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1966, Moore en son jardin

Une victoire matématique

L'équipe de France a maîtrisé son sujet et l'Uruguay, s'ouvrant grand les portes de la demi-finale. On commence à croire qu'elle a vraiment quelque chose. L'édito • La nalyse • Les observations • Les gars • Vu du forum.

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Il y a deux manières d'aborder une victoire de ce genre: soit on l'explique par son scénario et ses circonstances (un coup franc bien exécuté, une faute de main), soit on considère que ce déroulement a traduit une inéluctable supériorité. On peut laisser là cette recherche en causalité et saluer simplement l'impression de maîtrise donnée par l'équipe de France, qui s'est affirmée contre deux adversaires aussi différents que l'Argentine et l'Uruguay. Pour cette dernière, il n'y a presque rien eu à faire.

 

Car s'il fallut attendre la fin de la première période pour assister à l'ouverture du score, on a senti que ces Bleus-là ne craignaient qu'un coup du sort. Et la symétrie du but de Varane avec celui de Hummels il y a quatre ans, qui avaient dominé le même Varane, n'en a été que plus frappante. En fin de rencontre, les larmes de Jimenez ont traduit le sentiment d'impuissance d'Uruguayens pris à leur propre jeu. C'est bien ce sentiment qui domine: celui d'une force collective qui est passée, pour chaque joueur, par un match de soutier. Il faut bien ça dans cette Coupe du monde.

 

Les Bleus auraient pu s'épuiser à ce travail de sape, mais non seulement il tenait la Celeste à distance, mais il a fini par payer sur un des nombreux coups de pied arrêtés. Même si les Sud-Américains se montrés dangereux dans le même exercice, toute la défense a tenu. Avec l'avantage du score, il fallait montrer de la maîtrise, et les Tricolores ont même remporté l'échauffourée de la seconde période. Ils peuvent se sentir forts.

 

 

 

 


Les observations en vrac

Aucune émotion avec Deschamps, on se qualifie en demi sans vibrer.

 

L'arbitrage vidéo c'est super quand il n'y a pas d'arbitrage vidéo. Et c'est inutile quand il y a de bons arbitres.

 

En revanche, laisser jouer, c'est bien, laisser les joueurs se faire cisailler ou tamponner à loisir, ça finit par être problématique.

 

Les deux meilleurs pays du monde en demi-finale, c’est merveilleux.

 

 

 

 

 

La nalyse : en attendant que l'heure vienne

(Christophe Kuchly) Et si c'était ça, la culture de la gagne? Pas tant un état d'esprit, qui peut aider mais n'aidera jamais Laxalt à défendre mieux que Mbappé n'attaque, qu' un savoir-faire. Une capacité à s'adapter aux circonstances d'une rencontre, donc à utiliser différemment les qualités d'un groupe en fonction des adversaires. D'un onze pourrait-on même dire, Didier Deschamps n'ayant changé qu'un joueur entre la victoire face à l'Argentine et celle contre l'Uruguay. En tout cas, après la démonstration offensive infligée à une Albiceleste incapable de défendre, la Celeste a reçu la leçon de maîtrise qu'elle a l'habitude de donner.

 

But sur coup de pied arrêté, gestion du tempo puis break sur une frappe lointaine a priori anodine: en résumant les choses comme ça, difficile, pour qui n'aurait pas suivi, d'identifier le vainqueur. Les statistiques offensives renvoient d'ailleurs l'image d'un match fermé et dépourvu d'actions sur de très longues séquences, un scénario qui avantage normalement ces Sud-Américains combatifs mais dont la créativité ne se manifeste que par éclairs.

 

 

 

 

Rare rayon de soleil dans le domaine depuis le début du tournoi, Cavani n'était pas là, et ce n'est pas Stuani qui allait donner le change balle au pied. Pour l'Uruguay, il n'existait donc que très peu de solutions pour espérer marquer: coup de pied arrêté, jeu long, récupération haute ou éclair de Bentancur. Le ballon n'arrivant quasiment jamais dans les trente mètres français, et les Tricolores dominant largement dans le duel aérien, il ne restait finalement pas grand-chose hormis espérer être fauché. Mais, pour se qualifier, encore fallait-il que la France parvienne à battre une défense compacte.

 

Avec 61% de possession, elle s'est donné les cartouches, bloquant dans sa moitié de terrain un adversaire pas menaçant au pressing. D'autant que l'activité et l'impact physique du duo Kanté-Pogba, renforcé par un Griezmann plus uruguayen que jamais, tuaient dans l'œuf les possibilités de transition (seulement 64% de passes réussies contre 80% côté français). Dans un rôle hybride au sein d'un 4-2-3-1 asymétrique, tantôt à la hauteur de Griezmann et tantôt aux côtés de Kanté, Tolisso faisait également sa part du travail, sans en perdre son intelligence de jeu.

 

Car, avec la solidité d'une équipe qui a fini la partie par de longues phases de possession défensive, montrant au passage à l'Espagne qu'il y a des moments où le conservatisme est plus approprié que d'autres, c'est la vraie thématique de ce quart de finale: l'intelligence. collective, évidemment. Mais aussi de Tolisso, placé entre les lignes pour offrir des solutions à la construction et équilibrer le bloc, de Pogba, aux choix parfois hasardeux mais décisif sur le deuxième but, ou de Griezmann, dont les feintes sur coup franc déstabiliseront systématiquement des Uruguayens pourtant très bons dans l'exercice.

 

Si la France a été aussi sereine, c'est que le scénario l'a avantagée. Mais si le scénario l'a avantagée, c'est aussi parce qu'elle a été sereine. Sans vouloir forcer la décision à tout prix, en sollicitant simplement et à tour de rôle Mbappé dans les pieds et Giroud dans les airs, les Bleus ont tout fait pour que leur heure vienne, sans se préoccuper du temps qui tourne. Et attendant la Belgique, létale (un tir cadré, deux buts) face à un Brésil maladroit (record d'occasions créées dans ce Mondial), avec la confiance de ceux qui n'ont pas besoin de se livrer pour gagner.

 

 

 

 


Les gars

Jusqu'alors, Lloris n'avait fait "que" ce qu'il fallait. En allant chercher la tête de Cacères au bout d'une longue horizontale, et en se relevant suffisamment vite pour gêner Godin, il a fait plus. C'était avant la mi-temps, et cela a éloigné le scénario argentin. Il était déjà sorti aux poings, en rase-mottes, devant Stuani (14e), et ce furent les deux occasions nettes de la Celeste. La grâce lui est venue comme un baiser de libellule.

 

Pavard s'est illustré par des centres dangereux, l'un d'eux débouchant sur l'occasion de la tête de Mbappé (15e). Il tente une volée de loin (53e) qui file dans les tribunes comme un rappel aux probabilités, et surtout il aura été au combat en défense.

 

Il pourrait symboliser la caractère uruguayen de cette équipe de France: Hernandez met la même rage à attaquer qu'à défendre. Cela a fini par lui valoir un carton jaune, qui n'a pas modéré son ardeur. Ce ne sont pas des centres qu'il adresse dans la surface, mais des mines, et elles explosent parfois.

 

Récompensé de sa bonne Coupe du monde par un but prémédité (il demande à Griezmann de marquer un temps d'arrêt dans sa course d'élan et de lui mettre le ballon au point de penalty), Varane s'est replacé sur une trajectoire parfaite après avoir tôt perdu un ballon que les Uruguayens transformèrent en action dangereuse (4e).

 

Umtiti commet encore des imprudences, comme cet excès de confiance qui lui vaut une perte de balle en zone rouge (56e), mais c'est peut-être le prix à payer pour son engagement. On n'a pas vu Suarez, après tout.

 

Si l'équipe de France est une citadelle, c'est un château Kanté. Pour les adversaires, c'est lui, le spectre de l'élimination. Il est là où on l'attend et il surgit là où on ne l'attend pas, devant la défense et derrière l'attaque, dans le présent et dans le futur. À force de se projeter vers l'avant, il va finir par marquer et on ne répondra plus de rien.

 

D'abord d'une prudence de chat échaudé, Tolisso s'est ensuite libéré – même s'il s'est surtout appliqué à conforter la supériorité bleue au milieu. Dommage que son tir enroulé, en très bonne position, s'élève trop (73e). On craignait qu'il fonde un plomb, mais il en a eu dans le tête pour conserver son sang-froid malgré les taquets.

 

 

 

 

Les malentendus concernant Pogba sont-ils en train de s'évanouir? Ce n'est pas un meneur de jeu, c'est un casseur de lignes et un briseur d'espoirs, qui a pesé sur la rencontre en gagnant ses duels et en trouvant des ouvertures par la passe. Il est encore immature, mais c'est si important de l'avoir avec soi.

 

Le meneur de jeu, ce pourrait être lui: Griezmann s'intercale, relaie, lance, presse. Il a quelques prérogatives, comme celle d'exécuter les coups francs, ce qui lui a permis d'enrichir ses stats d'une passe décisive, en plus d'un but qui doit pour partie au ballon et pour une autre à Muslera. Encore en réussite, encore en dedans, il a pris sa part à la victoire – fût-ce le visage fermé.

 

Giroud est un emmerdement majeur pour n'importe quelle défense, et il a livré un match de gladiateur que l'on montrera plus tard dans les écoles de gladiateurs. Il faudrait qu'il marque pour échapper à la guivarchisation, mais dans une telle rencontre, il était dans son élément. Il a été plusieurs fois décisif dans la surface française, et sa passe pour Mbappé aurait pu l'être (15e).

 

Dans son élément, Mbappé allait moins l'être que contre l'Argentine. Privé d'espaces, il a joué en vrai ailier et placé ses accélérations en débordant ou en rentrant à l'intérieur. Un mauvais timing lui coûte une énorme occasion, seul face à Muslera (15e), mais il aura harcelé et usé la défense uruguayenne.

 

Nzonzi est venu renforcer la suprématie aérienne en défense, et il a remis de l'énergie dans les duels de l'entrejeu. Dembélé et Fekir n'ont pas eu le temps de peser sur la fin de la rencontre.

 

 

 

 


Vu du forum

=>> McManaman - 16h23
En fait l'Uruguay c'est comme un meuble ikea, il y a toujours un peu de vice en plus.

 

=>> Mevatlav Ekraspeck - 16h39
Suarez a la même dentition que Freddy Mercury. Et désormais Tolisso a le même genou que moi.

 

=>> Anglachel - 16h53
Griezmann est encore quelque part entre Madrid et Barcelone.

 

=>> blafafoire - 16h53
Grizou a fait un bon début, mais commence à jouer comme dans ses pubs.

 

=>> lyes - 17h25
C'est marrant pour une équipe sans mental, on fait péter les plombs à tout le monde.

 

=>> L'amour Durix - 17h45
Pourquoi les Uruguayens essaient encore de prendre le ballon à Kante? Faut se faire une raison au bout d'un moment.

 

=>> Back-T-Oblak - 19h03
On en est à combien en expected talonnades?

 

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