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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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FC Nantes 1995, le grand tourbillon

Les grandes équipes – Donné pour mort trois ans plus tôt, le FC Nantes réalise une saison exceptionnelle. Une réussite portée par la formation et un projet de jeu sans recrutement ni vedettariat. 

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Depuis son sixième titre conquis en 1983, le FC Nantes a lentement glissé sur une pente savonneuse. Habitué au trio de tête, le club voit ses résultats fléchir brusquement à partir de la saison 1986/87. 

 

Le club est, chaque saison, confronté à une vive saignée de son effectif, un grand nombre de joueurs cadres (Tusseau, Bossis, Bibard, Poullain, Ayache, Touré, Halilhodzic…) quittant le navire pour des clubs plus rémunérateurs.

 

 

 


Plan de sauvetage

Pour compenser les départs, la nouvelle direction se lance dans une politique de recrutement aventureuse qui n’a pas les résultats escomptés. Lassé de tout reconstruire saison après saison, Jean-Claude Suaudeau préfère jeter l’éponge et retourner à la formation.

 

Le club a alors recours au Yougoslave Miroslav Blazevic, lequel ne fait illusion que deux ans et demi avant que Suaudeau ne soit rappelé en urgence. Lorsque celui-ci reprend l’équipe en main, le club n’a plus un rond.

 

En fin de saison 1991/92, la DNCG prononce la relégation administrative du club, qui y échappe avec un plan de sauvetage mis en place par Guy Scherrer, patron des Biscuiteries nantaises. Le FC Nantes reste en première division, mais doit se séparer de ses gros salaires (Desailly, Burruchaga, Eydelie, Bonalair…).

 

Au moment de débuter la saison 1992/93, Jean-Claude Suaudeau fait le compte : Loko, Ouédec, Pedros, Karembeu, Ziani, Ferri, Guyot et Capron constituent l’ossature de son équipe, et aucun n’a plus de vingt-trois ans. Les rares cadres sont le gardien et capitaine David Marraud, l’attaquant tchadien Japhet N'Doram, le libéro croate Zoran Vuli? et le défenseur transfuge du Stade rennais, Serge Le Dizet.

 

On ne donne pas cher des chances de maintien de ce FC Nantes, devenu FCNA et doté d’un nouveau maillot à larges bandes verticales jaunes et vertes. Si le premier match (0-0 contre Metz) conforte cette inquiétude, le jeu pratiqué séduit déjà les quelque 8.000 spectateurs du Stade de la Beaujoire.

 

Les Nantais s’imposent ensuite à Lyon (2-0) puis réalisent un match énorme à la réception d’Auxerre, un des cadors du championnat, qu’ils battent 2-1. Les observateurs sont subjugués par le jeu des hommes de Jean-Claude Suaudeau.

 

Moins dominateurs que leurs aînés de 1983, les Nantais de 1993 pratiquent les contre-attaques avec une vitesse et une précision redoutables. Les attaquants Loko et Ouédec croisent leurs appels pour recevoir les ballons distillés par Japhet N’Doram ou la patte gauche de Reynald Pedros.

 


La ballade des gens heureux

Jean-Claude Suaudeau se retrouve dans une situation analogue à celle de 1983 : son équipe est composée de joueurs qu’il a formés et dont il connaît bien les qualités et surtout les limites, notamment techniques.

 

Il axe donc leur jeu sur la récupération en s’appuyant sur des phénomènes tels Christian Karembeu, Jean-Michel Ferri et un tout jeune joueur que le coach a fait venir du centre de formation de Brest: Claude Makelele.

 

L’équipe bénéficie en outre d’une défense solide commandée par l’ombrageux Zoran Vulic, un ancien attaquant toujours habité par le démon de l’attaque, doté d’une frappe surpuissante qui débloque quelques situations. Le groupe prend confiance et certains matches tournent à la démonstration (5-2 contre Le Havre, 4-0 contre Lille…), malgré une première défaite à Monaco.

 

En octobre, les mêmes viennent s’imposer (1-0) à Marseille face à l’armada de Bernard Tapie, en marche vers un titre de champion d’Europe. Un exploit qui permet aux Canaris d'accéder à la première place. Le samedi suivant, c’est Montpellier qui vient enregistrer une rouste mémorable à la Beaujoire: 6-0.

 

De relégable quasi-certain, Nantes est passé en quelques semaines au statut de probable champion. L’équipe fascine et bénéficie d’un fort capital de sympathie, offrant de nouvelles têtes et un peu de fraîcheur dans un espace médiatique saturé par les sempiternelles guéguerres de présidents.

 

Téléfoot parvient à faire de La ballade des gens heureux de Gérard Lenorman un hymne officieux repris dans les tribunes de la Beaujoire. Le FCNA accroche le titre de champion d’automne, mais il paiera par la suite ses efforts physiques et son effectif quantitativement limité au point de finir à la cinquième place.

 

Il s'offre parallèlement un joli parcours en Coupe de France, gâché par une finale complètement ratée (trois expulsions, défaite 3-0 contre le Paris Saint-Germain).

 

 

 

 


Trois buts, tarif maison

La grande crainte de l’entraîneur du FC Nantes est de voir partir ses ouailles sous d’autres cieux, le club étant toujours fragile financièrement. Mais, à son grand soulagement, il ne déplore aucun départ lorsque démarre la saison 1993/94, à l’exception de Zoran Vulic – indésirable et avantageusement remplacé par le Marocain Noureddine Naybet.

 

Les jeunes Nantais découvrent la Coupe d’Europe, mais sortent dès le premier tour face au FC Valence. En championnat, ils conservent le même niveau de performance et terminent à nouveau à la cinquième place.

 

La saison 1994/95 se présente sous les meilleurs auspices. Le FCNA a su préserver son effectif et les joueurs ont acquis pas mal d’expérience collective et individuelle. Certains sont régulièrement appelés en équipe de France (Loko, Pedros, Karembeu, Ouédec…).

 

Le club apprend en outre à réaliser quelques bonnes opérations financières comme cette vente de Noureddine Naybet au Sporting Portugal, un départ compensé par l’arrivée d’un nouveau patron de défense, le Lillois Éric Decroix.

 

L’équipe démarre sa saison tambour battant et accède à la première place du classement après seulement cinq journées, le soir d’une victoire 1-0 contre le Paris Saint-Germain, tenant du titre, grâce à un but de Patrice Loko entré dans la légende. Cette première place, les Nantais, lancés dans une invraisemblable série d’invincibilité, ne la lâcheront plus. 

 

Rarement l’on a vu une équipe dominer à ce point son sujet, tant en championnat où elle lance la mode du "tarif maison" (trois buts) qu’en Coupe de l’UEFA où elle écrase ses premiers adversaires. Les pépins n’ont pourtant pas manqué. La discipline et le contrôle ne sont pas le fort de cette équipe nantaise qui voit souvent rouge et termine quelques matches à dix ou à neuf.

 

On se souvient aussi de la rocambolesque succession de blessures des gardiens de but qui obligea notamment Suaudeau à aligner un gardien de fortune pour son quart de finale européen contre Leverkusen. 

 


Une histoire inachevée

S’il faut retenir un match, c’est la rencontre du Parc des Princes dans les premiers jours de 1995. Le Paris Saint-Germain accueille le FC Nantes avec la même rhétorique que les Stéphanois de 1977 ("Les Nantais veulent la Coupe d’Europe? On va leur montrer ce que c’est").

 

L’intimidation des Parisiens tourne à l’engagement maladroit et le club de la capitale se retrouve à dix après l’exclusion de Daniel Bravo, coupable d’un tacle excessif sur Japhet N’Doram. Il n’en faut pas plus aux visiteurs pour prendre le contrôle et ouvrir le score par Loko.

 

En seconde période, Japhet N’Doram fait état de son inspiration en inscrivant deux buts supplémentaires et en appliquant le tarif maison au club parisien (3-0). Les Nantais volent vers le titre et ne concéderont plus qu’une défaite, un soir de relâchement à Strasbourg.

 

Nantes conquiert le septième titre de son histoire. Loko termine en tête du classement des buteurs, succédant à son coéquipier Ouédec (troisième), Pedros de celui des passeurs. Suaudeau est désigné entraîneur de l’année à N’Doram meilleur étranger. Et si le titre du meilleur joueur (Vincent Guérin) échappe au FC Nantes, c’est parce qu’il n’est pas destiné à un collectif.

 

La perspective de confronter cette équipe quasi parfaite à la Ligue des champions est très excitante. Le club s’est d’ailleurs renforcé avec Jocelyn Gourvennec, Bruno Carotti et, plus tard, le Polonais Roman Kosecki. Malheureusement, la belle unité qui faisait la force de l’équipe va singulièrement se lézarder durant l’été 1995.

 

À la reprise, deux joueurs refusent de se mettre en tenue : Karembeu et Loko veulent obtenir leur "bon de sortie". C’est la première fêlure d’un groupe qui ne sera pas épargné avec l’indisponibilité de Jocelyn Gourvennec (croisés) et les blessures récurrentes de Nicolas Ouédec et Japhet N’Doram.

 

L’équipe ira toutefois jusqu’en demi-finale de l’épreuve reine, alimentant les regrets de n’avoir pas pu la jouer avec son effectif de la saison précédente…

 

 

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