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Jamel Attal

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Football, information et Internet: pour faire quoi?

Parmi les secteurs que met en ébullition la "Net économie", celui des médias sportifs n'est pas le moins agité. La lutte est rude pour se positionner sur un marché qui est encore largement virtuel, mais stratégiquement incontournable. Avec quels projets éditoriaux? Pour l'information sportive, la révolution passera plus tard…
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A ce stade de développement, les effets de la nouvelle concurrence du Net restent marginaux, les supports classiques conservant encore pour quelque temps leur avance. Pour preuve, si la plupart d'entre eux ont désormais bien compris leur intérêt à être présents sur le web, ils n'ont pas encore eu à remettre en cause leur fonctionnement habituel. Le jour (pas très éloigné) où les "formules" et les lignes éditoriales seront contraintes à s'adapter et à se remettre fondamentalement en cause, par exemple en couplant les éditions papier et électronique, on pourra parler d'un nouvel équilibre entre médias.
Les atouts de l'information en ligne sont à chercher d'abord du côté de l'utilisateur plus que des producteurs d'information, ils concernent essentiellement la possibilité d'organiser soi-même la recherche d'info et la consultation des ressources. L'offre étendue et les services électroniques (listes de diffusion, bases de données, services personnalisés) permettent une plus grande autonomie, très appréciable. Un site comme Yahoo! Football résume assez bien les bénéfices de ce nouveau rapport avec l'information. Les vertus de la simplicité font le succès de ce carrefour incontournable: liens principaux, sélection chronologique des dépêches d'agence et de sites, mise à jour permanente, personnalisation… L'initiative est laissée au lecteur de consulter les nouvelles qui l'intéressent, d'activer tel ou tel lien; il accède ainsi à une partie des sources des médias classiques et supprime un intermédiaire entre l'information et lui.
On reconnaît là les possibilités techniques et interactives du média Internet, mais la question est de savoir quel usage va en être fait par les principaux opérateurs, lesquelles de ses qualités ils vont exploiter ou bien au contraire ignorer..

Contenus: on restera au 20ème siècle
Parmi quelques importantes évolutions prévisibles, le monopole de L'Equipe sur la presse quotidienne spécialisée devrait être relativisé par la montée en importance de l'information électronique. Cette inquiétante exclusivité (comme si le journalisme sportif pouvait se dispenser de pluralité) a quelques chances d'être battue en brèche, dans la mesure où l'offre en ligne sera soumise à une concurrence bien plus intense. D'où l'urgence pour le groupe Amaury de placer son fleuron sur le web, en espérant bénéficier de son extraordinaire notoriété pour y retrouver sa position dominante…
Mais les sites de sport actuels (football365, Sportal, France.sports) et à fortiori les télévisions (Canal+, TF1) se positionnent aussi clairement sur le créneau central de l'information généraliste, là où se trouve la demande la plus forte, et confirment l'idée d'un paysage dominé par une information "quantitative", peu différenciée et qui répond aux demandes immédiates: résultats, classements, commentaires et interviewes, avec un suivi de l'actualité principale. Pas de vocation magazine, pas de velléités d'enquête et rien au-delà des polémiques d'usage. Malgré leur désir de se distinguer, ils auront du mal à affirmer un ton original ou à explorer des voies nouvelles, tendus avant tout vers l'objectif de capter très vite le maximum de fréquentation. En bonne logique "nouvelle économique", les investissements se font à perte, et ce pour un certain temps; la seule voie de rentabilisation étant le recours à la publicité, cette course à l'audience aura les mêmes effets qu'ailleurs.
Car malheureusement, la concurrence entre supports généralistes ne conduira à aucune réelle diversité, et les prétendants actuels confirment déjà ce pronostic. Dans le dossier de France Football (04/04/00), leurs responsables affichent clairement cette volonté: "L'info est le meilleur produit d'appel du Net. C'est l'info qui génère de l'audience, et c'est l'audience qui, via la publicité et le e-commerce, nous rapportera de l'argent", résume un des dirigeants de Sports.com. Dans le contexte de compétition acharnée entre les sites, il ne faudra donc pas s'attendre à des sommets d'originalité.

Information industrielle
Remarquablement, les opérateurs impliqués expriment rarement leurs prétentions en matière éditoriale. Leurs investissements sont fondés sur la conviction que les consommateurs de football vont massivement se tourner vers cette information industrialisée. L'"information" est représentée comme une matière première, une ressource naturelle inépuisable qui ne nécessite aucune réflexion sur son exploitation. C'est une logique de débit qui prévaut, avec ses réservoirs, ses tuyaux et ses robinets. Pas très surprenant de la part de certaines entreprises de distribution de l'eau reconverties dans les médias.
Dommage pour les opportunités qu'offrait pourtant le réseau mondial pour trouver des alternatives à une information uniformisée, centralisée et surexploitée commercialement. Pour ce qui est de l'interactivité, on déchante déjà: de nombreux sites n'offrent même plus d'adresse e-mail, sans parler de forum. Ils redeviennent des objets aussi passifs qu'un journal. Et lorsque les images passeront dans le tuyau, on finira par se retrouver… devant sa télévision. Le but est bien de transférer le modèle de la télévision de masse à Internet et de ramener l'internaute au rang de spectateur-consommateur.
Dans cet exemple comme dans d'autres, la "révolution" Internet aura une portée assez limitée si elle ne consiste qu'en un simple transfert de l'offre actuelle vers un nouveau média. Tous les acteurs économiques ont cependant intérêt à cette limitation. La période actuelle est celle d'une redistribution des cartes, dans une partie de poker réservée au même cercle de joueurs: Vivendi-Canal+, Darmon, Lyonnaise-Pathé, CLT-UFA-Bertelmann-M6, Bouygues-TF1, auxquels vont se se joindre quelques groupes internationaux comme Sportal ou 365corp pour se disputer le gâteau des audiences.

Selon cette conception, le football restera effectivement une marchandise sans aucune chance de devenir un objet critique. Le journalisme sportif généraliste sera toujours prisonnier du "syndrome du vendeur" qui interdit un discours trop réflexif et décourage le goût de l'investigation. Les ambitions journalistiques semblent devoir toujours varier en raison inverse des ambitions économiques.
Le plus dommage est bien cette occasion vraisemblablement ratée de sortir l'information sportive dominante de son désert critique, de ses complaisances, de son ronronnement, de lui injecter des polémiques moins vaines, de créer de vrais espaces de débat, de faire entendre des points de vue dissonants ou dissidents.
Il est vrai que les jeux ne sont pas faits: il reste de la place dans les marges, et sur Internet, elles sont plus larges…

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