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Satta Massagana

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L'Europe sauvée des sots

Energie Cottbus, l'avenir de l'Est ?

Bundesliga, an 40 (3). La suite de notre inattendue saga nous emmène au chevet d'un petit club comme on les aime, avec une balade géopolitique et sportive dans l'ex-Allemagne de l'Est… Prenez le Cottbus.
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Après la réunification de l’Allemagne et la fusion inégale des deux ligues de football, le club phare de l’Est a été le Hansa Rostock. Du moins, pour les ex-Allemands de l’ouest, les Wessies. Sur tous les stades de l’ouest, d’abord en "2. Bundesliga", puis en première division, les joueurs de la Baltique ont attiré foules et sympathie avec leur jeu chatoyant, fondé sur l’offensive et le jeu collectif. Mais la saison dernière, le club a longtemps lutté contre la relégation pour s’en sortir de justesse à une quatorzième place salvatrice, juste derrière l’autre club de l’Est, Energie Cottbus. Energie Cottbus, un nom qui rappelle cette ancienne Allemagne communiste qui vénérait ses industries. Le Hansa plaisait à l’ouest parce qu’il représentait l’est comme les Wessies voulaient le voir: dynamique pour rattraper le niveau occidental, et basé sur les mêmes principes libéraux. L’étoile de Rostock s'est un peu assombrie, et l’Ouest a un peu oublié son favori. "Nous avons besoin d’une nouvelle image", déclarait l’entraîneur du Hansa avant le début de la saison (1). Slaves d’honneur Cottbus représente mieux l’Est dans sa réalité. Pauvre, solidaire, un peu nostalgique, débrouillard, sans fidélité exacerbée à un drapeau qui les a déçu. Depuis longtemps, Cottbus et sa région, la Lusace, symbolisent en effet une certaine idée de la résistance. Les Sorabes de Lusace sont en effet la seule population d’origine slave à avoir survécu en Allemagne du Nord aux Saxons, Germains et Francs au cours du premier millénaire de notre ère. Eux-mêmes "fusion" de deux peuples, ces Serbes de Lusace se fixèrent dans ce morceau de terre jeté entre les frontières tchèques et polonaises, à cheval sur deux Länder, et, s’ils cédèrent à une christianisation forcée, ils commencèrent ainsi à résister à l’assimilation germanique. Y compris lors du schisme entre protestantisme et catholicisme, la Lusace resta unie, les partisans de Luther renonçant seulement peu à peu à l’usage de la langue. Depuis l’ère industrielle et une émigration massive de Saxe et Thuringe pour l’exploitation des gisements de lignite, les Sorabes sont minoritaires dans leur région (40% environ), mais tiennent à préserver leur culture leur langue. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Sorabes ont encore résisté, cette fois à l’irrédentisme tchèque qui aurait volontiers annexé cette province. Ensuite, même le communisme dut céder face à cette détermination, et autoriser l’usage du Sorabe (en fait composé de plusieurs dialectes) et son enseignement. Jamais les Sorabes n’ont eu d’état ni de souverain, toujours ils ont dû composer avec la puissance dominante du moment (Bohème, Habsbourg, Saxe, Prusse, communisme). Depuis la réunification, leur statut est protégé par la constitution, mais ils n’ont pas encore le droit à une organisation autonome sur leur territoire. Une montée régulière Alors aujourd’hui, en Bundesliga, Energie Cottbus symbolise encore la résistance, cette fois-ci, celle de l’Est tout entier face à l’hégémonie triomphante et presque involontaire de l’Ouest. Le parcours de Cottbus relève d’abord d’un petit miracle. L’équipe de la ville n’a jamais été une terreur du championnat de l’ancienne DDR. Au départ le club s’appelait Akitivist Brieske et fut transféré dans la ville en 1962, pour prendre le nom d’Energie Cottbus en hommage aux Braunkohle-Kraftwerk Jänschwalde qui le patronnaient. Après de longues luttes pour la montée ou le maintien en première division est-allemande, et quelques derbys acharnés contre le Vorwärtz Cottbus, l’Energie se trouva septième de l’Oberliga de RDA quand la fusion se fit avec la Bundesliga, signifiant un nouveau départ au bas de l’échelle. Depuis le début des années 1990, Energie a patiemment et brillamment gravi les échelons du football allemand réunifié. Trois ans dans la nouvelle Oberliga (équivalent du CFA), trois ans en ligue régionale, trois ans en 2. Bundesliga, pour enfin atteindre la Bundesliga, et déjouer par deux fois les pronostics en se maintenant. Limité par des moyens dérisoires, Energie a du mal à reproduire aujourd’hui en première division le festival offensif que fut son ascension irrésistible. Mais cela suffit à enflammer leur stade devenu redouté dans toute l’Allemagne, ce qui lui vaut le surnom de "l’Enfer de Lusace". L’imagination au pouvoir L’Energie Cottbus n’a pas les moyens financiers de copier les recettes des ténors de la Bundesliga, ni même celles des outsiders. Alors, le club lusacien doit en imaginer d’autres. Les jeunes joueurs allemands ont des prétentions salariales trop élevées pour les finances du club, et sont pris d’assaut par les clubs plus riches. Alors l’entraîneur de toutes les montées, Eduard Geyer, recrute massivement dans les pays de cette Mittel Europa si proche de l’Allemagne avant la guerre: trois Hongrois, trois Polonais, quatre Bosniaques, un Tchèque et un Roumain font partie de l’effectif en ce début de saison. Cottbus se fait une spécialité également de récupérer les meilleurs joueurs de ligues régionales parfois obscures, les Brésiliens Vragel da Silva et Franklin par exemple. Ce modèle alternatif a trouvé son apogée il y a quelques mois lorsque Cottbus a, pour la première fois de toute l’histoire de la Bundesliga (et la seule pour l’instant), aligné en championnat une équipe ne comportant pas le moindre joueur allemand. En juin, le club a connu une certaine forme de consécration, lorsque la Pologne a aligné son milieu de terrain Radoslav Kaluzny dans un match de coupe du monde. Quel avenir ? Comme tout les clubs allemands, Cottbus a du se serrer la ceinture. La renégociation du contrat avec Kirch Media a eu pour conséquence une diminution de recette de l’ordre de 2.2 M€. A titre de comparaison, le sponsor principal, Envia, injecte chaque année 2 M€ dans le club. On peut ainsi voir l’importance de cette nouvelle donne sur le budget du club. Les transferts s’en sont ressentis. Energie a investi 1.3 M€ pour compléter son effectif, notamment en recrutant un autre buteur rompu à la Bundesliga, le Polonais Andrej Juskowiak (Wolfsburg – 0.8 M€). Le club n’a pas cédé non plus aux offres des Glasgow Rangers pour Kaluzny. Les amateurs de statistiques pourraient conclure que cette troisième saison dans l’élite est celle d’un nouveau palier (une qualification pour une compétition européenne par exemple). Mais rien n’est moins sûr. "L’Enfer de Lusace" en travaux ne pourra plus recevoir cette saison que 15000 spectateurs, et pourrait perdre son surnom. Le début de saison (défaite 0-5 à Bochum, puis 4-0 à domicile contre… Rostock) n'est pas le meilleur présage, mais Cottbus est coutumier des parcours en dent de scie, et aimerait faire chuter à nouveau les stars de la Bundesliga. (1) Cela semble bien parti, puisque après trois journées, le Hansa Rostock qui compte trois victoires et n'a encaissé aucun but, pointe en tête de la Bundesliga.
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