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Julien Momont

 

Journaliste SFR Sport. Membre encarté des Dé-Managers


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Revue de Stress #48

Drapeau pirate, Union Berlin et droits télés : l'offensive du FC Sankt Pauli

Le célèbre club allemand, très ancré à gauche, a retrouvé de la vitalité financière. Au point d'avoir fait un rachat qui lui permet de gagner de l'argent à chaque fois que l'Union Berlin vend du merchandising.

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Il flotte à chaque rencontre dans les tribunes et aux poteaux de corner du Millerntor. Il est sur les pulls, les tee-shirts et les stickers collés sur les panneaux et les feux de signalisation. Le bar repère des supporters les jours de match porte même son nom. À Sankt Pauli, le symbole pirate, le fameux Jolly Roger (tête de mort et deux os croisés), s'affiche partout.

 

 

 

La fin d'une anomalie

Son histoire remonte à la fin des années 80, lorsqu'un chanteur de punk, “Docteur Mabuse”, apporte un drapeau pirate au stade. Historiquement associé à la ville d'Hambourg, où a été décapité le pirate le plus célèbre d'Allemagne, Klaus Störtebeker, mais aussi au mouvement squat en général, le Jolly Roger est devenu l'incarnation de l'attitude rebelle des supporters de Sankt Pauli. “À cette époque, on était un petit club, pauvre, explique Sven Brux, ancien supporter devenu responsable de la sécurité du FCSP. C'était un peu 'les pirates arrivent', les pauvres contre les riches. C'est devenu un symbole du club.

 

Un symbole qui, à partir du 1er janvier 2016, appartiendra de nouveau totalement au FC Sankt Pauli. La fin d'une anomalie née en 2004, lorsque le club, parmi de nombreuses mesures désespérées visant à éviter la banqueroute, avait dû se résoudre à vendre 90% des droits du Jolly Roger à la société Upsolut, contre un million d'euros et pour trente ans. Depuis, Sankt Pauli ne touchait donc que 10% des revenus des ventes de produits dérivés ornés de la tête de mort.

 

En 2009, le FCSP avait attaqué Upsolut en justice, l'accusant d'avoir profité des difficultés financières du club pour lui imposer un contrat inéquitable et immoral. Le litige a pris fin il y a quelques jours, lorsque l'annonce est tombée: Sankt Pauli rachète la société Upsolut contre 1,3 millions d'euros. “C'est une étape importante pour notre club, un grand pas pour notre indépendance”, s'est satisfait le président Oke Göttlich. Un signe, aussi, de vitalité financière. Ces dernières années, le FC Sankt Pauli a multiplié ses revenus, profitant notamment de l'agrandissement du Millerntor et de la multiplications des loges VIP – ce qui avait initialement fait grincer quelques dents parmi les supporters. Ce rachat s'inscrit dans cette volonté de croissance financière, avec l'objectif de retrouver la Bundesliga abandonnée en 2011.

 

 

L'Union Berlin, victime collatérale

Mais il y a une victime collatérale: l'Union Berlin, un autre “Kult club” aux supporters ancrés à gauche. Car Upsolut gère l'ensemble du merchandising du deuxième club de la capitale allemande. Conséquence: à partir du 1er janvier 2016, chaque écharpe, chaque drapeau, chaque article de l'Union Berlin vendu renflouera les caisses du FC Sankt Pauli. Drôle de cadeau pour le cinquantenaire de l'Union, qui sera fêté en janvier. “Le fait que nos activités de merchandising seront gérés par un concurrent direct est inconcevable pour nous et incompatible avec le contrat convenu à l'heure actuelle”, a d'ailleurs déclaré Christian Arbeit, le responsable de la communication du club.

 

L'Union a annoncé vouloir résilier dès que possible le contrat avec Upsolut, qui court jusqu'en 2020, mais une clause de sortie ne pourra être exercée qu'à la fin de l'année 2016. D'ici là, le club, qui a récemment inauguré une boutique flambant neuve, a annoncé des restrictions à venir sur l'achat d'articles.

 

Si le FC Sankt Pauli est très offensif en coulisse, il le doit notamment à un homme: Andreas Rettig, son directeur financier depuis le 1er septembre. Il était auparavant directeur général de la Ligue allemande de football, après être passé par Leverkusen, Augsbourg, Cologne et Fribourg. Ces derniers jours, il a placé le FCSP aux avants-postes dans un autre dossier, celui des droits télés.

 

 

Nouvelle donne en Allemagne ?

Sa requête? Que les clubs qui ne respectent pas la règle du 50+1 (aucun investisseur individuel ne peut être propriétaire d'un club) soient exclus de la répartition centralisée des droits télés. Directement visés: Wolfsbourg (sous le patronnage de Volkswagen), le Bayer Leverkusen (Bayer), Hoffenheim (propriété de Dietmar Hopp) et, à partir de 2017, Hanovre avec son président Martin Kind. C'est une question “d'intégrité de la compétition”, dixit les dirigeants de Sankt Pauli.

 

Évidemment, la proposition a fait bondir les clubs visés. “C'est une demande populiste”, a rétorqué Rudi Völler, le directeur sportif du Bayer. “Les valeurs fondamentales du football allemand sont en danger”, a ajouté son homologue de Wolfsbourg, Klaus Allofs. Avec un avertissement en prime: si cette proposition passait, cela marquerait la fin du système de solidarité en vigueur. Cette saison, 170 des 850 millions d'euros de droits télés seront reversés à la deuxième division, soit 20% du total [1].

 

C'est d'ailleurs l'une des explications du peu de soutien reçu par la proposition de Sankt Pauli: la plupart des clubs craignent de pâtir d'une remise en cause de la répartition collective des droits télés. Chez les plus gros, en revanche, l'idée de commercialiser seul ses droits fait son chemin. Le Bayern s'est ainsi prononcé en faveur d'une discussion sur le système de répartition. Sankt Pauli lui-même pourrait d'ailleurs bénéficier d'une éventuelle individualisation, puisqu'il dispose d'une aura unique pour un club de deuxième division.

 

Le club hambourgeois a apporté son soutien au système actuel, excluant de le remettre fondamentalement en cause. Mais il a peut-être ouvert la porte à une révolution dans le football allemand. Sa proposition sera discutée lors de l'assemblée générale des trente-six clubs professionnels allemands le 2 décembre, à Francfort. Les débats s'annoncent houleux.

 

 

[1] Petit clin d'oeil, au passage, à Jean-Michel Aulas, pour qui la Ligue 2 est “la deuxième division la plus riche d'Europe”, elle qui a touché 85 millions d'euros en droits télés la saison dernière, soit 18% du total. Des proportions équivalentes, en somme.

 

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