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Ben Wilson

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La malédiction du nouveau stade

Football et jeux vidéo : des mondes parallèles qui se rejoignent ?

When Saturday Comes – Le réalisme des simulations de football les rapproche toujours plus du "vrai" football: elles établissent de vraies passerelles entre les deux mondes, pour les joueurs-footballeurs, mais présentent aussi des effets moins désirables. 

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Extrait du numéro 346 de When Saturday Comes. Titre original : "Parallel Worlds", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

L'an passé, lorsque Barcelone fut désigné comme adversaire de Manchester City en Ligue des champions, le meilleur joueur de la planète se remémora les chocs précédents contre l'un des ses coéquipiers en équipe d'Argentine. Rien de très ordinaire, si ce n'est que ces rencontres s'étaient déroulées sur les terrains virtuels: "Ce sera génial de jouer contre mon ami Kun [Agüero]", écrivit Messi sur Facebook. "Sur FIFA, je l'ai toujours battu, donc on verra ce qui se passera sur la pelouse."

 

Auparavant, s’il arrivait que certains joueurs fassent le mur lors de déplacements afin de dénicher de l'alcool, ils sont désormais de plus en plus susceptibles de ne parcourir furtivement les couloirs d'un hôtel que pour un duel prohibé sur PS4. En septembre, dans tous les clubs, c'est la ruée parmi les joueurs pour être le premier à obtenir une copie gratuite du jeu FIFA. Si l'on croit Andrea Pirlo dans son autobiographie: "Après la roue, la Playstation est la plus grande invention de tous les temps."

 

 

 

 

Terrain d'essai

Ce changement de mentalité (impossible d'imaginer Maradona chanter les louanges de Super Kick Off) permet non seulement aux joueurs pros actuels d'éviter les sorties hasardeuses, mais il forge également les stars de demain: "Les progrès des jeux permettent aux jeunes joueurs d'avoir une relation plus réaliste au sport lui-même, estime David Matthews, entraîneur au centre de formation du Wimbledon AFC. J'ai souvent entendu des joueurs du centre dire 'Je l'ai déjà fait sur FIFA' après avoir réussi un gri-gri. Ils se disent que si un geste ou une tactique fonctionne contre les meilleurs joueurs du monde sur FIFA, il peut aussi réussir contre un vrai gamin de onze ans."

 

Si cet entraîneur pense que la convergence de ces deux univers est bénéfique pour les joueurs, il semble qu'elle ait eu des effets plus discutables sur les autres utilisateurs. Le nombre grandissant de chaînes Youtube et Twitch (communauté de joueurs en ligne) consacrées aux jeux vidéos de football – des chaînes où pullulent des méthodes de manipulation des systèmes codés ou d'acquisition de monnaie virtuelle – montre à toute une génération que le succès peut s'acheter et être instantané. La chaîne Youtube officielle de la FIFA (l'institution) compte 1,2 million d'abonnés. Celle d'Olajide KSI Olatunji, l'expert controversé de FIFA (le jeu), en compte neuf fois plus. Une minorité bruyante pensera toujours pouvoir faire mieux que le gars sur le banc des entraîneurs, et les jeux vidéo seront sa caution.

 

 

Espace de compensation

Les arrivées estivales sont ainsi rapidement jugées comme des réussites ou des ratages selon les performances virtuelles de leurs avatars, et Sky Sports a suivi la même pente: le contrat d'Anthony Martial avec Manchester United était à peine signé que la chaîne dégainait une infographie comparant ses caractéristiques sur Football Manager avec celles de Wayne Rooney. Jamais les boulettes des gardiens n'ont été autant examinées au microscope. À l'instar des jeux vidéo où les gardiens fautifs sont considérés comme "cassés" s'ils concèdent un but, les médias sociaux nous diront que Tim Krul, Brad Guzan, Costel Pantilimon et autres sont discrédités chaque fois qu'ils sont battus.

 

Il serait tentant de conclure que le vrai football est plus décevant que sa version électronique, mais Ed Wilson, critique de jeux vidéo, n'en est pas convaincu. En fait, le virtuel peut parfois constituer un remontant idéal après une déception sur le plan réel: "Si je suis bon sur Football Manager et qu'Arsenal perd dans la réalité, mes succès virtuels m'aident à encaisser". Le type même d'exutoire recherché par l'équipe des concepteurs de FIFA, comme le confirme Nick Channon, producteur: "L'un des avantages est cette capacité de rejouer immédiatement. Dans la vraie vie, si votre équipe perd, il faut faire avec pendant toute la semaine, tandis qu'avec FIFA, on peut se remettre tout de suite dans le bain et essayer de racheter le résultat."

 

 

Porte d'entrée

Pour l'instant, la majorité des clubs n'est pas affectée par quelque effet pervers que ce soit, ce qui n'est pas étonnant: en 2014, ESPN a commandité neuf enquêtes différentes relatives à l'influence du jeu FIFA sur le football, et pas moins de 34% des personnes interrogées ont indiqué que le jeu conçu par Electronic Arts avait constitué une porte d'entrée vers leur sport. En juillet dernier, le Real Madrid a pour sa part conclu un contrat de trois ans avec l’éditeur, faisant de FIFA le jeu vidéo officiel du club. La création, dans l’enceinte du stade Bernabéu, d’une zone réservée aux fans pour que ceux-ci s’adonnent à leur passion a joué un rôle clé dans cette signature. Si d’autres stades modernes comptent des espaces similaires, le contrat passé avec Manchester City en offre la plus fastueuse: une suite affaires sur-mesure de dix places avec sièges de jeu, consoles et écran de 42 pouces.

 

Le fan qui reste à la maison fait également l’objet de toutes les attentions. Il peut télécharger gratuitement un patch spécial de FIFA 16 pour chacun des clubs de Premier League ou de Championship directement auprès d’Electronic Arts. De plus, au cours des deux dernières saisons, tous les stades de renom ont été minutieusement recréés dans le jeu et les footballeurs redessinés grâce aux techniques photo-réalistes les plus avancées, sans frais supplémentaires pour le consommateur. Même les espoirs peu connus tels que Ryan Ledson d’Everton sont ressemblants, de la coiffure aux choix des crampons. Inutile d’aller dire à quelqu’un comme lui que la collision de ces deux univers est une mauvaise chose.

 

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