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Arno P-E

 

Ancien chroniqueur sur PSGMAG.NET, et supporter du Paris Saint-Germain. Étonnant, non?


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In Bed With le PSG : S. A.

Grand témoin du PSG qui change, Sylvain Armand ne veut plus rien rater. Et lui sait que Paris-Barcelone n'est qu'un match aller.

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Ça y est, les internationaux sont revenus au Camp des Loges, on va de nouveau pouvoir travailler correctement. Pendant les trêves internationales, maintenant, le groupe est si réduit qu'on ne peut plus rien mettre en place. Ce n'est pas idéal, mais j'en profite pour m'occuper des détails. J'ai commandé une nouvelle paire d'alu, vérifié tous mes moulés, au cas où... J'aime savoir où j'en suis. Parce qu'on dira ce qu'on voudra sur la qualité des gars chargés de préparer notre matériel, je préfère que personne ne touche à mes chaussures. Je sais que le staff veut nous éviter de nous disperser, pour que l'on n'ait qu'à gérer le football, mais je gère le football et mes chaussures, tout simplement. Le lavage, la souplesse, les accrocs au niveau des coutures, au moins je sais exactement où j'en suis. Ensuite, oui j'ai l'esprit libre, et après ça, je ne me prends pas la tête. Une fois que je l'ai fait.
 

Certains gamins qui signent leur premier contrat au PSG découvrent les services donnés aux pros. Quand ils ont compris tout ce à quoi ils avaient droit, c'est tout juste s'il ne faudrait pas qu'on leur remonte leurs chaussettes à la mi-temps. Le pire, c'est qu'il y a limite des employés pour ça. Mais c'est une erreur. Depuis le temps, je connais la façon dont il faut que je prépare mon matériel, au millimètre. Pour que je me sente bien. Personne d'autre ne peut me faire ça. Et quand on m'appelle pour rentrer sur le terrain, pas d'improvisation, pas de question. Mon maximum.

 



 

C'est ce qui est le plus difficile à comprendre pour les nouveaux : comment, et pourquoi il faut se mettre en position de donner son maximum, tout le temps. Parce que ça n'est pas qu'une histoire de technique, ou de préparation physique, ni même de matériel. C'est une façon de penser. Je vois bien que dans le groupe beaucoup attendent des récompenses. Il n'y a qu'à voir la comédie à propos du match contre Barcelone: les mecs sont tellement contents qu'ils déraillent. Leur famille va venir au Parc les voir jouer contre Messi, et voilà. Ils me disent que même si on se fait battre, ça ne sera pas grave, vu qu'on aurait perdu contre le Barca. Ils me sortent qu'arriver en quarts c'est déjà bien pour une première Ligue des champions. Ça me fait mal pour eux. Ce PSG-Barcelone, c'est leur médaille. Je crois qu'ils se trompent, tout simplement. Et je n'arrive pas à le leur faire entendre. Peut-être qu'il faut faire ses propres erreurs. J'ai fait les miennes.
 

Moi aussi, en début de carrière, je l'ai jouée, la Ligue des champions. Avec Nantes, à une époque où il n'y avait même pas de quarts de finale. On appelait ça la deuxième phase de poules. On s'est bien fait ramasser. Mais ça ne nous semblait pas grave. On se trouvait plein d'excuses. Parce qu'on n'était qu'un club formateur, face aux gros budgets, c'était un peu normal d'exploser. Et puis je pensais me refaire, tôt ou tard. Progresser, et aller plus loin la fois suivante, avec les potes. Sauf que j'aurais pu l'attendre longtemps la fois suivante. À la Beaujoire, la Ligue des champions, c'est vite devenu un mirage.
 

Deux ans plus tard je suis parti au PSG, pour la rejouer. Pour rejoindre un club ambitieux. Bilan: six petits matches la première saison, et puis s'en va. Je ne me suis même pas rendu compte, sur le moment. Comme si je ne voyais pas s'accumuler les saisons. Ça a juste défilé. J'ai croisé des tas d'entraîneurs, de joueurs. Du meilleur au plus ridicule. Je me demande combien j'ai pu croiser de joueurs... J'ai gagné des coupes aussi, et je me suis qualifié à la dernière minute de matches européens. J'ai vu les virages mourir et les Qataris changer la face du groupe. Et j'ai oublié à quoi ressemblait le frisson de la petite musique. Ce moment où tu t'alignes sur le terrain, dans ton stade, pour entendre la musique de la Ligue des champions. Je l'avais, je croyais le posséder pour toujours, et je l'ai perdu.
 

Il m'aura fallu attendre huit ans pour réentendre la petite musique au Parc. Huit ans c'est presque une carrière. Entre parenthèses. Dire que je croyais que j'y aurais toujours droit. Plus de trois cents matches. Parce que le PSG est passé au travers. Parce qu'on a failli. Parce que la crise, la saison de transition...
 

Alors maintenant, titulaire ou pas, je veux être prêt. Et au maximum. Je ne laisserai rien passer, ni de ce PSG-Barca, ni de tous les autres matches. Je le leur dis: ça peut ne plus revenir. Plus jamais. Vous pourriez oublier. Ils n'écoutent pas. Ils ne voient que la venue de Barcelone. Ils s'arrêtent ici.
 

Ça me fait mal. Ce match, ni eux, ni leur famille n'en retireront rien. Ils se trompent. J'ai tellement envie de les secouer, qu'ils comprennent! Ce match ne peut pas être un sommet, ni un aboutissement. Ce n'est qu'un match aller. Ils croient tenir leur Graal, alors que ce n'est qu'un quart de finale aller! On n'en sortira qu'avec du doute, ou avec le poids d'un futur cauchemar. Gagner, ce serait la promesse d'une semaine à se demander quelles sont nos vraies chances. À ne penser qu'à Milan, à l'échec. Pas de joie possible, là. Ils ne l'ont pas compris: même si on l'emporte, il n'y aura pas d'esprit de fête. Juste une petite question, qui s'accrochera.
 

Et si on perd... Mon Dieu, ils ne sont pas préparés à ça. Va passer une semaine à te demander comment refaire ton retard, alors que tu viens de comprendre que c'est quasi impossible. Va chercher l'agressivité dans la défaite, alors que quelques heures avant le match, tu t'imaginais encore vivre un accomplissement. Une fin.
 

Ce Paris SG-Barcelone, ce n'est qu'une étape. Ceux qui ne se projettent pas au-delà ne la passeront pas. Je vais arrêter d'essayer de le leur dire. Tant pis. À moins d'un miracle, je ne serai même pas titulaire. Ce match, ce sera du banc et, suivant le scénario, quelques minutes de jeu. Ma carrière se termine. J'ai manqué tant d'affiches. Il est temps maintenant de me recentrer. Tant pis pour eux. Je pense à ces minutes. Les miennes. Je les veux.
 

J'ai vérifié mes chaussures, encore. Ce match ne sera qu'un combat. Je n'attends pas de joie. Pas de fierté ici. À la fin peut-être. Je travaille pour plus tard. Pour tout prendre. Il faudra aller plus loin. Se concentrer sur soi. Il faudra tout donner. Quoi qu'il advienne. Je serai prêt.

 

In Bed withMamadou Sakho, Thiago Silva, Javier Pastore, Zlatan Ibrahimovic, Clément Chantôme, Jérôme Rothen, Jérémy Ménez.
 

 

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