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Pierre Martini

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France-Allemagne, 2002 moins 1

Petite chronique critique d'une affiche de prestige qui n'a pas accouché d'un grand match, mais confirmé quelques certitudes sur le chemin de la prochaine Coupe du monde...
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Commençons par le pire, à savoir l'affiche officielle du match, elle-même sous-produit de la ridicule campagne publicitaire qui accompagne la double saison de matches amicaux des champions du monde en titre. Imagerie guerrière et clichés médiévaux pour représenter les nations voisines, où la stupidité vaguement xénophobe le dispute à une arrogance de première ampleur. En fait, ce type de campagne est conçue avec le postulat que le public du foot est composé d'abrutis, et selon l'idée que se font quelques publicitaires de l'abrutissement footballistique, cela donne des spots à nous faire rougir de honte devant toute l'Europe.
On en aurait pu en rester là, mais il a fallu que Roger Lemerre, notre brave Roger qu'on aime bien d'habitude, commente la victoire en évoquant on ne sait quel "devoir de mémoire" qu'il faudrait avoir quand on rencontre l'Allemagne... On reste perplexe, un match étant de football étant plutôt le moment de dépasser les haines soi disant ancestrales, surtout pas d'établir des liens douteux entre l'histoire et le sport. Que Kahn soit sifflé au nom de Schumacher (?), passe encore, mais on n'est pas obligé de remonter à la deuxième guerre mondiale. L'adjudant un peu obtus et germanophobe qui sommeille en Lemerre est-il en train de refaire surface?

Autre bémol, l'équipe de France ayant pris un abonnement pour le Stade de France (à moins que ce ne soit l'inverse), il nous faut encore subir ce public un peu, comment dire, "spécial", du SdF, qui vient comme au cirque faire la hola à la 17e minute et s'endort dangereusement en plein match, malgré ou à cause du froid. On a pourtant construit ou reconstruit d'autres beaux stades à l'occasion de la Coupe du monde, la sélection pourrait les visiter de temps en temps pour échapper aux touristes de la capitale.

Malgré sa victoire de Wembley, la Nationalmannschaft est encore convalescente, et elle n'est pas parue à Saint-Denis pour signer une résurrection éclatante. Empruntée à l'arrière (les absences de Nowotny et Heinrich ont certainement compté), encombrée au milieu et pratiquement impuissante devant, elle a joué sur un registre minimal, consistant avant tout à multiplier les fautes. Il aurait fallu jouer à 50 cm du sol pour éviter les innombrables tacles, et torse nu pour échapper aux tirages de maillot. Zidane reçoit son traditionnel tampon dès la 5e minute, de la part de Hamann qu'on a vu déjà vu mieux inspiré à Liverpool. Wörns regarde débouler les TGV de l'attaque française et s'accroche comme un désespéré aux tuniques d'Anelka puis d'Henry, mais il laissera s'échapper notre 10, après un maître contrôle et avant une frappe du gauche sans rémission pour Kahn.
Ensuite, les tricolores laissent venir, mais ne voient rien venir, les Blancs ayant l'air de préserver cette mince défaite, désignant leur gardien comme meneur de jeu. Manque d'imagination, faiblesse technique, ce n'est pas devant une telle équipe qu'il faut s'étalonner, et la défense française pourra même se permettre quelques petits flottements. Les phases offensives avortent un peu trop souvent, pour quelques approximations. Wiltord n'a pas été récompensé de son activité initiale, Anelka est bien en panne de confiance, ne parvenant pas à faire la différence sur ses occasions nettes. Enfin Henry, acclamé comme une star, est resté hors du coup et du rythme après son entrée en jeu, ratant bon nombre de gestes habituellement à sa portée.

En comparaison du match d'Istanbul, le principal regret vient de l'absence de Micoud, irrégulièrement titulaire avec Parme, mais dont la complémentarité avec Zidane était apparue éclatante il y a trois mois, amenant au milieu de terrain une fluidité et une maîtrise technique rarement vue. Si Vieira est resté dans sa bonne moyenne, sans flamber, il nous a semblé que Petit n'a pas eu le rayonnement que lui prête aujourd'hui la presse, ce qui paraît un peu normal étant donné son manque de compétition (après Blanc, Dugarry et Dehu, le Barça semble voué à mépriser les internationaux français). Avec deux milieux défensifs, la base arrière est cependant restée totalement sereine, Lebœuf ayant choisi de rester discret pour une fois, et Desailly tel qu'en lui-même (il ira jusqu'à s'offrir un duel, perdu, avec Kahn).
Le Duga a fait son match, ramassant les coups, faisant valoir sa technique et parvenant à placer sa tête sur un corner ajusté de son compère Zinédane Zidine. Leur complicité avec Candela a contribué à animer le flanc gauche, avant que Lizarazu ne prenne un relais tout aussi naturel. Sur l'autre aile, Wiltord s'est démené pour montrer à son entraîneur qu'il mérite en club un autre statut que celui de substitut, et Sagnol a dignement assumé sa titularisation, marquée par un travail et un centre qui amenèrent le but du match.

Bref une bonne prestation, infiniment plus intense que certains matches amicaux de sinistre mémoire, et dont l'engagement et l'enjeu ont garanti le sérieux de la préparation du Mondial 2002. Pas tout à fait de quoi afficher la suffisance assez étonnante qui transparaît dans les titres et les commentaires de L'Equipe d'aujourd'hui ("C'est qui le patron?", "très pauvre équipe allemande", "pitoyable" "pathétique"). Après tout, le dernier quart d'heure allemand, plus tranchant, aurait bien pu amener une égalisation imméritée, mais tout à fait possible (il aurait suffi que la belle reprise de volée de Scholl —seul éclat de son équipe— trouve une trajectoire gagnante). Peu de temps après l'Euro, nous avions titré Les Bleus au risque de l'arrogance (22 août 2000), parce qu'il nous semblait que seul un excès de prétention pourrait désormais mettre en danger une sélection triomphante, mais menacée par sa starisation et la multiplication des sollicitations. Nous ne sommes pas inquiets, mais restons quand même vigilants.

PS : Adidas remercie TF1 pour son gros plan et ses commentaires appuyés sur les chaussures de Zidane.

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