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G14 : l'Empire attaque

Le ton est monté entre l'UEFA et le G14, le groupe de pression de 14 des clubs les plus riches d'Europe qui veut s'affirmer face à la fédération européenne comme un interlocuteur incontournable et imposer les intérêts de l'élite financière. La montée en puissance de ce lobby n'est pas nouvelle, mais elle semble entrer dans une phase qui ne laisse plus de doute sur ses intentions: l'avènement d'un nouvel ordre économique pour le football européen.
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Nous en parlions la semaine dernière, le G14* a pris prétexte d'un désaccord sur le calendrier pour déclencher une crise avec l'UEFA: deux journées de la Ligue des Champions sont placées en septembre 2000 lors du tournoi olympique de Sydney, et l'absence des quelques joueurs concernés semble insupportable aux formations dont les effectifs sont pourtant les plus pléthoriques...
Le calendrier international est effectivement un cheval de bataille privilégié de cette bande des 14, il leur permet de remettre en cause le nombre de dates dévolues aux équipes des pays. Toutes les compétitions internationales déplaisent hautement aux clubs les plus nantis, handicapés (!) par leurs équipes d'internationaux, qui font pression tant sur la FIFA que sur l'UEFA pour augmenter les contraintes de sélection. Il s'agit de faire valoir des droits d'employeurs équivalents à des prérogatives de propriétaires : cette mainmise sur les clubs et les joueurs en tant que capital est symbolique de la domination espérée sur l'ensemble du football. La FIFA compte désarmorcer cette fronde avec son projet d'harmonisation des calendriers, qui permettrait un planning annuel clair en séparant dans l'année les compétitions des clubs et les compétitions des nations. Cela ne désarmera le G14, qui vise bien au-delà des simples questions de calendrier : il s'agit d'exploiter les immenses sources de profit que réserve encore le football, à condition de s'asseoir sur l'éthique sportive, le respect du jeu et des spectateurs, le droit des joueurs (etc.), et de faire de la discipline une pure marchandise.

L'UEFA a donné de la voix contre ce "groupe d'intérêt autoproclamé", et invité les clubs à faire part de leurs doléances auprès de leurs fédérations respectives, mais on a pu voir dans un passé récent que les pressions sont efficaces, et que la confédération européenne ne faisait que limiter les dérives. La conséquence la plus tangible de ce lobbying a été la création de l'actuelle formule de Ligue des Champions et de ses deux interminables mais lucratifs tours de poules. Le projet de Superligue promu par Media Partner et soutenu par ces clubs avait permis cette "victoire", qui s'est soldée par une perte flagrante d'intérêt sportif, une usure des assistances et des audiences. Mais qu'importe, puisque la rentabilité et les droits de télévision sont en pleine croissance. Qu'importe aussi si l'on épuise la poule aux œufs d'or. A terme il s'agit d'assurer à un conglomérat le monopole des profits en limitant le plus possible les risques sportifs.

On peut aussi s'interroger sur la participation au G14 de nos deux "représentants" nationaux, l'Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain, participation discrète dont ne s'expliquent jamais les dirigeants de ces clubs. Dans des entretiens accordés à l'époque du projet de Media Partner, aussi bien Pierre Lescure que Robert Louis-Dreyfus s'étaient partiellement distanciés des positions de leurs partenaires. Sans pour autant déchirer leur carte de membre de ce "club des (gros) clubs".
Il semble d'ailleurs que ce conseil implique plus les actionnaires et les gestionnaires des clubs concernés que leurs dirigeants sportifs : on a pu relever les contradictions du Bayern de Munich, membre très actif dont le patron Franz Beckenbauer s'est pourtant récemment élevé contre une Ligue des Champions qui use joueurs et supporters et incite au dopage. Une schizophrénie qui témoigne du caractère inconciliable des intérêts du foot business et du foot tout court…
On assiste aujourd'hui à l'affirmation sans complexe d'une oligarchie sans aucune légitimité qui prétend décider de l'avenir du jeu, à son unique profit. Un gouvernement des principaux groupes financiers qui se veut l'égal de l'UEFA, pour mieux en prendre le contrôle.

*Sont membres du G14 : Inter Milan, Milan AC, Juventus Turin, Real Madrid, FC Barcelone, Manchester United, Liverpool, Paris Saint-Germain, Olympique de Marseille, Bayern de Munich, Borussia Dortmund, PSV Eindhoven, Ajax Amsterdam, FC Porto et Berrichonne de Châteauroux.

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