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Raphaël Cosmidis

 

Intéressé par la tactique, membre des Dé-Managers, il croit en la littérature de sport. 


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Une simulation un peu surjouée

Javier Pastore, l'étoile du berger

Auteur de sa meilleure saison au Paris Saint-Germain, Javier Pastore a pris le contrôle du jeu face à Monaco dimanche dernier. Et si l'Argentin devenait bientôt le guide du PSG?

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Il ne lui a pas fallu grand chose pour apparaître. Juste un peu plus de liberté et une place dans l’axe. D’abord positionné sur l’aile gauche contre Monaco dimanche soir, Javier Pastore est devenu entier lorsqu’il l’a quittée, regagnant l’axe, derrière les attaquants, une aire qu’il n’a que trop peu vue depuis sa signature au PSG.

 

Lors de sa première saison au Paris Saint-Germain, El Flaco brille, dribble, marque, passe, invente et impressionne. Des petits ponts dans tous les sens, des buts dans tous les styles. Un jeu fantaisiste, permis par son imagination et un certain élément de surprise. Pastore n’est pas heureux pour autant. En décembre 2011, il regrette dans So Foot la rigidité de sa fonction sur le terrain. Il se remémore le pays, acquiesce quand Angel Cappa, son ancien coach à Huracan, évoque son besoin de respirer dans le jeu, de parler balle au pied, plus qu’il ne le fait sous Antoine Kombouaré. Le futur entraîneur du RC Lens réserve pourtant l’axe à l’Argentin. En janvier 2012, Johan Cruyff dévoile de quelle manière il emploierait l’ancien Palermitain: “C'est un joueur qui a retenu mon attention. Quand nous avons disputé le match Catalogne-Argentine, je l'ai vu et certains détails de son jeu m'ont plu. Ce qui est curieux, c'est que j'ai souvent pensé qu'il pourrait être un très grand joueur s'il jouait plus bas qu'il ne le fait actuellement. C'est pourquoi il faudrait que je le voie davantage pour comprendre pourquoi je veux le faire reculer et pourquoi les autres entraîneurs le font jouer si haut.
 

 


 


À l’arrivée de Carlo Ancelotti, les cartes sont rebattues mais Pastore reste dans la ligne offensive, évoluant parfois en faux numéro 9, permutant régulièrement avec Jérémy Ménez et Nenê. Le technicien transalpin mise pendant quelques mois sur son fameux sapin de Noël, avant de l’oublier au début de l’exercice suivant devant son insuccès. Le PSG passe en 4-4-2, et disparaît avec le 4-3-2-1 la possibilité pour Pastore de s’essayer à un football plus loin du but, même si quelques courtes expériences ne génèrent pas de regrets. Le numéro 27 découvre ainsi le jeu sur les ailes, sans vraiment s’y restreindre. Au Camp Nou, en quarts de finale de Ligue des champions, c’est en fuyant le flanc gauche et en rejoignant Lavezzi et Ibrahimovic dans l’axe qu’il perturbe le Barça (1-1, but de l’Argentin). Pastore ne sera jamais un joueur de côté, tout comme il n’aura jamais un positionnement discipliné. Il aime se balader, presque vagabonder, se rendre là où l’on a le temps de penser et des choix à faire.

 


Un soir au Camp Nou

Fin mars 2013, deux semaines avant de se déplacer à Barcelone pour y marquer le but qui fera s’écrier le poète Omar Da Fonseca – “On parlait de rêve, de désir, d'espoir! Tout a été accompli!” –, Pastore confie son admiration pour Andrés Iniesta à la radio espagnole: “La façon dont Iniesta joue m’impressionne. Quand je regarde un match du Barça, je me concentre principalement sur lui.” À l’antenne de RMC, après l’élimination du PSG malgré une belle prestation des Franciliens, Luis Fernandez mentionne une conversation avec Xavi et Iniesta: “Ils m’ont dit la même chose après la rencontre: Javier Pastore est celui qui leur a posé le plus de problèmes.” Sergio Busquets, qui a vu un Pastore chevelu débouler dans sa zone, est du même avis: “Moura et Pastore nous ont fait passer un sale moment.

 

Les milieux catalans ne citent pas Zlatan Ibrahimovic. Ce n’est pas contre eux que le Suédois s’est bagarré, s’attelant à une tâche inhabituelle pour lui: gagner les duels aériens pour que les autres puissent jouer au sol. L’enfant de Malmö s’en est plutôt bien sorti, participant moins au jeu qu’il ne l’aurait voulu. Depuis son arrivée, la cohabitation avec Pastore a parfois été compliquée, en particulier pour El Flaco, qui ne peut espérer rivaliser dans l’influence et le charisme avec son aîné. Pastore doit vivre et jouer selon Ibrahimovic, parce que l’ancien de l’Ajax, faux numéro 9 et semi-meneur de jeu à Paris, occupe le rôle vaste et libre que Cappa réclame pour son poulain. “C'était l'arme principale de l'Huracan de Pastore: il surgissait là où on ne l'attendait pas. Javier comprend très bien le jeu et sait utiliser les espaces au bon moment”, se souvient l’entraîneur moustachu en octobre 2011.

 

Depuis, Ibrahimovic a gardé les clés du PSG, le droit au dézonage, et Pastore s’en est accommodé. “Je comprends mieux ses mouvements. S'il décroche et vient dans ma zone, c'est à moi de me déplacer dans sa position pour marquer ou prendre l'espace libre. Sur les derniers matches, nous avons bien combiné”, explique l’Argentin en décembre 2014 à propos de sa relation avec celui qui a pris le numéro 10 dès que possible, comme pour affirmer son autorité dans le vestiaire et sur le jeu.

 


Javier et Sergio

Au terme de la saison 2013/14, le PSG est champion mais Javier Pastore rate la Coupe du monde au Brésil. Alejandro Sabella et Lionel Messi s’envolent pour une finale sans le Parisien. Pastore, qui n’est jamais aussi fort que dans les grands matches, en manque sept. Pendant que l’Argentine pleure l’absence d’Angel Di Maria pour le dernier acte face à l’Allemagne, Pastore est assis sur son canapé. Il reprend la pré-saison avec Paris et le reste des non-mondialistes. Ses compatriotes, eux, partent en vacances.

 

Un mal pour un bien, peut-être. Pastore semble revigoré lorsque la saison 2014/15 débute, au contraire du Paris Saint-Germain, qui ne perd pas mais gagne peu. Profitant des blessures et des méformes de ses coéquipiers, le natif de Cordoba joue et joue encore. Depuis sa première saison dans la capitale, il n’avait jamais enchaîné autant de matches avec une telle régularité dans le contenu. Moins décisif, sans doute moins fou dans sa prise de risques, il renoue néanmoins avec le dribble, disparu de son jeu en même temps que sa confiance lors des mois précédents, à l’exception de quelques secondes surréalistes face à Chelsea. Alors que l’impact de Zlatan Ibrahimovic se réduit (49 passes, 5,3 tirs et 2,1 occasions créées/90 minutes lors de la saison 2013/14, 46 passes, 3,7 tirs et 1,5 occasions créées cette saison), le statut de Pastore et sa reconnaissance progressent. Le Parc des Princes chante son nom, Tata Martino, successeur de Sabella, le rappelle en sélection, et Laurent Blanc lui fait confiance pour bloquer Sergio Busquets en phase de poules de la Ligue des champions. Il le place dans l’axe, entre Cavani et Lucas Moura, et face à celui qu’il avait déjà embêté un an et demi, un coach et un système de jeu plus tôt.

 

Pastore réédite la performance. Il pilote les contre-attaques du PSG, met Lucas Moura dans de bonnes conditions et laisse Matuidi courir au second poteau pour finir le boulot. Ce 30 septembre 2014, le maigre muscle son jeu. Il crée deux occasions, réussit trois dribbles (autant qu’Iniesta, un de moins que Moura) et quatre tacles (un de moins que Matuidi, un de plus que Verratti). Le PSG vainc le Barça trois buts à deux. Désormais utile quand il faut défendre, Pastore est surtout réconcilié avec son pied droit, trouvant les lignes de passes qu’il ne voyait plus. Cette saison, l’homme à la voix innocente est dans le top 10 des joueurs qui donnent le plus de “through balls” en Europe, passes qui envoient un partenaire dans le dos de la défense, face au gardien. Lionel Messi est évidemment premier, devant des noms qui rassurent sur la pertinence de la statistique: Payet, Fabregas, De Bruyne, David Silva, Krohn-Deli ou encore Coutinho. Pastore, septième (0,4 through ball par match en Ligue 1 selon WhoScored, 0,8 pour Messi), figure entre Andrès Iniesta et Alexis Sanchez. Rarement une mauvaise chose.

 


Monarque à son tour ?

Retour à Louis II, le 1er mars 2015. L’ancien d’Huracan n’est pas le seul facteur d’une deuxième période parisienne qui ressemble à celle réalisée face à Chelsea (1-1) quinze jours plus tôt au Parc des Princes. Il est cependant au centre de tout. En investissant le camp adverse au lieu d’être retranché dans le sien, le PSG retrouve quelque peu la force de la saison 2013/14: des récupérations rapides et un ballon qui évite de redescendre trop bas. Lorsque David Luiz respecte son petit rôle, livre le cuir à Marco Verratti parce que celui-ci s’en sert mieux, Pastore touche la balle entre les lignes et Paris avance. Le circuit du petit Italien au longiligne Argentin est le plus fréquent de la rencontre (dix-huit passes données par le premier au second).
 

 


 


En première mi-temps, Laurent Blanc avait demandé à “Ravié” de venir plus souvent à l’intérieur du jeu, de se rendre plus disponible. Au retour de la pause, c’est derrière Ezequiel Lavezzi et Edinson Cavani qu’il démarre, annonçant sa prise de pouvoir. Il fait les bons choix, lâche le ballon dans le bon tempo et attaque les espaces quand le PSG part en contre. Lorsque Monaco tente de supprimer ces espaces, il les matérialise. Comme peu de joueurs, Pastore a le don de créer quelque chose à partir du néant, quand le bloc adverse est en place, quand rien ne semble évident, quand la profondeur existe à peine.

 

Ce Javier Pastore-là est celui qu’a connu Delio Rossi à Palerme, celui qu’il racontait en octobre 2013: “Moi, je le faisais jouer en meneur de jeu, derrière les pointes. Parce que selon moi, c'est lorsqu'il est derrière les pointes qu'il s'exprime le mieux. Mais surtout, surtout, je le laissais libre. Et Javier, lorsqu'il est libre, est capable d'aller chercher la balle derrière, de la remonter, de jouer entre les lignes. Après, il faut bien comprendre une chose: je faisais jouer l'équipe en fonction de Javier. À Paris, c'est différent, il y a bien plus de très bons joueurs, et de joueurs très importants.” La conclusion de Rossi fait forcément référence à Zlatan Ibrahimovic, patron partout sauf à Barcelone où Messi était trop fort.

 


Un destin à embrasser

Si l’envie de mettre le PSG entre les pieds de Pastore grandit (a-t-il assez de personnalité pour en hériter?), l’enlever au Suédois se justifie difficilement. Il n’est pas encore temps de prononcer “Le Roi est mort, vive le Roi”. Et en relisant Angel Cappa, il faut probablement s’en féliciter. Javier Pastore n’a pas encore atteint l’âge adulte de son sport: “Le but pour un joueur devrait être de gravir les échelons un à un, et d'arriver à son apogée à vingt-six ou vingt-sept ans.

 

Contre Monaco, le dernier des meneurs de jeu filiformes (en attendant de voir ce que deviendra André Gomes, jeune Portugais du FC Valence) n’a pas marqué, n’a pas donné de passe décisive ni de “through ball”. Mais il a pris le volant et conduit le PSG à travers l’un de ses meilleurs matches cette saison. En août dernier, interviewé par ESPN, Zlatan Ibrahimovic pensait prendre sa retraite à l’été 2016. Javier Pastore aura alors vingt-sept ans.

 

C'est quelqu'un qui n'a pas du tout peur de prendre ses responsabilités. C'est aussi quelqu'un qui ne fuit pas”, disait de lui Delio Rossi. L’aptitude d’El Flaco à convaincre lors des grandes occasions le prouve. La plus ardue, pas si lointaine, sera décisive dans l’histoire de Pastore. Guider le PSG post-Ibrahimovic, voilà une mission digne d’un amoureux de Juan Roman Riquelme, pour qui le joueur formé à Talleres révélait sa flamme, en français, en novembre dernier: “Riquelme, c’est le patron, on lui donne tous les ballons”. Le devenir à Paris rapprocherait un peu plus Pastore de son idole.

 

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