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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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La peur du vide

Hamburger SV, dinosaure au bord de l'extinction

Engagé dans une lutte désespérée pour échapper à la première relégation de son histoire, le HSV recevait Fribourg, samedi. Récit d'une rencontre qui a surtout démontré l'amour des supporters pour cette institution. 

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Bonne ambiance, pour un enterrement. Alors que le HSV semble se diriger inéluctablement vers une Bundesliga 2. qu'il n'a jamais connue de toute son histoire, ses supporters ne semblent pas se départir de leur bonhommie sur le chemin du Volksparkstadion. Nulle angoisse apparente sur les visages des 55.000 spectateurs qui vont bientôt le remplir pour la réception du SC Freiburg, barragiste qui compte huit points d'avance sur l'actuel 17e du championnat.

 

Peut-être la perspective de recoller un peu à une équipe qui reste sur quatre défaites consécutives retarde-t-elle la pleine conscience du désastre, ou alors les esprits sont-ils simplement préparés à une relégation qui menace depuis plusieurs saisons. Dans l'enceinte, personne ne semblera jeter un œil sur le compteur qui égrène le temps depuis lequel le club est dans l'élite… Surnommé le dinosaure, le Hamburger Sport Verein semble plutôt vivre un compte à rebours, bien loin d'heures de gloire qui l'ont vu remporter la Coupe des coupes en 1977 et la Coupe d'Europe des clubs champions en 1983.

 

 

 

 

 

 

« Fick dich Van Buyten »

En attendant le glas, on se restaure et on s'abreuve dès la sortie du S-Bahn Hamburg-Stellingen, où quelques cahutes improvisent un biergarten en partie abrité. Pour moins de huit euros, on peut s'offrir un combo saucisse krakauer-frites mayonnaise-cannette de 50cl de Holstein (une des bières locales – on préférera la Ratsherrn). La sono crache du hard rock, mais ce choix musical n'a a priori pas de rapport avec la tenue traditionnelle des fans allemands: ces fameuses vestes en jean sans manches constellées de patches qui célèbrent le club et ses groupes de supporters, et vilipendent ses rivaux.

 

 

 

 

Au-dessus d'un comptoir, une écharpe invite Daniel Van Buyten à des relations sexuelles pas forcément consenties, conséquence d'un transfert mal digéré au "Scheiss Bayern" après deux saisons dans la ville hanséatique. On verra pourtant le nom du Belge au dos d'un maillot porté par un supporter, comme quelques autres anciennes gloires du club: van der Vaart ou Kompany (lui aussi parti en mauvais termes). L'anonymat des autres patronymes exprime celui dans lequel est retombé le club.

 

Le long des allées champêtres qui mènent au stade (on est bien dans le Volkspark), on défile devant deux populations statiques: des policiers aux silhouettes de bibendums et des personnes nettement plus filiformes qui collectent – dans des sacs plastiques ou des caddies – les cannettes et les bouteilles pour en récupérer la consigne. Ces pauvres, fort civils, remercient leurs donateurs.

 

 

 

 

 

« Hamburg meine Perle »

Contrairement au stade du modeste rival Sankt Pauli, le Volksparkstadion se dresse assez loin du centre, dans le district d'Altona, au nord-ouest de la ville. Initialement érigé en 1953, il a été détruit pour faire place à sa version actuelle, inaugurée en 2000 et qui trouve un bon équilibre architectural entre sa vasque de béton, son squelette métallique extérieur et la voile qui le coiffe pour former son toit. Si le surnom n'était pas déjà pris, on le qualifierait volontiers de baignoire, avec sa ligne de faîte parfaitement rectiligne sur tout son pourtour et la pente accentuée de son troisième anneau.

 

 

 

 

Pour la cohérence de ses couleurs, le Hamburger SV ne se pose pas vraiment là: le club évolue avec des maillots blancs complétés de rouge tandis que ses supporters portent majoritairement du bleu – celui de son inaltérable logo qu'aucun designer ne pourra galvauder, un bleu omniprésent dans le stade (même les panneaux publicitaires doivent s'y conformer). Pour ne rien arranger, le maillot third est fuchsia et il a un succès visible chez les fans. En fait, le signe distinctif du club nordiste est… son short rouge, qui vaut à ses joueurs le surnom de Rothosen.

 

Un seul kop, entièrement debout côté nord, assure l'essentiel de l'ambiance, mais les latérales produisent aussi leur effort dès l'immuable rituel d'avant-match: perché sur une cabine élévatrice face à la tribune des ultras, une guitare acoustique en bandoulière, le chanteur Lotto King Karl entonne Hambourg Meine Perle. Les paroles disent l'amour des Hambourgeois pour leur ville, à la lutte avec Munich pour le titre de plus belle ville d'Allemagne. "Le plus important est qu'après ma mort, je repose dans la terre de Hambourg", a-t-on lu sur une écharpe.

 

 

 

 

Tant pis pour le football

Si l'espoir semble encore faire vivre les fans, dès le coup d'envoi, le désespoir est dans les relances, et l'on comprend vite pourquoi les deux équipes sont en si fâcheuse posture. Elles comptent manifestement sur le hasard pour sortir des balles exploitables des duels confus qui se multiplient au milieu de terrain.

 

Le seul joueur à émerger est le gardien Julian Pollersbeck, tout de rouge et orange vêtu, qui ne craint pas d'avancer très loin de ses buts. C'est d'ailleurs lui qui est ovationné après une double parade à la 35e minute, avant que les visiteurs ne ratent une autre occasion peu avant la pause. Entretemps, on s'est laissé distraire par l'ombre des avions caressant le toit du stade (placé dans l'axe d'une des pistes de l'aéroport tout proche) et les jingles attirant l'attention sur les écrans géants: les corners, les cartons ou les scores en cours sur les autres terrains sont tous sponsorisés.

 

 

 

 

Effet d'une soufflante dans les vestiaires ou pas, le match change à la reprise, et les locaux prennent enfin, sinon leur destin, du moins le match en main. C'est même sur une des premières actions dignes de ce nom que l'attaquant anglo-allemand Lewis Holtby ouvre le score avant l'heure de jeu. La rencontre est jouée, bien qu'elle s'achèvera sur une ultime péripétie: dans les arrêts de jeu, le gardien fribourgeois, monté sur corner, déclenche une volée assez pure, mais qui file au-dessus de la transversale. Tant pis pour le football.

 

La mascotte locale (un dinosaure, évidemment) peut dandiner son énorme fessier sur la pelouse en enlaçant les joueurs, et le public profiter de ces fragiles moments de joie. Avec cette sixième victoire de la saison, Le HSV se retrouve à cinq longueurs de Fribourg, Mayence et Wofsbourg, potentiels barragistes. Il lui reste trois matches pour croire à un énième miracle qui lui éviterait de remettre à zéro son célèbre compteur.

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