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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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The Anatomy of Manchester United

José Mourinho et Pep Guardiola, destins croisés de deux anciens Barcelonais

Bibliothèque – Dans The Barcelona Legacy, Jonathan Wilson raconte l'évolution du jeu depuis trente ans à travers l'influence de l'école barcelonaise depuis le passage de Johan Cruyff en tant que coach.

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José Mourinho face à Pep Guardiola. Ce duel, qui a marqué la Ligue des champions, rythme désormais le championnat d'Angleterre. Mais, avant de se retrouver à la tête des deux clubs de Manchester, les deux hommes se sont connus à Barcelone, le Portugais étant membre du staff de Bobby Robson puis Louis van Gaal, qui fera du Catalan son capitaine. Le début d'une longue histoire commune.

 

 

Chemins qui se croisent

C'est là le point central du récit de Jonathan Wilson dont l'ouvrage, The Barcelona Legacy: Guardiola, Mourinho and the Fight For Football's Soul, annonce la couleur dès le titre. D'un côté, l'héritier de Johan Cruyff, qui assume sa filiation avec celui qui fut son entraîneur et veut que son équipe ait le ballon. De l'autre, l'ange déchu (Wilson utilise presque autant le terme fallen angel que post-Cruyffism), qui se sent plus fort quand il ne l'a pas.

 

 

Après avoir posé le cadre, rappelant les principes de l'ancien coach de la Dream Team et les conditions de son départ, l'auteur présente la partie la moins connue de la carrière de Mourinho. Une enfance passée dans une propriété appartenant à son grand-oncle, grand supporter de la dictature de Salazar, où un domestique sert de gardien de but quand José joue au foot. Puis un intérêt pour la psychologie et un rapprochement avec Bobby Robson, qu'il accompagnera en Catalogne.

 

Son chemin croise alors celui de Louis van Gaal, personnage majeur du récit puisque trait d'union entre son meilleur ennemi Cruyff et nos deux héros – mais aussi héritier du football total. Au-delà des authentiques moments comiques que l'ego de "LVG" procure (il est par exemple persuadé d'être bon psychologue), il est surtout l'homme qui aide le Portugais à grimper les échelons... même si ce dernier sait savonner la planche de ses rivaux pour gagner du temps.

 

 

Naissance d'une rivalité

Les relations entre Guardiola et Mourinho sont alors cordiales à défaut d'être amicales, et le futur Special One, qui se charge surtout d'étudier les adversaires mais reste surnommé "Le traducteur" par le président Josep Lluis Nuñez, travaille au sein d'une équipe qui veut le ballon, ne contre-attaque à peu près jamais et construit son jeu autour de circuits offensifs répétés. Tout l'inverse de ce qu'il fait depuis quelques années.

 

La cassure, Jonathan Wilson la place à deux périodes. La première intervient en 2008, quand, malgré un fort lobby, Guardiola est choisi à sa place à la tête du club catalan. Lui dont la périodisation tactique a contribué à révolutionner la manière dont les équipes s'entraînent et qui empilait les titres sans se préoccuper des autres développe alors une rivalité personnelle. En éliminant Barcelone avec l'Inter en demi-finale de Ligue des champions deux ans plus tard, il remporte un succès symbolique et fait également passer l'opposition sur le plan stylistique.

 

Cette double confrontation, et surtout le match retour joué façon catenaccio – avec une célébration solitaire immortalisée par un cardboard taille réelle qu'il mettra dans son bureau en Espagne –, accélère le rapprochement entre Mourinho et le Real, dont l'objectif commun passe par le fait de renverser Barcelone et son entraîneur. Quitte à faire preuve de cynisme, sur le terrain (qui a oublié cet enchaînement de Clasicos entre le Real Attentats et le FC Simulation?) et en dehors.

 

 

Mourinho, coupable de se voir en victime

Car si Jonathan Wilson regrette l'évolution tactique du Portugais, il n'hésite pas non plus à régulièrement critiquer sa communication. Exemples à l'appui, et quitte à jouer aux apprentis arbitres, il met en rapport les plaintes répétées avec une réalité loin de lui être défavorable. Émerge alors toute la violence d'une rhétorique trumpienne qui, sous prétexte de protéger les joueurs des critiques et créer les conditions d'un rapprochement du vestiaire autour du "seul contre tous", invente une réalité parallèle remplie de grands complots.

 

 

Cette attitude, qu'on pouvait considérer anecdotique à Chelsea ou à l'Inter, ne le sera pas à Madrid. Club au code d'honneur non-écrit et à l'institution qui revendique une certaine classe, le Real vit mal les écarts verbaux de son coach. S'il gagne son bras de fer en interne avec le classieux Jorge Valdano et convainc un temps ses joueurs, ils ne le suivent pas aveuglément comme les précédents – au palmarès généralement bien moins fourni et plus revanchards.

 

Quand il décide de mettre ses doigts dans les yeux de Tito Vilanova et, plutôt que de montrer des remords, traite les fans qui le critiquent d'"hyprocrites" et "pseudo-Madridistas", un cadre comme Iker Casillas préfère renouer ses relations avec Xavi et Carles Puyol, abimées par la violence des Clasicos. Les adversaires plutôt que l'entraîneur, un désaveu qui passe mal. Des informations sur les compositions d'équipes fuitent dans la presse, Mourinho devient paranoïaque et part dans une drôle d'ambiance malgré un titre de champion lors de sa deuxième saison.

 

 

Et maintenant ?

Et Guardiola dans tout ça? S'il continue sa route, l'ouvrage s'attarde peu sur l'évolution de ses idées, ne mentionnant par exemple pas le changement de dispositif lors de sa dernière saison catalane. Et c'est bien le vrai défaut de The Barcelona Legacy, pourtant écrit par un (ancien?) spécialiste de la tactique: il ne parle pas vraiment de jeu.

 

Facile à lire, intéressant quand il rappelle l'influence de l'école néerlandaise et bien construit dans sa chronologie, le livre passe plusieurs chapitres à résumer rapidement des saisons à la fois riches sur le plan des idées (certes développées ailleurs, notamment dans notre cher Les entraîneurs révolutionnaires du football) et très récentes. Quiconque ayant regardé les matches du Bayern de Guardiola, du Chelsea de Mourinho et du Manchester de Van Gaal, s'il se rafraîchira la mémoire, n'apprendra rien de bien neuf dans les dernières parties.

 

Bien sûr, on apprécie le parallèle entre l'Ajax et Barcelone, clubs à l'identité de jeu forte mais plombés par les guerres politiques. On comprend mieux pourquoi les Néerlandais ont la réputation d'avoir une haute estime d'eux-mêmes, et l'évolution stylistique de Van Gaal et Ronald Koeman, apôtres d'un style qu'ils trahissent sans trop l'avouer quand la situation l'exige.

 

Mais le principal propos ici, certes bien amené, est la simple justification d'une théorie avancée par Jonathan Wilson depuis des années: Johan Cruyff aurait créé un style qui, depuis sa reprise et sa modernisation par Guardiola, sculpterait le football actuel. Autant via le succès de ses partisans que pour le positionnement de son principal pourfendeur, José Mourinho, qui ferait tout pour faire triompher le modèle inverse.

 

Une fois la lecture terminée, on comprend la différence de conviction entre les techniciens qui ont baigné dans une philosophie et les "pièces rapportées", ceux obligés de l'adopter pendant un temps sans qu'on sache s'ils y ont un jour cru. Mais impossible d'avoir la moindre piste sur la question la plus actuelle: le manque de spectacle offert par Manchester United est-il effectivement lié à un rejet de Guardiola et donc de son style, qu'un coach avec un tel ego ne supporterait pas d'imiter? Ou, comme Van Gaal à Alkmaar et en sélection, José Mourinho pense-t-il simplement qu'il n'a actuellement pas les joueurs pour presser et multiplier les passes?

 

 

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