auteur
Rémi Belot

Du même auteur

> déconnerie

Cinédine Zidane

> article suivant

Incalifiés

> article précédent

Les cadeaux de San Nicola

> article précédent

Célébration ratée ? Expulsé !

Julien Brun : "Quand je vais au stade, j'ai dix piges"

Julien Brun est l'une des figures montantes du commentaire télé. Il nous explique, tout en décontraction, sa conception du métier. Interview.

Partager

 

C'est jour de tirage au sort de Ligue des champions: en plateau, Alexandre Ruiz, accompagné de Daniel Bravo, commente pour beIN SPORTS la composition des groupes des trois clubs français engagés dans la compétition. À quelques mètres de-là, dans les bureaux de la chaîne, les ex-sportifs Mehdi Baala et Ghani Yalouz débrieffent "athlé", après l'émission qu'ils viennent d'enregistrer sur le sujet. Quant à Julien Brun, pour lui, c'est repos: pas d'antenne ce soir-là. Jean, sneakers et chemise blanche, le journaliste de trente-huit ans est venu répondre à nos questions, en toute décontraction. Passé jadis par Eurosport, RFI et Canal Plus, il est désormais commentateur pour beIN SPORTS depuis la création de la chaîne en 2012.

 

S'il a accepté la rencontre, c'est d'abord parce qu'en amateur de ballon rond, ce grand bavard aime à parler de son sport préféré (il est aussi fan de cyclisme – personne n'est parfait). Mais c'est aussi parce que les Cahiers du football ne lui sont pas inconnus. Lui qui traînait, à l'aube des années 2000, sur le forum d'un site découvert par l'intermédiaire de son meilleur ami: "C'était les débuts d'Internet, l'occasion de discuter avec des gens qui avaient comme moi une vision hyper positive du foot. Je pensais n'avoir que trois potes qui pensaient la même chose, et j'en trouvais d'autres à Toulouse, à Marseille, à 500 bornes de chez moi." Quant au site, même s'il le lit "un peu moins qu'il y a quelques années", il avoue partager pas mal de ses valeurs: "La vidéo par exemple, je pense que les Cahiers ont raison de se battre contre ça. Le récent article sur l'arbitrage à cinq, je suis totalement d'accord. En revanche, il y a des trucs avec lesquels je suis moins en adéquation, comme le cÖté angéliste ou 'c'était mieux avant', parce que je ne suis pas du tout nostalgique." Un "sympathisant critique", donc, qui a accepté de nous expliquer sa vision de son métier, en toute franchise.

 

 

 (Photo vivienlavau.fr/keepDiggin) 

 

La Ligue 1 vient de reprendre, mais le grand événement de cette année 2016, c'était l'Euro. Comment tu l'as vécu?
Je l'ai plutot très bien vécu, globalement. Sur les grosses compétitions, tu as toujours les yeux qui brillent, entre les matches, l'ambiance, les joueurs que tu découvres et les stars que tu ne vois que rarement... Et en même temps c'était marrant de faire ça "à la maison", ça ressemblait parfois à une journée type de Ligue 1. Le matin je me levais, ma femme me disait "Tu vas où?" et moi je répondais: "Ben, à Saint-Étienne". Comme dix dimanche dans l'année quoi! (rires) Donc je faisais l'aller-retour, parfois dans la journée. Le côté très positif, c'est que tu peux voir ta famille et tes amis entre les matches. En revanche, dans la manière de vivre la compétition, il y a un truc en moins. Quand tu pars un mois au Brésil ou en Ukraine, tu chiales un peu parce que tu es tout seul, mais tu es à fond dans la compétition. Avant, après le match, tu es dans une sorte de bulle. Ici, la bulle a régulièrement explosé. On n'a pas découvert de stades non plus. Geoffroy-Guichard ou le Vélodrome, ce sont de super enceintes, mais on les connait déjà par cœur.

 

Justement, à propos du Vélodrome, tu as commenté Angleterre-Russie, un match qui a connu de graves débordements. Certains vous ont reproché le traitement de ces événements...
Avant le match on savait qu'il s'était passé quelques trucs, mais ce n'était pas encore très grave et surtout c'était très localisé. Je savais qu'il y avait eu des violences, donc j'y pensais au moment d'aller au stade, mais c'était vraiment bon enfant aux abords du Vélodrome, il y avait une ambiance de fête. Je ne dis pas que tu oublies ce qui se passe quand tu commentes, il faut évidemment l'évoquer, mais on n'avait pas beaucoup d'informations à donner. On a été rattrapés en fin de match par les débordements des supporters russes dans les gradins. Moi, dans la tribune de presse, j'étais éloigné, et qui plus est je n'étais plus à l'antenne. Mais Alexandre Ruiz et les invités qui étaient en bord de pelouse ont été vraiment choqués. En tant que journalistes, dans ces cas-là, on a toujours tort, malgré nous. Si on ne dit rien, on va nous le reprocher, et si on regrette ce genre de faits, on va nous accuser d’être trop Bisounours, ou de ne pas mettre les choses en perspective. Il ne faut pas non plus oublier qu'à ce moment là, on ne savait pas qui avait fait quoi.

 

 

« Les supporters hongrois m'ont mis un coup dans la tronche »

 

Et niveau foot, tu retiens quoi de la compétition?
(Il hésite) Putain, c'est loin... j'ai passé de très bonnes vacances! (rires). Mais je dirais quand même le match que je commente entre l'Angleterre et l'Islande, l'équipe que personne n'attend et qui se qualifie en quarts de finale. Il y a autant d'habitants en Islande qu'à Leicester, tu as soixante chiffres pour dire que c'est tout petit, et même si ce n'est pas le plus grand match de la compétition, il se passe quelque chose ce soir-là. Un autre truc qui m'a mis un coup dans la tronche, positivement, ce sont les supporters hongrois. J'ai commenté un match qui paraissait improbable, a priori, contre l'Islande...

 

Ce fameux match pour lequel il restait des places jusqu'à une heure avant le coup d'envoi!
Oui peut-être, mais les gens ont eu totalement tort! Parce que j'ai pris un énorme coup dans la gueule... au sens figuré bien sûr! Une ambiance ex-ce-ptio-nnelle, un boucan incroyable. Et puis il y a aussi eu ce match de l'Angleterre contre la Slovaquie à Geoffroy-Guichard, où le public anglais chante pendant vingt-deux ou vingt-trois minutes d'affilée...

 

Comment tu prépares les matches que tu commentes?
J'ai un système informatique ultra-développé (rires). Je plaisante, mais d'une certaine manière c'est un peu ça. J'ai des fiches pour chaque équipe, avec des statistiques, des historiques des confrontations... À l'Euro je rajoute quelques chiffres sur la démographie, les principales villes et régions. Tu ne les utilises pas forcément mais tu les as à disposition. Ce n'est pas très différent de ce que tu fais en Ligue 1. La seule différence c'est qu'en championnat, tu réutilises tes fiches et tu les mets à jour au fur et à mesure. Pour l'Euro, tu pars de zéro pour pas mal d'équipes. J'ai aussi des fiches joueur par joueur, avec la morphologie de chacun, les postes principaux et les postes secondaires où ils sont susceptibles de jouer, des informations sur leur pied de prédilection, etc. J'essaye aussi d'avoir une petite anecdote à raconter sur chacun. Et pour l'Euro ou un match de coupe d'Europe, je trouve un journaliste de chaque pays et je demande la prononciation de chacun des joueurs ou du membre du staff, que je note en phonétique pour avoir une prononciation correcte des noms étrangers.

 

Ton collègue Jean-Charles Sabattier disait dans une récente interview à So Foot qu'il prononçait les noms allemands à l'allemande, parce qu'il avait longtemps vécu à Berlin. Toi, tu prononces les noms français à la picarde, vu que tu as longtemps vécu en Picardie?
Oui c'est ça, moi je dis Lucâââ Digne. (rires) Plus sérieusement, en la matière, je pense qu'il faut trouver un juste milieu. D'un côté, tu ne peux pas réclamer d'un commentateur de parler quinze langues différentes. Je n'ai pas fait de langues latines par exemple, donc je ne connais de l'italien ou de l'espagnol que ce que je sais à force de commenter. Et pour le russe ou l'islandais, je ne maîtrise rien du tout. Donc si, comme moi, tu as la chance de commenter au stade – ce qui n'est pas le cas de tous les journalistes –, tu vas demander à un commentateur russe ou islandais s'il peut t'aider: on ne m'a jamais dit non, ça prend cinq minutes par équipe, ça permet d'avoir deux ou trois infos complémentaires sur certains gars, et ça t'évite parfois d'avoir l'air bête.

 

C'est le fameux "Chelstreume" de Christophe Josse, quand il parle du suédois Källström...
Exactement. Et il a raison! Alors bien sûr, si tu prononces exactement avec l'accent du pays, ça peut paraitre ridicule, au milieu d'une phrase en français. Mais c'est un bon exemple: sans prendre un accent suédois en roulant les "r" ou je ne sais quoi, ce n'est pas difficile de dire "Chelstreume" à la place de "Kallstrom".

 

Pour toi c'est quoi un bon consultant?
La qualité majeure qui parait évidente, c'est la maîtrise de la langue. Après, j'aime avoir un consultant qui a l’œil, et qui regarde huit à dix matches par semaine: quand il voit un joueur, j'apprécie qu'il sache dire quelle est sa feinte préférée ou son pied de prédilection. Qu'il aime le foot en quelque sorte, ce qui n'est pas automatique avec tous les consultants. Bruno Cheyrou par exemple, il ne va pas arriver avec un gros dossier de stats. En revanche, je sais que pour une soirée de coupe d'Europe, il aura regardé les autres matches de la semaine, ou des matches des championnats étrangers des équipes concernées. Je n'aime pas que le consultant ne fasse que des généralités: "C'est un joueur intéressant", par exemple... Attention, c'est normal de trouver des pirouettes, on ne peut pas demander à un consultant ou un journaliste de connaître tout le foot. Mais il faut des consultants qui arrivent vite à repérer son point fort chez un gars qu'ils ne connaissent pas. L’œil se travaille en regardant les matches, mais il y a aussi un truc inné de ressenti qui fait les bons consultants.

 

 

Comment tu fonctionnes avec eux?
Tout le monde fonctionne de la même manière: les rôles sont partagés classiquement. Schématiquement: je suis dans la description, le consultant est dans l'analyse. Dans les trente derniers mètres, le consultant me laisse la main, et il la reprend pour l'analyse après l'action. Je n'ai pas de manie absolue. Par exemple je pense qu'on peut être complémentaire sur la partie tactique. Sinon je suis parfois un peu tactile, alors que je ne le suis pas vraiment dans la vie (rires). Mais on parlait de chants tout à l'heure: pour laisser chanter le stade, ou quand on doit donner la parole au journaliste de bord de terrain, je fais un petit signe sur la cuisse par exemple, un petit geste... Le commentateur, c'est comme un chef d'orchestre, il dirige les quatre composantes médiatiques du match: son rôle de journaliste, celui du consultant, le journaliste de bord de terrain, et le son du stade.

 

Le journaliste de terrain, on a parfois l'impression qu'il ne sert à rien, en tant que spectateur. Tu le penses aussi?
Un bon journaliste de bord de terrain, il sert à quelque chose. Il y en a qui ressentent bien ce qui se passe sur la pelouse. Nous, on est très haut en tribune de presse, ce qui se passe sur les bancs, on ne le voit pas. Il perçoit aussi les histoires de fatigue, la communication entre les joueurs ou le staff. Comme pour chaque boulot, il y en a des plus ou moins bons. Mais, pendant le match, certains apportent une vraie plus-value. Et puis il y a aussi la question des interviews. On leur reproche souvent de poser des questions bateau, mais on ne peut pas demander une dissertation philosophique à la sortie d'une mi-temps ou d'un match. Ce n'est pas le moment de l'analyse: c'est un moment à chaud. Il n'en ressort pas souvent grand-chose de ces interviews, mais c'est normal. Et, de temps en temps, tu as une bonne surprise: il y a des joueurs doués pour faire des analyses à chaud. Ceux-là, il faut noter leur nom pour pouvoir en faire des consultants un jour!

 

En ce qui concerne ta façon de commenter, tu es plutôt sobre. C'est quelque chose qu'on t'a demandé, ou c'est ta façon personnelle de concevoir ton travail?
Je pense que tu commentes comme tu aimes écouter les commentaires. Dans le monde il y a des styles différents: en Amérique du sud, c'est une manière très exubérante de procéder, avec beaucoup de paroles, beaucoup de rythme, beaucoup d'intonations dans la voix; en Angleterre c'est beaucoup plus sobre. En France, on peut faire un peu ce qu'on veut. Il y a des bavards, des gens qui partent vite dans les tours. J'ai toujours aimé les commentaires en Angleterre: pour moi, c'est la classe absolue. C'est mon école, je me suis toujours dit qu'il fallait que j'aille vers ça. Je ne dis pas que j'ai raison, mais ma manière de voir mon métier, c'est d’être un intermédiaire. Pendant le match, on est là pour accompagner le jeu, pas pour créer de la polémique. Le mec ou la fille qui a envie de regarder un match, il veut passer un bon moment. Celui qui regarde pour s'énerver, il n'aura pas besoin de moi.

 

C'est ce qui explique que tu ne parles pas trop d'arbitrage à l'antenne?
S'il y a une erreur d'arbitrage, je le dis. Mais j'ai plutôt tendance à l'empathie vis-à-vis des arbitres. Ils sont là pour aider le jeu. Ils sont de bonne foi, ils ne font pas d'erreur sur le règlement. Sur son interprétation peut-être, mais ils sont les premiers à être peinés quand cela se produit. Et je ne vais pas dire que c'est un scandale, je ne suis pas là pour appuyer là où ça fait mal. On n'est pas l'élément principal du match. Le rythme du match est donné par les joueurs, par les actions: s'il se passe des choses, je peux gueuler. Je ne demande qu'à m'enflammer sur un 5-4.

 

Comme pour le fameux match entre le Borussia Dortmund et Malaga en Ligue des champions, où tu te casses la voix lors du retournement final [1]?
Exactement. C'est un quart de finale retour de Ligue des champions, avec deux buts dans le temps additionnel: si tu ne t'enflammes pas là, il faut changer de métier! Je ne suis pas là pour tromper sur la marchandise: si le rythme est assez lent, on prendra un ton calme, si le jeu réclame qu'on aille plus vite, on suivra le rythme. Et de la même manière, si ça chante dans les tribunes, laissons les gens en profiter! Quand je suis dans un stade, j'ai dix piges. Lors d'Angleterre-Slovaquie, que je commentais à l'Euro, ça a duré vingt-trois minutes. J'avais la chair de poule, vraiment! Il y a des moments où j’enlevais le casque, juste pour kiffer. Je regardais Bruno, et on ne parlait plus. Après, ça a duré, duré, duré... Il y a un moment où je me suis dis qu'il fallait quand même que je reprenne le micro de temps en temps (rires). Alors quand ça se rapprochait dans les vingt derniers mètres, je reprenais la main: "Centre de Machin, mais c'est récupéré"... ça rechantait, et je me remettais en retrait. Je ne revenais que quand je sentais que c'était vraiment indispensable. C'est une sorte de suicide professionnel ce que je dis là, mais pour moi, souvent, le meilleur moment de mes commentaires, c'est quand j'ai bien laissé vivre le son du stade. Parfois j'appelle ma femme après un match et je lui demande: "On a bien entendu le public?", et elle me répond: "Bon, tu l'as peut-être laissé un peu longtemps." (rires)

 

 

« Parfois, j'envie les gens qui peuvent faire du second degré, des blagues de mauvais goût ou salaces »

 

 

Tu t'es récemment inscrit sur Twitter: pourquoi si tard, alors que la plupart des journalistes l'utilisent depuis longtemps?
J'avais certaines réticences. J'avais quand même un compte neutre, sans mon nom, pour me permettre d'avoir les stats d'Opta, les news des clubs que je commente, etc. Donc ça m'était arrivé de regarder ce qu'on disait de moi, et je voyais parfois que je me faisais critiquer ou insulter. S'il y a dix personnes qui me trouvent génial, mais une seule qui m'insulte, ça m'affecte et ça ne compense pas les dix bonnes remarques. Donc je me disais que le jeu n'en valait pas forcément la chandelle. Par la suite, en discutant avec des collègues, avec des gens de la com de beIN SPORTS aussi, on m'a dit, et j'ai voulu l'écouter, que c'était important pour la reconnaissance externe et interne. Finalement, je me rends compte que je lis plein de trucs plutôt rigolos, et qu'il y a beaucoup de gens bienveillants. Je n'en voyais que le coté négatif. Pour autant, ça reste un outil professionnel. Il y a plein de moments où j'ai une bonne blague à faire, mais je ne la fais pas: même si c'est ton Twitter, tu ne peux pas faire tout et n'importe quoi. Parfois j'envie les gens qui sont vraiment libres là dessus, qui peuvent faire du second degré, des blagues de mauvais goût ou salaces, auxquelles je pense, mais que je m'interdis d'écrire. (rires)

 

Et que tu oses à peine retweeter...
Je ne les retwette même pas! C'est totalement lâche! (rires) On fait un métier public, on représente notre chaîne, on ne peut pas se lâcher totalement. Mes blagues sont plus Carambar que Fluide Glacial.

 

Justement, en ce qui concerne beIN SPORTS, on sait que la ligne éditoriale de la chaîne est de valoriser le "produit L1". Est-ce que cela a une influence sur ta façon de commenter?
Franchement, on ne m'a jamais demandé quoi que ce soit, il n'y a jamais eu un patron pour me donner des indications sur la façon de faire mon commentaire. Chacun peut commenter de la manière dont il le souhaite. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de ligne directrice à la rédaction, mais pas sur le commentaire. Il suffit de voir la façon dont on travaille tous différemment. Certains éditorialisent leur commentaire, d'autres sont plus neutres. Et ce n'est pas pour faire de la langue de bois.

 

Tu te définis comme un passionné de foot: tu vas voir des matches en tant que supporter, tu as joué au foot et tu commentes des rencontres. Qu'est-ce que tu préfères au final?
Pendant longtemps, c'était jouer. Jusqu'à trente-trois ou trente-quatre ans, je rêvais une nuit sur deux que j'étais professionnel. Un truc de fou. Entre 1998 et disons 2012, je rêvais tout le temps que je gagnais la Coupe du monde, avec des potes d'enfance, avec mon coach d'alors qui était devenu sélectionneur de l'équipe de France. Depuis trois ou quatre ans, je ne rêve quasiment plus que je joue au foot, comme si une partie de mon cerveau avait finalement pris conscience que je ne pourrais plus être pro. Bon, j'avais conscience de mes limites, mais le subconscient espérait encore que je signe un contrat quelque part, j'imagine! (rires) J'ai moins de plaisir à jouer aujourd'hui parce que je me sens un peu rouillé. Et surtout, j'adore commenter au stade.

 

Et donc maintenant tu rêves que tu commentes une finale de Coupe du monde?
Oui, mais c'est un rêve conscient! C'est un peu bête de dire ça, mais être payé pour commenter un match de foot, c'est un peu un rêve de môme qui se réalise. Quand j'étais gamin, si on m'avait dit que je serais payé grâce au foot, j'aurais répondu: "Ah, je vais être footballeur?". Bon, trente ans plus tard, ce n'est pas ça, mais ce n'est pas mal quand même! J'ai grandi dans un village de Picardie, je ne connaissais personne dans ce milieu, ce n'était pas évident que ça pouvait se concrétiser pour moi un jour. Donc quand j'arrive dans un stade, et que je me dis que c'est mon boulot de parler de foot pendant une heure et demie, j'ai vraiment conscience d'etre un privilégié.

 

Tu n'as pas de lassitude, avec le temps?
Chez beIN SPORTS, on a quand même la Ligue 1, la Ligue des champions, la Ligue Europa... c'est une lessiveuse, et on a aussi une vie privée à gérer. Pour autant quand j'ai un emploi du temps plus cool, j'essaie d'aller voir un match du Paris FC à Charléty, d'aller à Chambly dans l'Oise (deux clubs qui évoluent en National), ou même d'aller voir mon ancien club en amateur. Je ne le fais pas toutes les semaines évidemment. Et si je reste chez moi, je regarde la Ligue 1 ou la Ligue 2 à la télé. Je ne regarde pas un match tous les soirs... mais pas loin! Je n'ai aucune lassitude, non.

 

Dans une interview, le Guardian demandait à Martin Tyler, l'une des références anglaises du journalisme sportif, quel match de l'histoire du foot il aurait aimé commenter s'il avait pu remonter le temps. Toi, ce serait lequel?
Je dirais le match de Coupe du monde entre l'Argentine et l'Angleterre en 1986. Parce qu'il y a tout dans ce match: le but de la main de Maradona, son dribble où il slalome entre quarante personnes – alors que les Anglais ne sont que onze, c'est dire! Il y a à la fois des trucs géniaux et des trucs horribles. (il réfléchit) Et puis il y a peut-être le France-Portugal de l'Euro 84 aussi. Pour l'ambiance au Vélodrome. Et puis j'avais six ans. Toutes cette période là, ce sont mes premiers souvenirs de foot. C'était assez magique.

 

[1]Quart de finale de Ligue des champions en avril 2013.

 

Partager

> sur le même thème

Une belle dans le pied

Les médias et les journalistes


Mark Sanderson
2018-03-05

Le vestiaire doit-il garder ses secrets ?

When Saturday Comes – La Premier League n'a jamais eu de Charles Biétry pour envoyer des caméras dans les vestiaires. Mais elle s'interroge sur la possibilité d'ouvrir plus grand leurs portes. 


Jérôme Latta
2018-03-01

Netflix tombe dans le jeu de la Juve

Loin de sa promesse d’entrer dans "l’intimité" d’un club de football, la docu-série de Netflix sur la Juventus reste en façade de l’institution, et au service dune marque internationale désincarnée.  


Jérôme Latta
2018-01-02

Unes de L’Équipe en 2017 : du football et des hommes

Une Balle dans le pied – L'étude des 364 unes du quotidien sportif en 2017 indique l'hégémonie du football sur les autres disciplines, celle du PSG sur les clubs de foot, et la faible présence du sport féminin.


>> tous les épisodes du thème "Les médias et les journalistes"

Sur le fil

RT @JP_Sacdefiel: Tout à fait d’accord avec Hervé. Trop de maillots dénaturés par le marketing, trop de marketing ! https://t.co/6bWTHyCy0c

Dans le compte-rendu de France-Pérou, notre candidature au concours d’éloges de Kanté - https://t.co/kJqBJ2iCXn https://t.co/Q43oliWQIe

France-Pérou : les Bleus, le pressing et le cynisme. Par @CKuchly - https://t.co/03prArCqU5

Les Cahiers sur Twitter