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Arno P-E

 

Ancien chroniqueur sur PSGMAG.NET, et supporter du Paris Saint-Germain. Étonnant, non?


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In Bed with le PSG : B. M.

Quelles pensées bouillonnent sous le crâne de Blaise Matuidi, buteur-égalisateur au terme d'un match dont il ne verra pas le retour?

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Le costume est prêt, le survêtement aussi, pour l'entraînement. Ma trousse de toilette n'avait pas besoin d'être complétée, j'avais vérifié la dernière fois. La voiture attend, il n'y a plus qu'à dire au revoir, et on y va. Direction Barcelone. Direction l'histoire du PSG. Notre histoire... Mais peut-être pas la mienne.
 

C'est l'ingratitude du poste, je le savais depuis le début : quand tu joues devant la défense, c'est ton boulot de commettre la faute utile. Même s'il faut payer l'addition seul. Un mauvais repli défensif du milieu, un latéral mal placé, et tu vois l'adversaire partir face à ta défense. Trop loin du but pour le moment, mais déjà deux mètres derrière toi. Impossible à reprendre régulièrement. Ça ne devrait pas arriver si les autres remplissaient leurs tâches défensives comme prévu, et ça se produit à chaque match quand même. L'adversaire part dans ton dos alors soit tu fais la faute tant que ça ne craint rien, pour arranger le coup, soit il y a danger. Donc tu tacles le gars, et suivant l'humeur de l'arbitre, ta réputation, et le score, tu te manges la biscotte ou pas. Presque à chaque match. Je ne dois en vouloir à personne. Le poste veut ça. Et je ne foulerai pas la pelouse du Nou Camp. Voilà. J'y vais quand même. En tribunes.
 

 



 

La mienne de pelouse commence à pousser. Cette allée n'est pas nickel. Il faudra que je demande au jardinier de la tailler à mon retour. C'est une période sympa le mois d'avril, quand on voit repartir les plantes. Avant je n'y faisais pas attention, parce que je vivais en appartement, mais maintenant ça me plaît. Claude m'aide à remarquer ce genre de trucs. Il me dit de me connecter, de ressentir les détails. C'est entre nous. Je crois que personne ne peut comprendre. J'ai arrêté d'en parler parce que ça ne servait à rien. J'en ai un peu marre qu'on me dise que c'est des conneries, que je ne dois pas tout écouter, que c'est bizarre. J'ai confiance en lui.
 

Il me dit de sentir la force de la terre, il me dit d'écouter le vent. Il me dit que je gagnerai de la puissance et de la vitesse. Et là, au moment de m'asseoir dans la voiture, je perçois mon corps comme jamais. Je sais que pourrais bloquer Iniesta, le prendre dans sa course, le voir s'écraser contre moi et lui chercher le ballon, le voler, puis courir et voler, autrement, loin, devant. Récupérer et ouvrir. Tout un match. Je me sens tellement fort aujourd'hui... Quel gâchis.
 

Makelele m'a montré que j'avais tout ça. Il m'a permis de le sortir, une fois, de nouveau, puis souvent, il m'a aidé à le prolonger, à l'entretenir, et à l'apprivoiser. Le roc et le souffle, l'éternité et l'étincelle. Il me montre l'endurance des courses, le jaillissement de la frappe, à travers des riens. On roule maintenant. Je regarde les arbres par la fenêtre. Ils bourgeonnent. À Barcelone, ils seront sans doute déjà en fleurs, ou verts. Ce doit être très fort là-bas, avec le soleil. Peut-être que j'y aurais été encore plus fort moi aussi?
 

Ça m'est immédiatement venu à l'esprit. Sur ce carton, je me suis demandé à quoi bon continuer. On perdait, à domicile, sur un but à la con, et je ne jouerais plus. Ce que j'ai eu mal aux jambes, d'un coup... Et je me suis que j'aurais été fort là-bas. Avec la chaleur et la mer et le bruit. C'était étrange d'avoir mal, la tête de glaise, basse, et de sentir que j'aurais pu tellement donner... Il a fallu repartir, finir le match. En pensant à maintenant: à cet avion que je vais prendre, mais pas pour jouer. Juste pour essayer de soutenir les copains. Avec ce doute : est-ce que je saurai être bon, dans cet avion? Est-ce que je ne vais pas vouloir qu'ils perdent, juste un instant? Qu'ils ne réussissent pas l'exploit alors que je serai absent.
 

J'ai eu peur pendant cette fin de match. Peur d'être égoïste. Je me suis demandé si je réussirai à sourire, et à les aider à se défoncer. Ou si j'allais me laisser dominer par ma tristesse. Cette injustice du milieu défensif. De la faute utile.
 

Montagnes russes. Ibra a égalisé, puis on a encaissé le penalty. Là, je me suis dit qu'il fallait que je reste à la maison. Là, quand on a remonté le ballon, si j'avais pu, je me serais creusé un trou, pour disparaître. J'avais plus rien. C'était juste trop lourd, l'idée de ce déplacement impossible, avec aucune chance de gagner, et même pas le droit d'essayer... Heureusement qu'il y a eu Thiago.
 

J'ai senti sa main serrer mon bras, comme un rêve. Je voyais qu'il me parlait et je n'arrivais pas à entendre. J'étais perdu. Cinq minutes. Encore cinq minutes. Ses doigts devant mes yeux. Il me secoue puis passe au suivant. Encore cinq minutes. Pas de match retour pour moi. Plus que cinq minutes. Je regardais mes pieds. Et sous mes crampons, l'herbe. On ne le voit pas, mais en cinq minutes, l'herbe pousse un peu. Un rien. Et de cinq en cinq, ces riens font un brin. Un autre rien, mais qui fait une pelouse.
 

Mes cinq minutes. Mon rien. Des courses, encore, un sac de cailloux sur le dos, et un ballon de Lucas loin devant, qui s'envole... Jallet qui a contrôlé, Jallet qui a centré. Il paraît qu'il ne sait pas faire. La balle a poursuivi sa migration vers Ibra et moi je savais déjà. J'avais eu deux ou trois occasions identiques, j'avais tenté comme il me disait alors je me suis placé encore une fois, comme un courant d'air. À l'entrée de la surface, entre les lignes, invisible souffle. Derrière les milieux, devant les défenseurs. Là où l'herbe pousse seule. Et j'ai attendu cette balle, les pieds dans ses brins. Des pieds de roche, lourds, durs. Des pieds pour frapper. Même si elle venait sur mon mauvais côté, il fallait juste bien la prendre. J'ai senti, dans mon coup de pied, que la balle partait droit. Le mauvais pied. Et elle a été contrée. Et la liane Valdès s'est tordue. Et cette balle a mis un milliard d'années à franchir la ligne. Et un simple coup de vent l'aurait fait sortir.
 

Mais elle est rentrée. Mais j'ai senti que je ne les abandonnerai pas. Ce match retour, c'est aussi le mien. J'avais marqué pour eux. Que l'on se qualifie ou pas, on aura écrit l'histoire ensemble. J'ai couru, vers le banc, remercier Claude. J'ai couru vers le Parc, tout autour, remercier les gens. J'étais le galet dans le torrent, j'ai sauté, rebondi. J'avais tellement peur de les trahir demain. J'ai aidé mon équipe, jusqu'au bout de mon chemin. Je suis sûr que je vais les soutenir là-bas, vraiment les accompagner. Alors pourquoi cette boule dans ma gorge, assis à l'arrière de cette voiture?
 

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