auteur
Jamel Attal

Du même auteur

> article suivant

Adios Niño

> article précédent

La Gazette sur le gazon, numéro 58

> article précédent

La Gazette, numéro 57

FIFA : un congrès historique ?

Réassurances financières, Tribunal arbitral du sport, lutte contre le racisme. Blatter a réussi un bon coup politique lors du Comité exécutif et du Congrès de la FIFA à Buenos Aires. Mais le plus important dans l'immédiat, c'est la programmation de la réforme des transferts —encore floue— pour le 1er septembre prochain…
Partager
Blatter toujours debout
Les crises politiques sont chroniques dans le monde sportif, elles sont parfois aiguës, mais en général, à la fin tout finit bien. C'est ainsi que Sepp Blatter est sorti renforcé d'un Comité exécutif et d'un Congrès de la FIFA dont on imaginait qu'ils marqueraient le déclin de son pouvoir et compromettraient ses chances de réélection l'an prochain. Il eût en fait droit à une standing ovation, à une motion de soutien unanime lui renouvelant la confiance des membres, et aux commentaires élogieux des observateurs. Blatter est un animal politique, il l'a à nouveau démontré.
Le Suisse a notamment transformé en "défi" la faillite d'ISL-ISMM, alors que ses adversaires de l'UEFA auraient aimé en faire le motif d'une profonde déstabilisation. Le défi consiste notamment à combler le manque à gagner causé par le retour en gestion interne du marketing. Dans un discours qui fit appel aux sentiments, Blatter a donné aux membres de la confédération l'assurance que la crise était terminée —malgré les pertes occasionnées (260 millions de francs)— et que l'équilibre budgétaire serait rétabli en 2002.

Le constat du racisme
Mais la meilleure contre-attaque consista à compléter le bilan de cette réunion avec des avancées significatives sur les autres dossiers.
D'abord avec des appels très consensuels contre le racisme dans les stades, désigné en toute généralité dans le style des grandes déclarations d'intention qu'affectionnent les notables du sport mondial. Le racisme, c'est mal. Il faut dénoncer le "silence" autour de la question. On a donc fait du bruit, en rameutant les lieux communs ("le football est le miroir de la société", "le racisme est universel"), en invitant les personnalités à s'exprimer à la tribune (Pelé, Thuram…), et de belles déclarations d'intention ont été proférées. Elles ne suffiront pas, et l'on a vu ainsi que les précautions diplomatiques ont empêché d'aborder de front la question italienne, de loin la plus préoccupante à l'heure actuelle. Pour des actions concrètes —comme la définition d'un arsenal répressif— il faudra attendre que la FIFA s'habitue d'abord à parler du racisme.

Un tribunal arbitral du football
Un autre grand moment, pas loin d'être vraiment historique celui-là, fut l'annonce de la création d'un tribunal arbitral du football, chargé à l'avenir de régler les conflits entre les différents acteurs de la discipline. Il s'agit de construire une institution indépendante et forte, afin d'empêcher les recours devant les juridictions administratives ou civiles. On l'a vu en France cette saison, il faudra effectivement une justice sportive crédible et impartiale pour éviter les catastrophes judiciaires. L'enjeu est d'autant plus essentiel que ce "TAF" serait à terme sollicité pour régler les différends entre clubs et joueurs dans le cadre du nouveau règlement des transferts. Et plus largement, il devra aussi justifier la notion de spécificité du sport qui lui vaut d'exister.

Quelle réforme des transferts au 1er septembre ?
Le nouveau règlement, justement, dont on a cru un instant qu'il deviendrait une Arlésienne. La FIFA a choisi decommuniquer très prudemment sur le sujet, affirmant qu'il avait été adopté mais sans en rendre publique la teneur exacte. Seules quelques précisions ont été apportées, qui reprennent des points déjà acquis en mars dernier, lors de la conclusion de l'accord avec Bruxelles :

- interdiction des transferts pour les jeunes de moins de 18 ans (sauf accompagnement par la famille dans le pays d'accueil).
- indemnité de formation pour les clubs pour tout transfert de joueur entre 12 et 23 ans.
- le joueur est libre à 23 ans s'il est en fin de contrat avec son club formateur.
- contrats pro de 1 à 5 ans.
- une période de transfert par saison.
- un seul transfert par joueur et par an.
- au-delà d'une année, les contrats seront étendus à une durée incompressible de 3 ans pour les joueurs de moins de 28 ans, de 2 ans pour les joueurs de plus de 28 ans.
- les ruptures unilatérales de contrat seront sanctionnées, sauf motif sportif recevable.

Mais par ailleurs, d'autres points restent dans le flou, comme la nature des sanctions en cas de rupture unilatérale. Il avait été question d'amendes et de suspensions pour les joueurs, et les représentants de ceux-ci avaient crié au scandale.
De même, qu'en est-il du calcul de l'indemnité de transfert en cas de rupture bilatérale du contrat, qui devait s'effectuer selon un barème tenant compte des années de contrat restantes?

Le règlement devrait être finalisé et officialisé d'ici un mois, et Michael Zen-Ruffinen a affirmé qu'il prendrait effet au 1er septembre prochain. Provoqué par l'intervention de la Commission européenne et donc conçu pour être "euro-compatible", le nouveau règlement sera étendu au monde entier, et sera donc l'occasion d'une réelle harmonisation à l'échelle mondiale, celle du football actuel.
Les joueurs ayant d'ici là le choix entre les deux systèmes, il leur a été recommandé d'attendre le détail du nouveau dispositif. Ces précisions auront-elles un effet sur le marché estival des transferts? Rappelons enfin que les syndicats de joueurs professionnels ont d'ores et déjà saisi un tribunal administratif belge et fourbissent d'autres armes juridiques pour s'opposer à son application.
Ces obstacles surmontés, on pourra examiner l'efficacité de cet encadrement plus strict des mouvements de joueurs en regard de ses principaux objectifs : mettre fin à une inflation irrationnelle, stabiliser les contrats et leur redonner un sens, protéger la formation et les jeunes joueurs… Cette évolution serait décisive si elle parvenait à mettre un terme à une fuite en avant qui aggrave les inégalités économiques et fait basculer dans l'irrationnel la "traite des joueurs".
Le système sera réévalué dans deux ans, mais la transition sera longue puisque les contrats conclu avant sa mise en application obéiront aux anciennes règles… Les clubs devraient avoir le temps de s'y adapter.

Notre dossier réforme des transferts :

Transferts: la révolution était annoncée 05/09/00.
Abolition des transferts: quelles conséquences? 05/09/00.
Transferts: le football divisé face à la Commission européenne 31/10/00.
La copie de la FIFA 31/10/00.
Transferts (1) : le bout du tunnel? 13/12/00.
Transferts (2) : la réforme se précise 13/12/00.
Réforme des transferts : discorde UEFA/FIFA18/01/01.
Réforme des transferts (1) : l'accord cadre 12/03/01
Réforme des transferts (2) : les conséquences 12/03/01

Partager

La réforme des transferts


Julie Grémillon
2003-10-20

Transferts : une réforme inachevée

L'arrivée incertaine de Fabien Barthez à Marseille est l'occasion de reparler d'une réforme des transferts dont les contours restent flous, deux ans après son adoption…


Julie Grémillon
2001-10-08

Transferts : une réforme impuissante ?

Attendue comme un bouleversement, la réforme des transferts protégera peut-être la formation et rétablira un peu de stabilité, mais elle restera impuissante contre l'inflation et le creusement délibéré des inégalités économiques entre les clubs.


J.G.
2001-10-08

Les principales dispositions de la réforme des transferts

Entrée en vigueur depuis un mois, la réforme du système contractuel des joueurs pros suscite encore la perplexité. L'essentiel du nouveau système, commenté par notre chef de dossier.


>> tous les épisodes du thème "La réforme des transferts"

Sur le fil

Une frappe à bout portant, une joueuse qui enlève son bras, mais un penalty qui décide d'une qualification. Encore… https://t.co/q38UcK5tyx

RT @jeromelatta: "Les réseaux sociaux ont ouvert une sorte d'espace de rencontres libertines entre marques et journalistes, où l'on transgr…

RT @R_Direktor: VAR : Requiem pour mon foot. https://t.co/22m28sZXQK

Les Cahiers sur Twitter

Les brèves

Alliance Arena

"Quand un arbitre assistant demande sa collègue en mariage." (lequipe.fr)

Prendre les shots les uns après les autres

"Hugo Lloris, le mister penalties de Tottenham." (lequipe.fr)

Milieu de tableau

"Rembrandt s'invite sur le ballon du Championnat des Pays-Bas." (lequipe.fr)

Trafic de coquines

“Football : la Colombie rattrapée par le mouvement ‘Me too’.” (ouest-france.fr)

Veuvage

"Pepe cherche à trouver la solution en solitaire." (lequipe.fr)