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Brice Tollemer

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Rock Around The World Cup – Acte X. Il ne passe pas grand chose en 1990: c’est l’Allemagne qui gagne et personne ne connaît encore Nirvana, c’est dire…
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C’est l’Italie qui est chargée d’accueillir la quatorzième édition de la Coupe du monde. Cinquante-six ans après l’avoir organisée une première fois, c’est logiquement que le triple vainqueur de la compétition est candidat à la victoire finale. L’Allemagne, portée par l’histoire avec la chute du Mur de Berlin et la réunification qui se concrétise, veut faire mieux qu’en 1982 et 1986. On attend aussi beaucoup des Pays-Bas de Marco Van Basten et Ruud Gullit, champions d’Europe en titre. L’équipe de France, en pleine dépression post-Platini, n’a pu se qualifier. Enfin, l’Argentine du Napolitain Diego Maradona se verrait bien réaliser le doublé...

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Pauvre jeu

Mais cette Coupe du monde transalpine va se révéler d’une tristesse absolue. La philosophie générale, qui privilégie une approche défensive, un jeu rugueux et fermé, interdit la fantaisie: avec 2,21 buts par match, c’est la moyenne la plus faible pour un tournoi mondial. L’ambiance dans les stades est loin d’être festive et les hooligans anglais et hollandais s’en donnent à cœur joie du côté de Cagliari, où les deux pays s’affrontent au cours du premier tour.
Un climat oppressant accompagne cette édition où les arbitres, sous pression, ne sont guère dans des conditions optimales pour diriger les débats. À cette époque, les actes d'antijeu culminent, au point que les instances entameront ensuite une série de réformes des règles pour empêcher le football de dégénérer en un spectacle aussi pauvre.

Seule une équipe comme l’Allemagne semblait pouvoir remporter un tel tournoi. Impressionnante de réalisme et de solidité, la formation emmenée par le Kaiser Franz Beckenbauer remporte sa troisième couronne au terme d’une finale amère. Deux joueurs argentins sont expulsés et Maradona est copieusement sifflé tout au long de la rencontre, conclue par un penalty d’Andreas Brehme à cinq minutes de la fin. Comme l'avait fait remarquer Gary Lineker en entrant verbalement dans l'histoire après l’élimination de l’Angleterre en demi-finale: "Football is a simple game: 22 men chase a ball for 90 minutes and at the end, the Germans always win".


Avant la déflagration

Ce désert footballistique semble faire écho au creux des années rock de cette période. Certes les Guns N’ Roses ont sorti leur Appetite For Destruction quelques années plus tôt, mais en réalité, ils sonnent le glas d'une décennie triomphale pour le hard-rock, et rien de nouveau n’apparaît à l’horizon 1990. Bien évidemment, quelque chose se trame du côté de Seattle mais la déflagration qu’engendra Nevermind est encore loin. Preuve s’il en est de l’anonymat de Nirvana, le groupe de Kurt Cobain se produit lors de sa première tournée européenne à la MJC d’Issy-les-Moulineaux devant une centaine de personnes.

Pour l’heure, il faut plutôt se tourner vers la côte Est des États-Unis, où deux groupes vont habilement préparer le terrain à l’avènement de la génération X. À New-York, Thurston Moore et Kim Gordon ont fait de Sonic Youth le groupe référence de l’underground américain. Ouvrant Daydream Nation, sorti en 1988, la tonitruante Teen Age Riot permet notamment à la formation de sortir de sa confidentialité. Cet album aura une énorme influence, aussi bien morale qu'artistique sur bon nombre de groupes estampillés "grunge".
Durant ces années quatre-vingt, la scène de Boston s’affirme elle aussi comme une composante indispensable du rock alternatif. Le Dinosaur Jr de Jay Mascis porte haut l’étendard des slackers, ces branleurs blancs de la classe moyenne américaine, qui se morfondent d’ennui dans leur banlieue et jouent de la guitare dans leur garage…


Milla et Schillaci

Au même moment, Franck Black croise Joey Santiago à l’université du Massachusets pour ce qui allait être le point de départ des Pixies. Cette rencontre fortuite entre un fan des Beatles et un fan de punk va donner au groupe cette empreinte musicale qui va faire son succès et sa renommée. Surfer Rosa en 1988 et Doolittle l’année suivante illustrent à merveille ce subtil dosage de mélodies pop et de riffs abrasifs. Mais cette formule, en 1990, ne touche qu'une audience limitée. Rien à voir avec la vague électrique qui déferlera une année plus tard.

Des oasis subsistent donc dans ce désert. En Italie, deux joueurs vont illuminer ce sombre Mondiale. La première éclaircie se nomme Salvatore Schillaci. Remarqué par le sélectionneur de la Squadra azzurra Dino Zoff au cours de sa bonne saison à la Juventus, il débute la compétition comme remplaçant. Toto Schillaci finira meilleur buteur du tournoi avec six réalisations, en marquant pratiquement à chaque rencontre. Ce seront (presque) les seuls de sa carrière internationale.
Le second rayon de soleil s’appelle Roger Milla. Du haut de ses trente-huit ans, il est le symbole de la fantastique épopée du Cameroun. Assurément le plus beau parcours mondialiste pour une équipe africaine. Les Lions indomptables surprennent l’Argentine lors du match d’ouverture grâce à un but de François Omam-Biyik. Milla réalise par la suite un doublé contre la Roumanie et récidive en huitièmes de finale contre la Colombie, avec notamment ce ballon chipé à Higuita qui voulait le dribbler. Le Cameroun s’incline finalement en quarts contre l’Angleterre, après prolongation. Mais personne ne se souvient de l’Angleterre alors que le monde entier se remémore la Mokassa, la danse que Roger Milla accomplissait après chaque but autour du poteau de corner…


Rock Around the Worldcup -
1954 : That's Alright Mama
Rock Around the Worldcup - 1958 : Johnny B. Goode
Rock Around the Worldcup - 1962 : A Hard Rain’s a-Gonna Fall
Rock Around the Worldcup - 1966 : My Generation
Rock Around the Worldcup - 1970 : With A Little Help From My Friend
Rock Around the Worldcup - 1974 : Wish You Were Here
Rock Around the Worldcup - 1978 : White Riot
Rock Around the Worldcup - 1982 : The Number of The Beast
Rock Around the Worldcup - 1986 : Master of Puppets
Rock Around the Worldcup - 1994 : Pennyroyal tea
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L'auteur de la série Rock Around the World Cup l'est également de deux ouvrages hautement recommandables, parus en 2009: Rage Against The Machine - Ennemis Publics, une biographie aux éditions Camion Blanc et Vitalogy - Pearl Jam, un petit essai sur l'album, chez Le Mot Et Le Reste.
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