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France-Ukraine : les gars / la nalyse

Au contraire du match aller, celui-ci a été à la fois la victoire des joueurs et celle de leur organisation. Avec Sakho une tête au-dessus de ses coéquipiers.

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Les gars

Lloris est un centriste : toujours le juste milieu, au point qu’on l’oublie. Rassure-toi, Hugo, tu prouveras ton utilité plus tard. En attendant, on n’a rien à dire sur toi, alors continue comme ça.
 

On pourrait, en pinaillant, reprocher à Varane la facilité avec laquelle il s’efforce de caresser le cuir. Mais à trop pinailler, on perdrait l’essentiel: le Français fait preuve d’une maturité indicible, solide dans ses contacts et précis dans sa couverture mais aussi couillu dans ses offensives. Avoir vingt ans dans les Auriverdes: le match parfait d’un défenseur... si seulement son compère de l’axe n’était pas venu lui gâcher la vedette.
 

On ne tarira pas assez d’éloge de l’homme au doublé (22e et 72e). Mais c’est surtout dans son apport défensif que Sakho a irradié. Envoyé au front par Deschamps, bien couvert par Varane et Evra, le néo-Liverpuldien a tout coupé. Au statut de nouveau Thuram, usurpé et/ou obsolète, on lui préférera celui de Mamad’, tout simplement, ce défenseur qu’on a toujours aimé aimer et dont même les plus marseillais des supporters regrettent encore l’absence au PSG.

 



 

Fidèle à la tradition des latéraux droits moyens sur le papier mais qui montent d'un palier avec l’équipe de France (Jallet pourrait en écrire un bouquin), Debuchy a fait un match plein d’allant. Difficile de lui reprocher grand-chose, si ce n’est quelques espaces laissés vacants lors de ses (bonnes) chevauchées vers l’avant. Il aura tout de même sauvé l’équipe sur sa ligne, ce qui n’est pas négligeable vu la situation des Bleus. En résumé: rien à jeter, mais peut encore monter d’un palier. Remplacé par Sagna en fin de match, pour lui éviter de prendre un deuxième carton jaune.
 

S’il fallait un seul match pour modérer les critiques… Évra a tout fait: calmer la fougue des jeunes dans leurs festivités, accompagner Ribéry dans ses velléités et défendre correctement le peu de tentatives proposées par l’autre côté. Ses groupies se régaleront de ses gris-gris, malheureusement non profitables à Ribéry… Au fait, Yarmolenko a-t-il joué?
 

Il serait injuste de dissocier Pogba de Cabaye de Matuidi, et vice et versa. Ces trois caballeros ont établi un nouveau standard dans les milieux à trois. Certes, Cabaye et Pogba se sont montrés les plus visibles face à la caméra, tant dans l’implication offensive (la liste de leurs frappes seraient longue) que dans l’animosité défensive (peut-être autant que celle de leurs tacles décisifs). Matuidi a quant à lui épongé les espaces: de gauche à droite, de haut en bas, dans un rôle de membrane poreuse qu’il maîtrise avec une perfection sans cesse améliorée. En théologie, on appelle ça le Mystère de l’Incarnation. Trois ne font qu’un, et personne ne saurait expliquer pourquoi. Mais devant un tel match, qui s’en soucie vraiment?
 

C’est peut-être le paradoxe du match: Ribéry, consacré sauveur avant l’abordage, n’aura pas véritablement pesé sur le match. Du moins, pas directement. Sa frappe sur Pyatov a permis à Sakho de marquer le premier but (22e). C’est peut-être tout ce qu’on lui demandait: ne pas endosser les responsabilités de toute une équipe mais au moins lui transmettre l’envie d’avoir envie. Et comme il provoque un carton rouge précoce sur une accélération (47e) et a bien occupé la défense, on ne saura trop lui reprocher d’avoir parfois gâché...
 

Que dire de Valbuena, sinon qu’il a fait ce qu’on attendait de lui? Des centres précis, mais pas trop quand même, quelques belles montées mais faut pas pousser, un pressing rondement mené mais sans vraiment trop suer. Les journalistes appellent ça un match propre. En d’autres termes, un match à la hauteur de capacités qui le rendent indispensable à l'animation, et qui lui ont fait jouer un rôle majeur dans cette qualification.
 

Non, Benzema n’a pas été si bon, et c’est le président de son Fan Club Officiel qui écrit ça. Un match plein avec un but salvateur à la clé (34e), certes, mais sans effusions pour autant. De nombreuses passes ratées lorsqu’il s’est retrouvé dans ce fameux rôle de neuf et demi dans lequel il excelle à Madrid, souvent par excès de complication. Peut-être le seul joueur, avec Ribéry, à avoir été en-deçà de ce qu’on aurait pu attendre de lui – en dehors du bilan comptable. Alors forcément, si on ajoute le bilan comptable, l’addition est plutôt positive. Et Giroud a été bon en neuf et demi, comme à son habitude.
 

 

 

 

 

La nalyse : Cuisson à l’étouffée

À deux joueurs près, Koscielny et Jallet, remplacés par Sakho et Debuchy, cette équipe de France était la même que celle qui avait perdu contre l’Espagne à Saint-Denis il y a quelques mois. Pourtant, preuve que c’est aussi l’animation et l’opposition proposée qui définit la physionomie d’une partie, ce match fut totalement différent.
 

La bataille imaginaire
Dans notre liste de recommandations, un point central concernait le fait que l’Ukraine engage, ou non, la bataille au milieu de terrain. Une différence qui conditionne le rôle des joueurs et qui a fait une énorme différence hier soir. Par crainte peut-être, ou par confiance absolue en leur défense, les Ukrainiens ont choisi de défendre bas et de laisser le ballon à l’équipe de France, laquelle avait de toute manière entamé la rencontre avec une envie folle de mordre le ballon.
 

La conséquence directe fut de permettre au bloc d’évoluer très haut et à Pogba de ne pas se consumer à la récupération. Positionné bas, Cabaye a parfaitement assuré son rôle de régulateur, ce Pirlo français qui manquait tant pour que le jeu soit fluide. Contrairement au match aller, où personne n’osait monter par peur de dégarnir le milieu, l’impression de force dégagée par l’ancien Lillois a mis en confiance ses partenaires, qui ont pu se lâcher et n’évoluer que vers l'avant.
 

La récupération pour éviter la transition
L’équipe de France n’avait pas de temps à perdre. Si les occasions se multiplièrent assez rapidement, l’obligation de marquer trois buts emmenait les Bleus dans une course contre la montre. Une course dont les deux premiers tours furent effectués rapidement, les deux premiers buts inscrits après à peine une demi-heure. Il restait alors une heure aux Français, onze Ukrainiens à bloquer, à défaire.
 

La vitesse de la récupération constituait ainsi un point majeur de la réussite tricolore. Se replier, concéder du terrain avant de récupérer le ballon aurait coûté de deux façons: en énergie et en temps. Après quinze minutes de domination, les Bleus subirent pendant cinq inquiétantes minutes, heureusement isolées au final.
 

Le but de Sakho fut un soulagement puisqu’il intervint au sortir de cette difficile, bien que courte, période. Il rendit aux Bleus le contrôle psychologique du jeu, et provoqua un nouveau recul du bloc ukrainien. Lors des rares opportunités adverses, le filet triangulaire Sakho-Varane-Cabaye attrapa bien des attaquants. La supériorité athlétique des défenseurs centraux, couplée à l’intelligence et à l’excellent placement du milieu de Newcastle, créa un mur sur lequel buta le dispositif de Fomenko. Confiants défensivement, rassurés par leur solidité, les Bleus en profitèrent, attaquant l’obstacle ukrainien en nombre. La présence d’Évra, dont la frappe à l’entrée de la surface fut à l’origine du troisième but, illustre cette liberté offensive permise par une mainmise presque tyrannique de ce trio à la base du 4-3-3 bleu, en possession du ballon.
 

Désordre organisé
Avec Valbuena sur le côté en lieu et place de Loïc Rémy, la France a perdu en prise de profondeur ce qu’elle a gagné en conservation de balle. Face à une défense positionnée très bas, ce choix était évidemment légitime et a aidé à conserver la possession. Contrairement à son prédécesseur, Mathieu Valbuena n’a pas hésité à se balader un peu partout, laissant parfois Debuchy seul dans son couloir pour aider à créer le surnombre dans le camp adverse. Un déséquilibre jamais pénalisant tant Konoplyanka est passé à côté de son sujet.
 

Dans le même ordre d’idée, le dézonage latéral de Benzema s’est révélé très précieux puisqu’il n’a jamais offert de point de référence à la charnière centrale ukrainienne, tout en soutenant Ribéry. Même si le Munichois a beaucoup raté, le simple fait qu’il ait autant pu tenter sa chance montre bien la réussite de l’entreprise, lui qui était pris dans la tenaille vendredi. Représentant un danger non négligeable, “joueur de dissuasion”, il concentra les esprits ukrainiens. Les Bleus bénéficièrent de l’ailier-appât, comme Deschamps l’avait annoncé en conférence de presse.
 


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