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Bony, nouveau roi de la City ?

Et le Ballon de Plomb est…

… annulé. Après onze ans d'existence chahutée, le diagnostic est tombé, fatal. Voici les raisons pour lesquelles nous préférons arrêter de décerner un trophée que nous ne reconnaissions plus vraiment. 

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Oui, nous aurions pu suspendre l'expérience du Ballon de Plomb plus tôt, ou plus tard. Mais onze lauréats, cela fait une équipe: tant pis s'il lui manque un gardien, au moins elle a un sacré profil offensif. Et puisqu'il faut quand même s'expliquer un peu : six raisons pour lesquelles nous avons décidé d'arrêter.

 


Il nous a échappé

Et il nous est tombé sur les pieds, forcément. Non pas suivant la trajectoire attendue, courte et verticale, mais plutôt comme celle d'un boomerang paradoxal, parti très loin de nous. Assez tôt, il est devenu impossible d'en faire comprendre le principe, celui des trois critères (qualités footballistiques intrinsèques, mentalité, choix de carrière), tant il est interprété presque systématiquement comme "l'élection du pire joueur de Ligue 1".

 

Certes, l'ultime vainqueur Florian Thauvin a offert un démenti efficace à cette interprétation, mais un peu tard. Notre créature ne nous appartient plus, elle est devenue l'objet de commentaires et de débats auxquels nous ne sommes même pas conviés, un de ces "buzz" chroniques sans message qui traversent la toile.

 


On n'arrive plus à l'aimer

Car oui, s'il y a bien dans cette distinction la caractère cuisant d'une bonne fessée, il y avait aussi, au départ, le désir d'un hommage paradoxal aux antistars du football, aux défenseurs laborieux qui creusaient leur sillon à coups de tacles, aux attaquants massacreurs de gabians, aux rescapés d'un foot de plus en plus professionnalisé incapables d'un contrôle de moins de deux mètres, à ceux qui gaffaient jusqu'au moment de signer un contrat, et même aux brutes plus ou moins épaisses (pas encore labellisés Bad Boys) qu'on se plaisait à détester – ou à admirer secrétement.

 

Mais l'aimable parodie du Ballon d'Or a plus souvent qu'à son tour tournée au ballon-sanction – dès Fabrice Fiorèse en 2004, en fait. Non pas que l'envie de mettre une claque aux mercenaires fut illégitime, au contraire: c'est justement que notre sport s'est mis à produire plus d'écervelés cyniques que de sympathiques et authentiques tocards, éliminés par le filtre de plus en plus impitoyable des centres de formation.

 


Son meilleur vainqueur a été le premier

Ah, Francis Llacer… Avec pareil parrain, comment aurions-nous pu douter d'emblée du Ballon de Plomb, en parfait équilibre sur ce formidable socle? La blague était parfaite, elle fit irruption comme Francis avec ses entrées en jeu tardives pour prendre un carton dès que possible. Soudard maigrichon mais fin connaisseur des terminaisons nerveuses de ses adversaires, digne représentant de la grande caste des latéraux sanguinaires, peu suspect de s'encombrer d'esprit sportif (voir sa confession quant au PSG-Bordeaux de 1999), il disposait de la panoplie complète du super-antihéros que nous voulions consacrer (lire "Le jubilé de Francis Llacer").

 

La suite a été plus compliquée: ses successeurs Fiorèse et Pedretti ne jouaient pas dans la même ligue, et les controverses commencèrent (lire "BdP, le débat philosophique", avant l'édition 2006). Il ne faut pas dénigrer les lauréats ultérieurs, qui ont proposé de beaux phénomènes, comme le regretté Moussa Maazou pour ne citer que lui.

 


La culpabilité nous ronge

Le jour où le préposé au portrait du lauréat 2007, Matt Moussilou, s'est mis à la tâche, une image s'est imposée à lui, lancinante: celle de la brave maman de Matt, qui était apparue dans un reportage de Téléfoot au moment où la carrière de son fiston semblait prendre son envol. Qu'allait-elle penser de notre vilenie?

 

On a beau estimer que les footballeurs sont responsables de leurs actes, et que notre trophée n'est qu'un modique prix à payer en regard d'une vie si enviable, avons-nous les épaules pour porter une méchanceté que nous préférons assumer au fil de la plume plutôt qu'au son du canon? Comment vivre avec l'idée que Bernard Mendy, notre BdP préféré qu'on aime d'amour et d'eau fraîche, nous en veuille encore de l'avoir sacré?

 


La malédiction est trop puissante

Si la légitimité du trophée s'est érodée à nos propres yeux, en revanche, nous prétendrons qu'aucun membre de son palmarès n'y a pas mérité sa place. À tel point qu'aucun ne s'est remis de son sacre (on attendra de voir pour Thauvin, cependant). Même Pedretti – par ailleurs le vainqueur que nous avons le moins assumé de tous –, qui a ensuite connu une carrière honorable, quitta une trajectoire qui envoyait sa carrière sur d'autres hauteurs.

 

Est-ce à dire qu'on ne se remet pas d'un Ballon de Plomb, ou que ce dernier sacre des joueurs qui se sont déjà condamnés tout seuls? En tout état de cause, on préfère qu'ils ne s'en prennent plus, désormais, qu'à eux mêmes.

 


Nous n'en avons pas besoin

Après quelques années, le Ballon de Plomb est devenu un puissant et très enviable outil de communication. Pas besoin de rédiger le moindre communiqué, de négocier des exclusivités, des partenariats ou de concocter un quelconque plan de communication: il suffisait d'annoncer les candidats, puis le vainqueur pour qu'instantanément, dépêches, articles et relais sur les réseaux sociaux tombent en avalanche. Et fassent sauter notre serveur aussi efficacement qu'un scoop du Times piqué à l'Agence Transe Presse.

 

Notre modèle éditorial (et notre non-modèle économique) n'étant pas fondé sur le trafic et les recettes publicitaires, puisque nous pouvons nous payer ce luxe-là, à quoi bon persister, si le cœur n'y est plus?

 


Bref, on a progressivement vu le Ballon de Plomb-sanction l'emporter sur le Ballon de Plomb-blague, on l'a vu devenir victime de son succès (victime de ses qualités et de ses défauts) et de plus en plus difficile à expliquer, de moins en moins conforme à l'idée (certes vague) que nous en avions au départ. Nous l'avons pleinement assumé jusqu'à présent, nous revendiquons son palmarès, nous ne regrettons rien. Mais on n'a plus trop envie.

 

Qui sait, peut-être reviendra-t-il quand même un jour, sous une autre forme. Pourquoi pas celle d'un Ballon de Plomb européen organisé en collaboration avec des médias amis? Le Ballon d'Eau fraîche, lui, nous semble plus légitime que jamais. Il faut que nous nous mettions à son organisation, d'ailleurs.

 

PS. Avis aux récupérateurs : la marque Ballon de Plomb est déposée.

 


Le palmarès

2003 : Francis Llacer
2004 : Fabrice Fiorèse
2005 : Benoît Pedretti
2006 : Bernard Mendy
2007 : Matt Moussilou
2008 : Frédéric Piquionne
2009 : Mateja Kezman
2010 : Yohan Démont
2011 : Moussa Maazou
2012 : Issam Jemaa
2013 : Florian Thauvin
 

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Le Ballon de Plomb


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