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Maxime Arnan

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Revue de stress #104

FARC FC

Alors que les guérilleros se rassemblent dans les zones de concentration prévues par l’accord de paix pour rendre leurs armes, les FARC et une ONG locale ont signé le 19 avril dernier un accord unique en son genre, révélé par le journal El Espectador.

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Les mines seront désormais réservées aux lucarnes adverses et les attentats sanctionnés d’un simple carton rouge. La Paz F.C., malgré un nom pouvant prêter à confusion, ne sera pas un concurrent de The Strongest en Bolivie, mais une équipe surgissant des cendres d’un conflit dont la Colombie espère faire le deuil.

 

 

Soutiens de poids

Issu d’un rêve fou de l’avocat spécialiste des droits humains Felix Mora, directeur de la fondation Futbol y Paz [1], ce projet a réellement pris forme à partir des discussions publiques de paix entre la principale guérilla du pays et le gouvernement, ouvertes en 2012 à La Havane. Ce ne fut cependant qu’en 2014, avec l’invitation lancée à la société civile à participer aux accords politiques, que la fondation a pu approcher les principaux intéressés. Malgré sa méconnaissance du monde du football professionnel, Mora a pu recevoir le soutien du gouvernement pour constituer ses statuts juridiques en tant qu’équipe sportive. Il fut ensuite rejoint dans le développement technique par des personnalités expérimentées et reconnues: Alfonso Cañon, légende de Santa Fé, Bonner Mosquera, idole du rival Millonarios, et un des meilleurs joueurs de l’histoire du pays, Faustino Asprilla.

 

 

Ces soutiens de poids ont donné de la crédibilité au projet et ont permis à Mora de voir "enfin la lumière au bout du tunnel ; au début, cela paraissait une idée folle et beaucoup étaient dubitatifs". Les objectifs sont en effet très ambitieux: monter un club de football professionnel comprenant une section féminine [2], une section espoirs U-20, et une équipe masculine visant une intégration directe en Liga B, équivalent de la L2.

 

Cette équipe ne serait constituée que de joueurs ayant souffert directement du conflit interne le plus long du monde: des combattants démobilisés, des victimes civiles et des membres des communautés touchées par la guerre. Les sélections visant à constituer des groupes de trente joueurs et joueuses pour chaque section pourront donc compter sur un impressionnant réservoir de 8 millions de personnes touchées directement par ce conflit…

 

 

Début en 2018 ?

Comme indiqué sur le document cosigné par la fondation et les FARC, l’objectif est de "donner une représentation sportive à ces millions de victimes qu’a laissées le conflit armé en Colombie", et ce pour une première période de dix ans. Ayant reçu l’accord de principe fin 2016 d’alias "Timochenko", commandant suprême des FARC, Mora a déjà pu commencer les visites des zones de concentration des guérilleros en attente de démobilisation. Si le soutien des commandants et la capacité d’organisation des FARC permettront un processus de recrutement aisé parmi les anciens combattants, il reste à obtenir la confiance des communautés locales pour les convaincre d’intégrer ce projet ambitieux.

 

Même avec les accords des principaux concernés, le projet se heurte cependant encore à des problèmes concrets de taille: convaincre une municipalité pouvant mettre à disposition un stade, attirer des soutiens financiers pour développer la professionnalisation du club et, évidemment, trouver un accord avec la Dimayor [3] pour obtenir une place non-prévue dans les championnats féminins et masculins. Le président de cette dernière, Jorge Perdomo, a déjà indiqué que ce ne serait pas chose facile: "Ceci n’est pas un problème qu’on solutionne du jour au lendemain; il faudrait aller jusqu’à une réforme des statuts de notre organisme pour pouvoir ouvrir cette place supplémentaire."

 

Malgré toutes ces difficultés, Felix Mora conserve tout son optimisme et compte sur le soutien de techniciens professionnels pour encadrer et former les joueurs durant le processus de sélection. Le temps presse pourtant, avec un premier coup d’envoi espéré pour début 2018…

 

[1] Né en 2010 grâce au soutien de la communauté internationale, ce réseau de fondations et associations locales promeut le sport et notamment le football comme outil d’intégration et de réconciliation auprès des jeunes et des communautés.
[2] Le premier championnat national professionnel a été lancé en début de cette année.
[3] Ligue colombienne de football professionnel.

 

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