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Christophe Zemmour

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Thomson 1931, dernier arrêt avant le paradis

Un jour, une parade – Lors du Old Firm du 5 septembre 1931, John Thomson, prometteur portier du Celtic Glasgow, trouve Sam English sur sa route, mais aussi la mort. Une sortie à la fois triste et légendaire, qui unit les fans du Celtic et des Rangers.

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Le poste de gardien de but a toujours suscité mystères, railleries, légendes, personnalités fortes. Récemment, Jonathan Wilson, auteur du célèbre Inverting the Pyramid, a consacré un ouvrage à ce sujet, intitulé The Outsider. Parmi ces “étrangers”, il y a certaines icônes, des talents vivaces et des disparus tragiques comme John Thomson, natif de Kirkcaldy en Ecosse et jeune gardien talentueux de l’entre-deux-guerres. À seulement vingt-deux ans, il doit sortir du terrain de l’Ibrox Park. Et de la vie.
 

 

John Thompson Celtic Glasgow 1931

 


Tête la première

En ce 5 septembre 1931, 80.000 spectateurs garnissent les tribunes du stade des Rangers pour ce derby face au Celtic. À cette époque, supporters et joueurs du club au trèfle sont presque tous de confession catholique. Thomson, outre cultiver la particularité d’être un gardien courageux et gracieux malgré son petit gabarit, est protestant. À son coéquipier Jimmy McGrory, qui disait de lui qu’il avait des “mains d’artiste”, il fait part de son malaise lors du précédent Old Firm, pendant lequel un adversaire le traita encore et encore de “papish bastard”.
 

La première période du match est soporifique et aucun but n’est marqué. Cinq minutes après la reprise, Jimmy Fleming lance Sam English dans la surface du Celtic. Thomson sort à ses devants, bras et visage sur le ballon. Les deux adversaires se percutent et le tir de l’attaquant des Rangers est détourné en corner. On salue et on injurie l’action dans les tribunes, mais il se passe quelque chose de grave sur le terrain. English, qui a voltigé par-dessus Thomson, se relève promptement en boîtant et se dirige vers le portier, qui git à terre. Certainement pas pour le blâmer, mais plutôt pour demander urgemment un secours médical.
 



 


Crâne brisé, ville unie

Premier spectateur de l’incident, English a probablement tout de suite mesuré la gravité de la situation. Son genou a touché de plein fouet le crâne de Thomson. La fiancée de ce dernier, Margaret Finlay, fond en larmes tandis qu’il est évacué sur civière et transporté à la Victoria Infirmary. Le silence gagne petit à petit Ibrox Park. Le diagnostic est une fracture des os pariétaux droits du crâne de deux pouces de diamètre. S’ensuivent une convulsion majeure à 17h et une opération en urgence ratée destinée à diminuer la pression causée par le gonflement cérébral. John Thomson s’éteint à 21h25.
 

L’émotion gagne Glasgow, fans de Celtic et des Rangers confondus. La police doit intervenir pour éviter une bousculade devant la foule massive qui veut pénétrer dans la Trinity Congregational Church où Peter Wilson, coéquipier de Thomson, doit lire un texte en hommage au défunt. Des milliers de personnes se réunissent à la station de Queen Street pour voir le transport du cercueil vers Cardenden, où Thomson a grandi. Sa tombe dans le cimetière de Bowhill a été le lieu du pélerinage lors du 80ème anniversaire de sa mort, durant lequel de nombreux fans ont recréé la marche de 55 miles depuis Glasgow que certains avaient effectué le 9 septembre 1931, jour des funérailles.


John Thomson est donc de ceux pour lequels une légende s'est créée, plus sur les promesses nées de leur jeune talent et de leur mort prématurée que sur leurs réels accomplissements. John Arlott dit à propos de lui qu’il fut “un grand joueur qui vint au jeu comme un garçon et qui le quitta alors qu’il était encore un garçon; il n’eut ni prédecesseur, ni successeur. Il était unique.” Son entraineur Willie Maley pensait que “de tous les gardiens prometteurs que le Celtic a eus, John Thomson était le plus grand. Jamais il n’y eut un gardien qui captait les frappes les plus puissantes avec autant de grâce et de facilité.” Quand il mit un terme à sa carrière en 1938, Sam English, dédouané pour l’accident, confia qu’il avait vécu “sept années de sport sans joie” depuis le drame. Mais comme il est écrit sur la pierre tombale de John Thomson: “They never die who live in the hearts they leave behind."

 

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