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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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La Gazette de la L1 : 26e journée

Huitièmes retour de Ligue des champions : quels matches regarder ?

Puisqu'il est mécaniquement impossible de tout regarder en direct et que personne ou presque n'a assez de temps pour regarder les rediffusions, il faudra faire des choix. Petit guide pour vivre la meilleure C1 possible dans les prochaines semaines.

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Les incontournables : 90% d'intérêt

 

Tottenham Hotspur-Juventus Turin (2-2 à l'aller)

Les Anglais l'ont fait: alors que la Juve n'avait pris qu'un seul but en seize matches et qu'elle n'a pas d'égal (hormis l'Atlético des bons jours) pour endormir une partie une fois devant au score, les hommes de Mauricio Pochettino ont réussi à revenir de 2-0 à 2-2 et prouvent que leur style de jeu peut, comme celui de Liverpool, être encore plus efficace à l'échelle européenne qu'en Premier League tant il bouscule les gros.

 

 

D'une très grande qualité technique et tactique, avec deux équipes qui ont un plan de jeu abouti qu'elles sont capables d'appliquer à la perfection, le match aller a donné envie d'en voir beaucoup plus. Et, déjà, les questions sur l'approche de la rencontre se multiplient. Douglas Costa sera-t-il reconduit dans un rôle axial côté italien? Mousa Dembélé est-il capable de dominer à nouveau l'entrejeu chez les Spurs? Qu'est-ce que Serge Aurier fait là? Tant d'interrogations qui peuvent se régler en un coup franc de Miralem Pjanic ou en une prise d'espace d'Harry Kane.

 

 

FC Barcelone-Chelsea FC (1-1 à l'aller)

Beaucoup plus serré que ce que laissait supposer le bilan des deux équipes en championnat, le choc de Stamford Bridge a rappelé qu'Antonio Conte savait préparer des plans défensifs diaboliques, une constante chez les entraîneurs de Chelsea, et que les Blaugranas ont gagné en solidité dans leur 4-4-2 mais souffrent d'un sérieux déficit de créativité collective. Muselés, Lionel Messi et Andrés Iniesta, les deux fournisseurs d'inspirations, n'ont pas vraiment été aidés par Paulinho, pour qui l'avantage physique n'existe qu'en Liga.

 

 

Très tactique au sens noble du terme, c'est-à-dire proche de la partie d'échec où tout semble minutieusement préparé, le nul met Barcelone en position favorable alors que c'est son adversaire qui a fait la meilleure impression. Le retour promet d'être du même acabit, avec plus de tacles que d'occasions mais, outre les stars présentes sur le terrain les deux entraîneurs ont des atouts sur le banc qui leur permettent de changer d'approche en cours de route. D'ici à ce que ça se joue sur une controverse arbitrale ou un exploit dans les arrêts de jeu…

 

 

 

Les séduisants : 70% d'intérêt

 

Paris SG-Real Madrid (1-3 à l'aller)

Il y a forcément l'attrait des Français pour cette rencontre impliquant le dernier club national encore en lice, qu'ils soient supporters ou simples spectateurs. Et l'affiche face au double tenant du titre est formidable sur le plan médiatique, même si elle privera la compétition de l'un de ses favoris avant même les quarts de finale. Mais, outre un score qui place les Madrilènes en position plutôt confortable, le premier affrontement n'a pas forcément répondu à toutes les attentes.

 

 

Bien entendu, ce PSG-Real restera l'un des incontournables du printemps, mais ce n'est pas là que l'on devrait voir la plus haute qualité collective. Des deux côtés, la différence se fait souvent via des individualités d'un niveau supérieur, et c'est en bonne partie dans les pieds de Neymar, Kylian Mbappé, Marcelo et Cristiano Ronaldo que se jouera la qualification. Après tout, c'est dans une période où la sortie d'Edinson Cavani lui avait permis de prendre le contrôle du jeu que Paris a concédé deux buts… Mais, évidemment, le football appartient aux joueurs. Et une petite "remontée" (la VF de "remontada") ferait un bon concept à décliner à l'infini pendant 365 jours.

 

 

AS Rome-Shakhtar Donetsk (2-1 à l'aller)

La bonne surprise des huitièmes de finale, même si le travail de Paulo Fonseca au Shakhtar cette saison avait déjà alerté les hipsters tactiques. Une période légèrement en faveur des Italiens, une autre largement à l'avantage des Ukrainiens, des buts superbes, un Alisson en lévitation dans le but romain, des Brésiliens méconnus prêts à suivre les traces de Willian, Douglas Costa, Fernandinho et Brandao dans un grand championnat et un Yaroslav Rakitskiy en Bonucci à l'air menaçant.

 

 

Outre la capacité du Shakhtar à reproduire une belle performance à l'extérieur, il y a plein de choses à voir. L'émergence de l'attaquant turc Cenzig Ünder et le mental d'une équipe qui a lâché prise à l'aller côté romain, les inspirations de Bernard et la capacité de Fred à gérer le tempo côté ukrainien par exemple. Surtout, c'est peut-être ici que le premier duel fut le plus ouvert et animé, sans pour autant qu'on connaisse déjà le futur qualifié.

 

 

 

Les dispensables : 50% d'intérêt

 

FC Séville-Manchester United (0-0 à l'aller)

Le score permet aux deux équipes d'y croire et préserve le suspense mais le match aller ne donne pas franchement envie d'en voir plus. Les Sévillans, valeureux mais limités, représentent le stéréotype de la bonne équipe espagnole: adepte du jeu au sol, active au pressing et conservatrice dans sa gestion du tempo, avec un rythme lancinant cassé par quelques passes tranchantes. Une certaine forme de beau qui devient vite vaine et proche du handball si les espaces sont difficiles à trouver et les attaquants peu en réussite.

 

 

Et c'est justement ce qui s'est passé à l'aller, les Mancuniens jouant dans leur camp et n'avançant que par des longs ballons, tandis que Luis Muriel et ses compères confirmaient leurs difficultés à conclure. Probablement qu'en mettant les défenseurs espagnols à l'épreuve du pressing et en jouant les transitions offensives dans la profondeur, Manchester aurait déjà plié l'affaire. Cela n'a pas été le cas et on imagine bien José Mourinho joue à nouveau la carte du cynisme aérien au retour. Le seul remède certain contre l'ennui? Un but rapide du FC Séville, pourquoi pas d'un Wissam Ben Yedder malheureusement cloué sur le banc à l'aller. Pas sûr d'y mettre son PEL.

 

 

Manchester City-FC Bâle (4-0 à l'aller)

Inutile de survendre la performance de la plus belle équipe d'Europe cette saison lors de son voyage en Suisse: il n'y avait rien d'extraordinaire à voir. Par rapport à d'habitude, s'entend. Des buts vite marqués grâce à un réalisme inhabituel et sans que des oublis défensifs ne soient payés, puis beaucoup de conservation face à des Bâlois résignés. Même quand les transmissions sont belles, voir un match joué en marchant à ce niveau laisse tout de même songeur sur les disparités sportives et économiques dans le football.

 

 

Mais même si l'enjeu sportif est limité, un petit coup d'œil aux matches de City ne fait jamais de mal. Selon l'humeur de Pep Guardiola, il y aura soit les tours de magie de Kevin De Bruyne et David Silva, soit la titularisation des jeunes Phil Foden ou Brahim Diaz. Et outre le duel entre Sergio Agüero et Léo Lacroix, dont l'issue avait été conforme aux attentes à l'aller, on reverra avec plaisir le jeune et rapide Bâlois Dimitri Oberlin, qui a la panoplie pour viser un peu plus haut.

 

 

 

Les négligeables : 30% d'intérêt

 

Besiktas JK-Bayern Munich (0-5 à l'aller)

Plutôt flatteur en phase de poule, avec quatorze points pris sur dix-huit malgré un jeu intermittent, le bilan des Turcs a été balayé avec fracas par des Allemands qui n'ont laissé échapper qu'une seule victoire depuis la nomination de Jupp Heynckes – deux si on compte la qualification aux tirs au but contre Leizpig en Coupe comme un nul. Déséquilibré sur le papier, l'affrontement a rapidement basculé quand une passe ratée du milieu Atiba Hutchinson a amené le défenseur central Domagoj Vida (sacrés prénoms) à faire un tacle qui l'a envoyé au vestiaire. Les Allemands ont ensuite déroulé, les déboulés de Kingsley Coman côté gauche et centres de Joshua Kimmich à droite faisant d'énormes différences.

 

 

Quel intérêt trouver dans ce match retour? La possibilité de revoir sur un même terrain et dans un match de phase finale de C1 un bout d'équipe sorti de Football Manager 2007: Adriano, Ricardo Quaresma, Ryan Babel, Vagner Love et le poétique duo Pepe-Gary Medel. Lequel trouvera peut-être un début de réponse pour arrêter une équipe au jeu aussi basique que celui qui a porté le Real vers le titre les deux dernières saisons et tout aussi difficile à contrer tant il met les individualités en position de briller.

 

 

Liverpool FC- FC Porto (5-0 à l'aller)

Comme Besiktas, l'autre rescapé de la poule de l'AS Monaco, Porto est déjà quasiment dehors. Avec plus de regrets toutefois. Parce que le match aller se jouait à domicile déjà, mais aussi car Loris Karius a eu du travail et qu'il n'y a aucune expulsion rapide pour justifier le résultat. À l'inverse, Liverpool a rappelé que sa faculté à se projeter en nombre et à toute vitesse vers le but adverse est létale.

 

 

Difficile d'imaginer apprendre beaucoup de choses d'un deuxième affrontement en vue de la suite de la compétition, le style de jeu des Reds étant connu de tous. Regarder la rencontre, c'est surtout, pour tous ceux qui ne suivent pas le championnat portugais, jeter un dernier coup d'œil cette saison aux performances d'Hector Herrera, Alex Telles et Tiquinho. Et qui sait si, avec un Dejan Lovren titulaire et fidèle à lui-même en défense, Liverpool ne mettra un peu de suspense involontaire…
 

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