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Revue de stress #131

Générations OL, supporters au pluriel

Supps Par terre – À l'opposé des Bad Gones et du virage nord, parfois pas seulement au figuré, un groupe lyonnais pratique un supportérisme paisible et chaleureux. En nombre, mais dans l'ombre du mouvement ultra classique.

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Inspirés par les "collectionneurs de stades" anglais, les deux auteurs de Supps Par Terre ont lancé un tour de France des vingt stades de Ligue 1 pour aller à la rencontre des supporters et vivre le supportérisme de l'intérieur. Au fil de cette saison, ils publient une partie de leurs reportages les Cahiers du football. Après NiceParisGuingamp, Nantes et Caen, leur tournée passe par Lyon.

 

* * *

 

En face de nous, un symbole: les Bad Gones, bientôt imités par Lyon 1950, rendent hommage à Patrick Bonnet, un des responsables sécurité du Parc OL, décédé dans un accident de moto. Toute la rencontre, avec la caisse de résonnance du "bel outil", les Bad Gones feront un bruit surprenant, auquel tentera – difficilement – de répondre le virage Sud. Ces voix seront les seules que nous entendrons de ces groupes: tous deux ont refusé de nous répondre.

 

Nous voilà alors dans l’anneau intermédiaire, chaudement installés, et assis durant l’intégralité du match. C’est une autre façon de supporter, et c’est celle choisie par Générations OL. Georges Huguet s’excuse pendant la rencontre pour le manque d’ambiance: le match difficile des Lyonnais face à Angers ne galvanise pas la foule, et n’entraîne pas ce groupe d’à peu près trois cents membres à se lever des sièges, hormis pour l’entrée des joueurs et l’égalisation de Fekir.

 

 

 

 

« Est-ce qu’on n'organiserait pas un car ? »

Si des drapeaux valsent dans les airs, nous sommes loin des ambiances Ultras – ou assimilées – rencontrées à Caen, Nantes ou Paris. Ici, le règlement intérieur proscrit même les gros mots, même si, dans les faits, ce point sert surtout à se moquer des élans verbaux non contrôlés des différents membres. Il faut dire que Georges Huguet est directeur d’école retraité, que sa femme était enseignante, et qu’il ne faudrait pas oublier de donner l’exemple. Même s’il s’est retrouvé, un peu par hasard, à présider l’un des plus grands groupes de supporters de l’Olympique lyonnais.

 

"C'est parti d'un groupe de parents d'élèves, dans l’école où nous travaillions, Sylviane et moi. Ils étaient mordus de foot et toute la saison, avant de commencer les réunions, ça discutait de l’OL. Un jour, un d'entre eux nous dit: 'Vous êtes habitués à faire des déplacements de gamins. Si l'OL va en finale de Coupe de la Ligue, est ce que vous organiseriez pas un car?'." L’idée plaît à Georges, le regard chaleureux en se remémorant les débuts.

 

Coup du destin: l’OL va bien en finale, et le directeur tient sa promesse. Après cette épopée jusqu’à Paris, l’aventure commence: "Ça a déclenché un mouvement. À la rentrée suivante, on s'est dit qu'on continuait et qu’on allait voir des matches". Pendant deux ans, une trentaine de personnes se rejoignent dans les tribunes et assistent, ensemble, aux rencontres de Lyon.

 

 

 

 

« On est plus "cool", plus vieux… »

Sauf que le club de Jean-Michel Aulas commence à gagner, et que la victoire est un joli produit d’appel. Résultat: la petite bande n’arrive plus à se procurer des places, notamment pour les joutes européennes, et décide de s’abonner. "Le groupe a été de vingt personnes, puis trente, puis quarante… Et un jour, on s'est demandé si ça ne valait pas le coup de se faire reconnaître par le club", poursuit Georges.

 

Après deux années de "mise à l’épreuve", c’est fait: Générations OL voit le jour en 2010 en tant qu’association officielle résidente. Le nom a été décidé lorsqu’un des membres a constaté qu’il y avait tous les âges dans le groupe, de onze à quatre-vingt-un ans. Mais le doyen n’est pas là contre Angers. "Il a la grippe, il n’est plus tout jeune!", rigole le président, qui reboutonne son caban cachant un maillot blanc, rouge et bleu.

 

À Gerland, ils sont d'abord collés aux Bad Gones, avant d’être invités à rejoindre le virage sud, surplombant Lyon 1950, lors du changement de stade. "Le club nous a dit qu’ils voulaient avoir deux pôles qui se renvoient l’animation", rappelle Georges Huguet, qui précise que le groupe préférait être "dans le niveau intermédiaire, même si ça coûte plus cher. Parce qu’on est plus cool, 'plus vieux'. On aime avoir de la place".

 

Quand ils racontent ça, Georges et Sylviane sont sur le parking du désormais Groupama Stadium. À quelques mètres d’eux, une vingtaine de membres de Générations OL se souhaitent la bonne année et partagent du vin chaud. Les plus jeunes adultes sont mêmes en train de descendre une bouteille de whisky.

 

 

 

 

« On casse la croûte sur le parking »

"C’est dommage, vous allez manquer notre troisième mi-temps. À la fin du match, on boit un coup, on casse la croûte sur le parking", explique Georges, désolé d’apprendre que nous ne resterons pas une fois le coup de sifflet final donné.

 

Parce qu’avant de réunir des fans absolus du stade et du football, Générations OL regroupe des amis, un cercle qui s’élargit au fil des saisons au point de devenir, à peu de choses près, le troisième groupe majeur de l’OL. "Mais on ne cherche pas plus. Chez nous, certains pensent même qu’on est trop nombreux", sourit Georges.

 

Preuve de ce statut, ils ont fait faire un tifo, de dix mètres de long, qu’ils déploient pour "les grands matches", comme le prochain face au PSG. "On le déplie à l’entrée des joueurs, sauf s’il y a une animation dans tout le virage, précise le président du groupe. Dans ce cas, on le déplie au début de la seconde mi-temps, mais c’est plus tout à fait pareil. On essaye de faire des animations comme ça."

 

La taille du groupe se situe tout de même loin de celle des Bad Gones et de leurs 6.000 membres (dont quelques anciens jeunes de Générations OL) ou de Lyon 1950, avec qui Georges assure avoir de bonnes relations – sans jamais réellement entrer dans les détails malgré de nombreuses relances, préférant parler positivement d’autres groupes, comme les Rouges et Bleus, Hex@gones ou les Gastrogones.

 

 

 

 

« On est tellement parqués, on dirait qu'on est des choses horribles »

Il faut dire qu’un monde sépare la mentalité des Ultras de celle de Georges, plus proche de celle de la plupart des fans de foot qui se rendent dans les stades de France. Et les a priori, les petites peurs et les anecdotes suffocantes continuent de creuser un fossé d’abord générationnel. "Je trouve dommage cette montée des violences quand nous, nous sommes simplement chaleureux."

 

En tête des mauvais souvenirs, les derniers déplacements à Saint-Etienne. Sylviane, le regard encore inquiet, raconte: "Moi j'ai fait des déplacements à Marseille, Saint-Étienne, Paris. Je ne veux plus le faire. J'ai peur et je n’ai pas envie de voir ce qui se passe, c'est une horreur. On est tellement parqués, on dirait vraiment qu'on est des choses horribles".

 

Son mari reprend, en racontant l’un de ses derniers déplacements à Geoffroy-Guichard: "Quand on est arrivé, seize ou dix-sept cars, on s'est garé sur le parking, on est descendu. Du haut du virage, les Stéphanois nous surplombaient. Pas de CRS pour les garder. Les flics nous ont rassemblés pour le contrôle des billets et directement ça a fusé".

 

La situation dégénère. "Des fusées s'écrasaient vers nous. On s’abritait derrière les cars. Ça a duré quelques minutes et les Lyonnais ont répliqué en jetant ce qu'ils trouvaient. Des cailloux, des bouteilles. Les autres ont aussi envoyé des bouteilles. Les flics sont intervenus, canon à eau et fumigènes. C'était intenable".

 

 

 

 

« C'est terrible, cette mauvaise image qu'on peut avoir »

Georges exprime son incompréhension: "Moi, c'est les mouvements de foule qui m’inquiètent. On est tous différents dans notre façon de supporter, mais j'arrive pas trop à comprendre pourquoi les gars viennent attiser la haine". En plaisante il ajoute qu’il "adore les supporters stéphanois, tant qu'ils sont dans notre rétro", et se désole de voir tomber des interdictions de déplacement: "On est à côté de ce qu’on voudrait, la fête du football!"

 

Un stadier interrompt la conversation et demande que les voitures soient garées de façon plus ordonnée. Georges Huguet reprend. Si le groupe n’est pas des plus engagés, à l’image des Ultras, la situation sécuritaire et les interdictions de déplacement les touchent également. "Une année, on avait prévu un week-end pour un match à Montpellier. On avait tout loué, prévu d’aller manger camarguais. Et tout a été annulé."

 

"Ça, c’est le revers de la médaille", indique-t-il. Comme l’image négative qui colle aux basques des supporters actifs: "C'est terrible, cette mauvaise image qu'on peut avoir. S'il n'y a qu’un abruti en dehors des clous, les gens qui ne suivent pas le foot pensent qu'on est que des cons".

 

 

 

 

« Juninho a dit : 'Je l'ai pas, cette écharpe' »

Mais ces petites difficultés quotidiennes n’empêchent pas le jusqu'au-boutisme de la passion. Au sein de Générations OL, c’est surtout la petite antenne située dans le Nord qui fait beaucoup de déplacements. Souvent avec les autres groupes. Les exilés nordistes ont parfois partagé un car avec des Lyon 1950 par exemple. Pierre Perez a aussi sillonné la France.

 

À l’époque "où l’on gagnait tous les titres", cet homme imposant de soixante-dix ans a assisté à toutes les rencontres. Championnat, coupes nationales, Coupe d’Europe… "Et puis ma femme m’a fait remarquer que ça faisait un petit budget. Elle m’a demandé si j’avais compté ce que ça coûtait. Mais quand on aime, on ne compte pas", sourit-il, les mains dans les poches d’un grand manteau.

 

Supporter de l’OL depuis soixante-cinq ans, ce vieux de la vieille se souvient s’être fait brancher "à chaque fois dans la rue" lors des déplacements à Paris, ou d’avoir cassé la croûte avec des Nantais dans Gerland. "Ceux qui ont connu ça et qui voient maintenant toutes les fouilles et palpations, ils se disent 'C’est quoi ça?'" Plus récemment, il raconte le déplacement à Everton, que la petite bande a terminé dans le bar des supporters du club anglais, avec même l’autorisation d’y étendre leur bannière, sous les applaudissements des clients.

 

Alors que le groupe se dirige vers ses places du Parc OL sans se douter du match nul à venir, George Huguet nous montre la nouvelle écharpe du groupe et lâche une dernière anecdote: "Lors du dernier match à Gerland, il y avait tous les anciens joueurs. Juninho est venu faire des photos et je lui ai prêté mon écharpe de Générations OL. Il l’a regardé et il a dit: 'Ah ouais, Je l'ai pas celle-ci. Elle complétera ma collection'." Sur le même rayon que celles des Bad Gones, des 1950 et des autres…

 


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