvenirs et donne son avis sur la Ligue 1 et la formation française.

Partager

 

Rendez-vous avait été pris via Twitter. Quelques messages échangés et la date avait été arrêtée au vendredi 11 novembre. Éloignement géographique oblige, l’interview s’est déroulée par téléphone. Une heure d’échange avec un journaliste passionné et entier, fort d’un exercice de désormais quarante ans. Ce journaliste, c’est Didier Roustan, figure connue et reconnue du PAF footballistique qui a notamment officié sur Téléfoot, Canal + et L’Équipe TV, cofondateur de l'Association Internationale des Footballeurs Professionnels (AIFP), premier syndicat mondial de joueurs, et de Foot Citoyen. Toujours très actif sur la chaîne L’Équipe et surtout sur son blog vidéo Roustan TV et TV5 Monde, il continue de livrer d’excellentes analyses sur le jeu et l’actualité, et de commenter des matches. On a parlé avec lui de ses amours, sa méthode de travail, son avis sur les médias, ses souvenirs, ses regrets, ses influences, son caractère, sa nostalgie. Et bien sûr, de la Ligue 1 et du football en général.

 

Didier, tu es né à Brazzaville, mais tu as grandi à Cannes avec des parents passionnés de football. Tu pouvais donc difficilement échapper au virus du ballon rond et tu as longtemps joué en équipe de jeunes au poste de libéro. Quel joueur était alors ton modèle? Franz Beckenbauer? Bobby Moore?
Mon père est Marseillais et jouait au foot et le père de ma mère, Antillais, était malade de foot comme beaucoup d’Antillais. Et mon oncle, le frère de mon père, avait joué pro avant-guerre avec l’AS Cannes. Et en plus, à Cannes, j’ai grandi à 100 mètres du stade des Hespérides, là où je m’entrainais également avec les équipes de jeunes. À cette époque-là, Beckenbauer était encore milieu de terrain pendant les Coupes du monde 66 et 70, il ne devient libéro que plus tard. On voyait peu de matches à la télé, mais j’étais marqué par l’Ajax Amsterdam en fait. Donc, à la limite, on pourrait dire que j’étais plus marqué par Horst Blankenburg, mais en fait, j’étais plus Johan Neeskens, même si c’était un milieu de terrain. Parce que j’étais très bon tacleur, et si j’aimais faire des petits ponts dans la surface au grand dam de mon entraîneur, j’étais assez dans le contact quand même. Je me souviens d’un match aux Caillols (où il y avait en face le regretté René Marsiglia, paix à son âme) où je récupère le ballon juste devant nos 18 mètres et je suis allé tout droit en dribblant, et en faisant la différence sur mon physique un peu comme al-Owairan en 1994. Sauf qu’arrivé devant la surface adverse, avec les mecs qui me collaient au cul derrière, j’ai mal frappé et à la sortie, c’était le drame. Mais j’étais très offensif généralement et je marquais beaucoup de buts.

 

 

Tu as souvent dit que tu ne concevais pas ta passion pour le football sous un angle supporter mais comme un amoureux du jeu, même si tu as une affection particulière pour l’AS Cannes. Est-ce quelque chose qui t’a toujours animé ou est-ce plutôt venu avec le temps?
Quand j’étais gosse, situation géographique oblige et par rapport aux équipes qui dominaient, j’étais très supporter de l’OGC Nice qui avait une grosse équipe qui souvent était première avec quelques points d’avance sur Saint-Étienne mais qui, à chaque fois, se refaisait passer devant, les beaux jours revenant. J’étais très OM, de par mon père déjà, puis Skoblar et Magnusson faisaient ma joie, je trouvais que c’étaient des joueurs extraordinaires. Après, j’ai été Saint-Étienne aussi mais j’étais déjà un peu plus âgé. Sinon, les équipes étrangères qui m’ont marqué, dont j’étais vraiment supporter, c’étaient l’Ajax Amsterdam à fond la caisse et le Brésil 70. J’ai eu une bonne éducation. En fait, quand je suis arrivé à la télé, j’ai vite compris que je me devais de ne pas être supporter par honnêteté intellectuelle. Si tu commentes un match d’une équipe dont tu étais supporter gosse, tu n’as pas le droit de ne pas voir les mauvaises choses, et de ne parler que des bonnes. Il faut être honnête. Même l’AS Cannes, qui est mon club de coeur et que j’ai commentée lors des barrages en 93 face à Valenciennes, quand les mecs ont sifflé Glassmann pour essayer de le déstabiliser, hé bien j’ai dit que les supporters étaient cons comme des ânes, parce qu’un mec qui dénonce quelque chose pour protéger son sport, on le siffle pas. Au contraire, on devrait l’applaudir.

 

 

« Je suis un mec d’image et j’ai grandi avec »

 

Dans cet exercice d’analyse du football, qui reste finalement difficile, qu’est-ce qui t’aide le plus: ton expérience de commentateur, de spectateur ou plutôt ta pratique du football?
J’ai fait mon premier match sur TF1, Suède-France, le 5 septembre 1979. Ce qui fait de moi, dans le monde, le mec le plus jeune – y avait deux chaînes et demie à l’époque – à commenter un match de foot. Tu vas pas filer, à un mec de vingt-et-un ans, sur une chaîne comme TF1, la Rai ou TV Globo, un match de la sélection. J’y ai pris du plaisir mais si tu ne fais que ça, ça va ramollir ton cerveau. C’est l’instant du direct, “Machin passe à Machin”, mais c’est l’exercice le plus facile à faire finalement. Je crois que la chose en télé la plus forte que j’aie pu faire, c’est tout ce qui touche à la création. Sur TV5 Monde et Roustan TV, je fais des références historiques, musicales, cinématographiques, je chante, etc. 95% des gens qui font de la télé maintenant ne connaissent pas l’instrument. Ils posent le cul autour d’une table et ils parlent, comme si t’étais à un café. Mais la plupart n’ont jamais fait un montage de leur vie. Quand je suis arrivé à TF1 en 76, si tu posais ton cul sur une chaise et qu’il y avait une table, c’était pour lancer un sujet que tu étais allé tourner et que tu avais monté. Et je pense que la chose la plus importante en télé, quoi qu’on en dise, ça reste l’image. Je suis un mec d’image et j’ai grandi avec. La voix, le vocabulaire, l’intonation, c’est important, mais finalement, il y a beaucoup d’images dans le langage. Je suis un mec de télé, l’image est importante. Pour moi, le football c’est la vie, c’est beaucoup plus que le football.

 

 

Tu rejoins donc Bill Shankly et sa fameuse citation.
Exactement. Donc effectivement, ma sensibilité va transparaître par rapport à ce genre de choses. Parce qu’un match de football, c’est une dramatique. C’est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Après, c’est aussi très simple, c’est pas la peine non plus de tout intellectualiser, si tu veux. Mais, dans le football et autour du football, il se passe des choses humaines, bien et moins bien, qui font que peut-être que ce que les gens auront aimé chez moi, c’est que je traite les choses de manière humaine, et avec une certaine authenticité. J’ai ma vision, j’ai mon langage, j’ai ma façon d’analyser mais je suis pas un suiveur. Je suis pas dans une forme de pensée unique. Je pense que beaucoup de journalistes qui arrivent sont un peu standardisés, ont des phrases un peu toutes faites.

 

Pour en revenir au format audiovisuel, que penses-tu de l’évolution récente des médias web qui ont tendance à privilégier ce type de supports? Et que penses-tu aussi de la prolifération de ces contenus qui parlent plus tactique que les émissions télé, comme sur les Cahiers du Foot?
J’en pense du bien parce c’est une possibilité pour les gens qui n’ont pas accès aux médias, et donc à la télé, de réfléchir à certaines choses et d’y faire accéder le public. Et ils doivent souvent réfléchir plus que les autres, parce que justement ils ne sont pas dans une certaine facilité. Et c’est bien parce que ça fait grandir un peu tout le monde parce que, malheureusement, je trouve qu’on n’a pas un pays qui a une culture football. J’ai beaucoup voyagé, et les pays dits de football (Italie, Espagne, Amérique du Sud) ont une culture technique, tactique et historique qui est mille fois supérieure à la nôtre. Quand un gosse de là-bas grandit avec ça, il va être plus à même de connaître tous les tenants et les aboutissants du foot, sur le terrain en tout cas. Alors que chez nous, ce sont des sujets qui sont rarement abordés et on préfère faire du blabla. Parce que c’est plus aussi la facilité. Sur TF1, après deux-trois ans de métier, je faisais déjà des trucs sur un tableau, ou des schémas de jeu, ou des possessions de balle, etc. J’étais précurseur, après c’est normal que d’autres reprennent le flambeau et heureusement! Mais je trouve qu’à la télé, il y en a relativement peu.

 

Tu as été aussi précurseur pour les talk shows, avec “Enfin du Foot” sur l’Equipe TV. Une vingtaine d’années plus tard, quel regard portes-tu sur l’évolution du contenu de ces émissions? Et ne trouves-tu pas que l’on débat trop, sur trop de sujets, quitte parfois à en oublier paradoxalement le jeu?
“Enfin du Foot” était la première émission télé où, autour d’une table, il y avait des gens qui ne parlaient que de foot et de manière parfois un peu pointue. Il y avait Pierre Ménès (mais un autre Ménès, parce que je l’exploitais d’une autre manière que ce qu’il est aujourd’hui), Karim Nedjari, Gianpietro Agus et chaque fois, le quatrième qui venait était un gars du foot, comme Christian Gourcuff, Angel Marcos ou Jean-Marc Furlan. Les émissions faisaient vingt-six minutes, et elles étaient diffusées le lundi, mardi, mercredi, jeudi. Aujourd’hui, elles sont quotidiennes et durent deux heures, donc forcément à un moment, tu satures, tu tournes en rond, tu fais dans la facilité parce que faut alimenter. Qu’on parle de certaines histoires, pourquoi pas, mais il faut le faire d’un point de vue footballistique, humain et pas dire: “Y a un méchant et y a une victime”. C’est plus fin que ça. Emery, quel intérêt il a à s’embrouiller avec Ben Arfa s’il est le mec qui va le faire gagner? Nous, c’étaient toujours les mêmes chroniqueurs et l’émission me ressemblait. Je m’en occupais de A à Z et si tu me remplaçais, c’était pas la même émission. Si tu remplaces beaucoup de présentateurs de talk-shows aujourd’hui, ça va quand même être la même émission. De plus, autrefois à la télé, les gens n’osaient pas dire ce qu’ils pensaient, ils n’osaient pas critiquer.

 

 

« Tapie ou des mecs comme ça qui me mettaient une pression de feu »

 

Et c’était dû à quoi, tu crois? À une proximité avec les joueurs qui était plus forte à l’époque?
Ça peut en faire partie… Une proximité qui était plus forte avec les présidents, etc. Et puis, il fallait être courageux pour critiquer. Maintenant, comme tout le monde critique tout le monde, si tu arrives et que tu critiques, y a pas de problème.

 

C’est plutôt si tu ne critiques pas alors!
Moi, je sais que comme j’ai été comme ça très rapidement, en 79-80-81-82, je disais les choses! Et donc j’ai eu les pires problèmes, avec Tapie ou des mecs comme ça qui me mettaient une pression de feu. En plus il avait des actions à TF1. Maintenant, c’est facile puisque tout le monde le fait. Mais à l’époque, je peux te dire que j’étais un franc-tireur. Et donc là aussi, entre guillemets, j’ai dû être un peu précurseur parce que j’ai peur de personne et je suis en accord avec moi-même. Mais c’était dur parce que j’étais le seul! Je disais, à l’époque de Tapie: “Papin, ils nous prend pour des cons, à chaque fois il fait semblant, il se jette, y a pas penalty”, et tout. Derrière, il fallait se gérer Tapie, quoi. Et avant avec Bez, et avant avec d’autres.

 

Le fait d’avoir su garder ta liberté par rapport à la télé et à ces pressions te suffit-il pour te dire que tu n’as pas de regret, ni de période dont tu es plus fier qu’une autre?
Depuis mes dix-huit ans, heureusement, j’ai évolué, je me suis enrichi à travers des rencontres, des voyages, des bons et des mauvais moments... Mais s’il y a une fierté à avoir… Bon, j’ai toujours fait mon métier le mieux possible. Parce que contrairement à l’image que je peux peut-être renvoyer, comme je suis relax, on peut dire que je suis un dilettante. C’est vrai qu’au fond de moi, je suis un dilettante mais je suis un mec perfectionniste et je suis quelqu’un qui a beaucoup bossé. Et qui n’a jamais triché. Ma plus grande fierté, c’est d’avoir toujours été en accord avec moi-même, de jamais être entré dans la moindre combine, ou d’avoir léché le cul ou d’avoir écrasé quelqu’un pour avancer… C’est effectivement d’être en paix avec moi-même. Plus ça que signer trois autographes, faire une interview, faire un selfie avec quelqu’un qui te reconnaît dans la rue.

 

Est-ce qu’il y a une rencontre qui t’a marqué?
Oui, la rencontre, c’est un autre journaliste qui s’appelle Jean Raynal, qui travaillait à l’ORTF dans les années 70, et qui faisait du football, mais aussi du basket, du handball... Il a été très important pour moi déjà parce qu’il avait une conscience politique, donc c’était un modèle. C’était quelqu’un de généreux, de partageur. Et il m’a protégé aussi parce qu’il était très respecté dans la rédaction, avait une grande gueule et des arguments intellectuels, et il m’a pris sous son aile par affection et parce qu’on avait une passion commune: le flipper. On pouvait y jouer sept heures d’affilée (rires)! J’ai beaucoup appris à ses côtés. Outre le fait qu’il m’a protégé aussi. J’étais très respectueux, très gentil, mais faut quand même que quelqu’un te guide. Parce que j’étais un peu foufou, mais pas arriviste pour un sou. J’avais juste besoin d’être recadré.

 

Est-ce qu’il y a un but que tu aurais rêvé de commenter en direct? Le second but de Maradona face à l’Angleterre en 1986?
C’est marrant, j’ai jamais pensé à ça… Mais c’est vrai que s’il y en avait un à commenter, évidemment que je n’aurais pas eu la poésie ou la folie d’un Victor Hugo Morales... Je l’ai vécu, ce but de Maradona, j’étais au stade Azteca mais je ne commentais pas. Oui, s’il y en avait un, ce serait celui-là.

 

 

Ton plus beau souvenir de journaliste, c’est France-Portugal 1984?
Celui-là, je le commentais effectivement, c’était intense. J’étais tellement dans un état second que j’ai terminé torse nu (il faisait très chaud ce jour-là, cela dit). Et j’ai terminé debout, je pouvais pas rester assis, c’était une folie. D’un point de vue intensité, c’est sans doute celui-là. Par rapport à la crème des crèmes, la classe, c’est peut-être Argentine-Brésil en 1982.

 

C’est assez amusant que tu cites cette rencontre parce que le match qui suit, Italie-Brésil, tu le considères souvent comme celui qui a signifié la mort du football tel que tu le concevais.
À l’époque, la C1 n’avait pas le même pouvoir, les mêmes répercussions. Donc ce qui allait donner la tendance, c’était une Coupe du monde et à un degré moindre, un championnat d’Europe. On disait qu’il fallait s’inspirer de celui qui avait gagné. Alors, l’Italie avait de très beaux joueurs (Conti, Altobelli, Tardelli, Scirea) mais c’étaient quand même des mecs, à travers Gentile face à Maradona face à l’Argentine, qui est sans doute le pire match que j’ai commenté… D’ailleurs, j’ai été interdit de pizza sur Paris durant les mois qui ont suivi parce que j’ai massacré Gentile, l’arbitre, et qu’on puisse pas jouer au football. Mais c’était le Brésil qui devait gagner. Non seulement cela a été la mort du football pendant quelques années, mais cela a été la mort du Brésil qui ne s’en est toujours pas remis. Même si depuis, ils ont gagné deux Coupes du monde et il y a eu des Ronaldo, Ronaldinho, Romario, Bebeto, Rivaldo.

 

Il y a quand même eu un beau balbutiement en 1986. Le Brésil est alors éliminé par la France dans le match que l’on sait. Mais il y avait quand même de la qualité dans cette équipe.
Oui, super, c’est vrai. Le drame, c’était que Zico était blessé et que Junior passait milieu de terrain, Socrates était encore là, etc. 1982 a été le début de la chute et 1986 a été la deuxième lame qui coupe définitivement la poésie de Tele Santana.

 

 

« Bielsa, Sampaoli et Guardiola sont des résistants dans un monde qui devient de plus en plus cynique »

 

D’ailleurs, qu’est-ce qui te retient, te plaît encore dans le football actuel? Est-ce la vision de certains techniciens, comme Bielsa, Sampaoli, Guardiola qui continuent à servir le jeu?
Ce sont pour moi des résistants. Une fois, j’étais avec Maradona et je lui demande: “Mais Boca Juniors, c’est quoi?” Il me dit: “Boca, c’est un sentiment.” Et pour moi, le football c’est un sentiment, et une belle émotion quelque part. Les mecs qui sont à la tête du football sont en train de le tuer progressivement, avec les compétitions qu’ils rajoutent, leurs systèmes... L’arrêt Bosman et la Ligue des champions ont fait beaucoup de mal. De toute manière, c’est le reflet de la société dans laquelle on vit: on resserre l’élite qui est de plus en plus riche, et le reste c’est de la merde. C’est sûr que des Bielsa, des Sampaoli, des Guardiola, des Cruyff autrefois, ce sont des résistants dans un univers qui devient de plus en plus cynique, où tu n’as presque plus le droit de dribbler, plus le droit à l’erreur. Je trouve que les médias font beaucoup de mal aussi, parce qu’ils suivent le vent. Que Bielsa ait été aussi critiqué, humilié, dénigré (comme Ancelotti, Ranieri ou Emery), traité de demeuré... Mais il y a aussi une alternative, quoi que encore insuffisante, de résistants parmi les amoureux de foot, quel que soit leur âge. Peut-être que petit à petit, les gens se feront leur propre opinion.

 

Est-ce que l’arrivée récente de ces techniciens étrangers a contribué à rendre le contenu de la Ligue 1 assez intéressant?
Ce n’est jamais bon de vivre en vase clos, le football c’est universel. S’il y avait une dizaine d’entraîneurs étrangers (bons, hein) qui sont dans l’esprit de Bielsa, Sampaoli, Favre, Emery et qui permettent une diversité et aussi une ouverture d’esprit, cela pourrait sauver la Ligue 1. Parce que du coup, les profils de joueurs seraient différents. Le championnat serait plus diversifié et les entraîneurs français grandiraient au contact de ces homologues étrangers, et dans un championnat où il y a des coaches qui tiennent tête à leur président et où malgré trois défaites d’affilée, ils gardent leur système de jeu, leur personnalité. Donc si on avait dix techniciens étrangers sur les vingt, qui apportent leur richesse, cela pourrait sauver la Ligue 1. Alors, il faut que ce soient dix bons…

 

Mais ça va être difficile, quand on voit l’accueil qu’ont justement reçu ces bons entraîneurs étrangers...
C’est sûr, mais c’est un choix de dirigeants. Regarde un peu Lyon. Depuis que ça marche, ils ont eu successivement Lacombe, Santini, Le Guen, Houiller, Perrin, Puel, Garde, Fournier et Genesio. Soit neuf entraîneurs, tous français, sur 17-18 ans. Est-ce que c’est un hasard? Est-ce qu’il te paraît normal qu’un club de cette envergure n’ait jamais recruté un technicien étranger?

 

 

Oui, mais est-ce que ce n’est pas aussi une particularité lyonnaise? De prendre des gens du cru, du club?
Oui, mais ils sont en train d’en crever. Tu peux très bien prendre un entraîneur étranger qui a un profil qui s’adaptera à l’histoire lyonnaise. C’est quand même le plus grand club français sur les dix-sept dernières années. Qu’ils n’aient jamais recruté de coach étranger, cela dénote peut-être quelque chose. Que finalement, ils ne veulent pas non plus un cador. Parce que sinon, tu ne vas peut-être plus entrer dans les vestiaires avant. Tu penses bien que Labrune n’entrait pas dans les vestiaires avec Bielsa!

 

Donc c’est peut-être aussi un problème “aulassien”?
C’est un problème de dirigeants en général. En France, le dirigeant veut avoir la vedette. Il va donner les interviews, alors qu’on ne devrait pas interroger un président de football après un match! Tu devrais l’interviewer s’il y a eu un problème de sécurité en tribunes ou autre, mais pour parler de jeu, tu interroges les joueurs et les techniciens. Donc c’est la limite d’Aulas. Il préfère donner son avis sur tout, il va entrer dans les vestiaires, il va appeler l’entraîneur la veille ou le matin du match pour demander le onze. Tu crois que cela se passerait comme ça en Angleterre? Il ne faut pas se réfugier derrière l’argent, parce que cette somme de délires arrange bien les mecs qui dirigent le foot. Un mec comme Labrune, il est vert que Bielsa soit une star. Il est vert de ne plus pouvoir donner son avis sur les transferts. Il n’existe plus.

 

 

« On dit que la formation est pas mal chez nous, mais les mecs explosent surtout à l’étranger »

 

Mais est-ce qu’il n’est pas vert aussi de voir que personne ne le félicite d’avoir justement fait venir Bielsa?
Oui, mais ça, c’est pas grave si tu es là pour servir. C’est un problème d’ego, de pouvoir. Si tu es sérieux, tu fais confiance et tu files les clefs du sportif. Mais tu ne vas pas, toi, donner ton avis. En ça, un mec comme Sadran me paraît pas mal. Tu l’entends jamais après un match. Mais Dupraz, c’est la vedette. Sadran, tu l’entendais pas avant et tu l’entends pas plus maintenant. Le truc marche et il a pas de problème d’ego par rapport à Dupraz. Il lui fait confiance, comme il a pu le faire avec Casanova. Avec le système de jeu de la Ligue 1, basé sur la puissance et les duels, ce n’est pas innocent qu’un Griezmann ait fait trois ou quatre centres de formation et qu’il n’ait pas été pris. À cause de son physique. Iniesta aurait été aussi rejeté de partout. Iniesta, quand même! On dit que la formation est pas mal chez nous, mais les mecs explosent surtout à l’étranger. Parce qu’ils font sûrement plus d’efforts, qu’il y a de la concurrence, qu’ils font moins les malins, mais pas que. C’est surtout parce qu’on leur laisse exprimer des qualités. Des mecs comme Dembele ou Aubameyang, dans le système de la Ligue 1, comment veux-tu qu’ils explosent? Ils sont déjà bons chez nous, mais ils vont exploser (ou échouer, s’ils ont pas le niveau) à l’étranger.

 

Mais est-ce que tu penses tout de même qu’il y a eu une prise de conscience depuis quelques années et que l’on en récoltera les fruits d’ici peu? Je pense par exemple à un Rabiot, qui ressemble à un milieu de terrain à l’italienne ou à l’espagnole.
Oui, mais tu remarqueras que Rabiot, le mec qui lui donne le plus sa chance, c’est Emery, un entraîneur étranger!

 

Oui et ce n’est justement pas l’entraîneur qui avait soulevé ce problème de façon très maladroite avec l’affaire des quotas.
Voilà. Emery, alors qu’il arrive, même si Matuidi n’est pas blessé, à un moment, il peut te mettre Rabiot, point barre. Alors, maintenant, il explose. La DTN a compris, notamment à travers les victoires de l’Espagne et le jeu de Barcelone. Quand tu vois que Xavi, il mesure 1,20m. Que Iniesta et Messi, ils mesurent 1,20m. Et que Busquets, il ressemble à rien quand il marche dans la rue et il ne fait pas la différence physiquement, il est pas dans la confrontation, il est toujours dans l’anticipation. Donc ils ont compris que peut-être, ça serait bien quand même que l’on forme d’abord des footballeurs avant de former des athlètes. Après, si le footballeur a des petites carences, s’il est un peu plus petit, c’est pas grave. Il va travailler et du moment qu’il a du coffre… Manifestement, ils ont compris et ils doivent faire des efforts par rapport à ça. Mais après, le problème du jeune, c’est qu’en Ligue 1, il va avoir beaucoup de mal à cause du jeu pratiqué. Rabiot, ça va, à côté de lui il a de supers joueurs. Malheureusement, ce changement de cap dans la DTN on mettra beaucoup de temps à le voir si l’entraîneur a un système de jeu frileux. Je donne un autre exemple: Maxime Lopez, on le sait qu’il est bon depuis un certain temps, qu’il a fait le tour de la question en CFA et qu’il faut le mettre en équipe première. Franck Passi le connaît, mais il te dit qu’il ne l’a pas mis une fois titulaire par peur de le griller. Mais pourquoi s’il est bon, s’il a le niveau? Évidemment, tu le mets titulaire de temps à temps et tu le fais reposer si tu vois qu’il s’essouffle.

 

Peut-être qu’il avait peur de le griller médiatiquement?
Mais pas du tout! Et Garcia, il le met tout de suite et basta! Maxime Lopez, j’ai vu quelques interviews de lui, il a la tête sur les épaules. Donc après, tu le cadres. Le mec, c’est le meilleur footballistiquement parlant de l’effectif marseillais. Mais pourquoi Passi ne l’a pas mis titulaire? Parce qu’il préfère Anguissa, Vainqueur, etc.

 

Peut-être que la vraie raison est là. Mais il y a aussi trop d’exemples récents de joueurs que l’on a monté trop rapidement au pinacle et que l’on a grillés…
Oui, mais c’est des conneries. Si encore, il avait des joueurs tops comme à l’époque, style Waddle, Pelé, Germain, ben d’accord tu attends. Mais là, avec les joueurs qu’il a, il le met jamais titulaire. Passi est dans la seringue des entraîneurs Ligue 1 types. Garcia continuera à le remettre, malgré la défaite à Montpellier. L’arrivée de cet entraîneur est une bonne nouvelle pour l’OM.

 

Partager

> sur le même thème

Vendroux, les copains d'abord

Les médias et les journalistes


Mark Sanderson
2018-03-05

Le vestiaire doit-il garder ses secrets ?

When Saturday Comes – La Premier League n'a jamais eu de Charles Biétry pour envoyer des caméras dans les vestiaires. Mais elle s'interroge sur la possibilité d'ouvrir plus grand leurs portes. 


Jérôme Latta
2018-03-01

Netflix tombe dans le jeu de la Juve

Loin de sa promesse d’entrer dans "l’intimité" d’un club de football, la docu-série de Netflix sur la Juventus reste en façade de l’institution, et au service dune marque internationale désincarnée.  


Jérôme Latta
2018-01-02

Unes de L’Équipe en 2017 : du football et des hommes

Une Balle dans le pied – L'étude des 364 unes du quotidien sportif en 2017 indique l'hégémonie du football sur les autres disciplines, celle du PSG sur les clubs de foot, et la faible présence du sport féminin.


>> tous les épisodes du thème "Les médias et les journalistes"

Sur le fil

H-12 https://t.co/AyeIa8MLZe

RT @banquetteNE: Dans le dernier épisode de Banquette, @Romain_Molina évoque au micro d’@AbdallahSoidri les oligarques russes qui se paient…

[rappel] Le précieux Journal du jeu de @CKuchly nous parle de l’excellence de Messi, de la prudence de Chelsea et d… https://t.co/OLAm3XGbOZ

Les Cahiers sur Twitter