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Christophe Zemmour

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Grosso 2006, Fabio céleste

Les belles histoires de la Coupe du monde – Méconnu au début du Mondial 2006, Fabio Grosso va gagner ses galons de titulaire avant de poser sa marque sur le sacre italien en trois instants décisifs.

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L’Italie est bloquée dans ce huitième de finale de la Coupe du monde 2006 face à l’Australie. Réduite à dix suite à l’expulsion de Marco Materazzi, la Nazionale est accrochée et le score est toujours nul et vierge. On est dans le temps additionnel et Fabio Grosso pénètre dans la surface côté gauche. Il crochète intérieur Lucas Neill qui s’est déjà jeté à terre, probablement pour anticiper un centre. Grosso s’écroule, penalty.

 

 

La décision de l’arbitre restera controversée et la sentence sera magnifiquement exécutée par Francesco Totti. Mais l’essentiel est ailleurs pour l’Italie qui poursuit son chemin avec son arrière gauche, titulaire surprise. Déjà décisif dans cette phase à élimination directe, Grosso le sera encore aux moments les plus cruciaux, en demie et en finale.

 

 

Saisir sa chance

Auteur d’une bonne saison avec la belle équipe de Palerme, Fabio Grosso n’est pas le premier choix de Marcello Lippi à gauche. John Foot va même plus loin dans son ouvrage Calcio: A History of Italian Football: “S’ils devaient être honnêtes, peu de tifosi savaient à quoi Grosso ressemblait avant le début du tournoi.” Gianluca Zambrotta tient la corde pour le poste de latéral gauche mais se blesse avant le match initial face au Ghana, ce qui laisse l'opportunité à Grosso de débuter la compétition.

 

Fabio regagne le banc pour la rencontre suivante contre les USA, et ce sont les mésaventures de son partenaire palermitain, Cristian Zaccardo, pourtant aligné à droite et surtout auteur d’un csc ce soir-là, qui vont lui permettre de décrocher une place de titulaire. Zambrotta change de flanc et Grosso va s’installer à gauche pour le reste de la compétition à partir du match face à la République Tchèque. Le début d’une histoire étonnante, comme les Italiens savent si bien les (Antonio) conter.

 

Les performances de Grosso convainquent et en font l’une des révélations du tournoi. Il affiche un style de jeu particulier, dans lequel on ne sait pas quand se termine l’élégance et quand commence une certaine gaucherie. Il faut dire que cet arrière latéral n’a pas le physique attendu pour le poste, du moins dans sa définition contemporaine. Son port droit, son allure longiligne et son mètre quatre-vingt dix rappellent quelque peu le mythique Giacinto Facchetti.

 

 

« Non ci credo »

Après l’Australie, l’Italie se débarrasse de l’Ukraine en quarts (3-0). En demi-finale, face à l’Allemagne, pays-hôte, la Squadra Azzurra livre une partie rythmée et offensive. Malgré cela, les deux équipes sont toujours à égalité (0-0) à la 119e minute.

 

Sur un renvoi après un corner en faveur de l'Italie, Andrea Pirlo porte le ballon patiemment à l'entrée de la surface, le temps de trouver le moment et l’espace pour glisser le cuir à Grosso. La passe aveugle et subtile de l'orfèvre italien trouve son arrière gauche. Grosso, parallèle à la ligne de but, frappe en première intention. Malgré l’encombrement stérique dans la surface et le plongeon de Jens Lehmann, le tir brossé trouve le petit filet.

 

L’heureux buteur exulte et part dans une course effrénée, secouant sa tête dans tous les sens et fermant les yeux. Il ne cesse de répéter “Non ci credo”, dans une posture qui n’est pas sans rappeler celle de Marco Tardelli en 1982. Le but est magnifique, “grande goal, grandissimo, bellissimo” pour Giuseppe Bergomi, qui avait lui aussi connu une aventure similaire en 1982, et qui commente alors le match pour Sky Italia aux côtés d’un Fabio Caressa déjà hilare.

 

 

 

 

Devenir champion du monde de football

Alessandro Del Piero clôt les débats et “Andiamo a Berlino!” L’Italie fait face à la France dans cet acte final du 9 juillet. Match ô combien dramatique qui se conclut sur le score de 1-1 à la fin du temps réglementaire et des prolongations. David Trezeguet est le seul à avoir manqué son tir au but et Fabio Grosso a l’occasion d’offrir un quatrième titre mondial à l’Italie s’il réussit sa tentative. Face à lui, Fabien Barthez, pour qui “un penalty bien tiré ne s’arrête pas”. Le portier tricolore est parti du bon côté à plusieurs reprises mais la qualité des frappes transalpines ont eu jusqu'à présent raison de ses plongeons.

 

Grosso s’élance, fait quelques petits pas puis frappe fort. Barthez a choisi sa droite, le tir prend la direction opposée. Récit du gardien français: “Je revois le ballon partir… Mais pouf, il est monté comme ça. Je me suis dit: ‘Putain, il va frapper la barre’ quand je l’ai vu passer là, comme ça. Et là… T’as la gifle, quoi.” Le penalty est en fait remarquablement frappé, croisé, en force et pas loin de la lucarne. L’Italie est championne du monde et Grosso est reparti pour un tour d’extase.

 

 

Cette équipe ne manque pas de héros (Buffon, Cannavaro, Pirlo, Materazzi), mais Grosso est peut-être le plus surprenant d’entre eux. Il rejoint ensuite l’Inter Milan, où il connaît une année difficile. Il remporte le doublé avec Lyon en 2008, puis signe à la Juve. Mais, globalement, la suite de sa carrière est décevante et bien en deçà de sa Coupe du monde 2006. Une compétition qu’il ne retrouvera plus jamais.

 

Il en sera donc resté de sa relation avec ce tournoi sur ce dernier fait, celui d’un tir au but en or. Finalement, en football peut-être plus encore que dans une autre discipline, l’important est de savoir saisir les opportunités et de choisir son moment. Pour toujours, Fabio Grosso restera ce champion du monde rayonnant.

 

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