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Satta Massagana

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Keane easy therapy

L'homme du scandale, banni par la sélection irlandaise lors de la Coupe du monde, aurait-il été le sage que personne n'a voulu écouter? Roy Keane connaît en tout cas une sorte de réhabilitation au terme de la contre-enquête… Chroniques irlandaises.
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Les Baladins du monde occidental Mike McCarthy fut un sélectionneur encensé pour le bon parcours de son équipe à la dernière Coupe du monde. Tout commença par un 1-1 sérieux face au Cameroun, champion d’Afrique et olympique, et très ambitieux dans la compétition. Les Irlandais enchaînaient par un autre nul 1-1, obtenu à l’arrachée, dans les derniers instants du match face aux Allemands, futurs finalistes de l’épreuve. Robbie Keane réussit ainsi à faire oublier un temps son illustre homonyme en étant le seul attaquant du Mondial avec Ronaldo à tromper le vigilant Kahn. Puis dans un match qu’ils devaient gagner par deux buts d’écart pour se qualifier, ils en marquèrent trois à l’Arabie Saoudite sans en concéder un seul, établissant ainsi la meilleure performance irlandaise en poule de phase finale de Coupe du Monde. La suite et la fin, c’est un huitième de finale contre un prétendant au titre mondial en pleine confiance, l’Espagne, rencontre qui restera comme l’une des plus passionnantes de la compétition. Dominés en première mi-temps, menés miraculeusement d’un seul but, les Irlandais reprirent progressivement pied pour égaliser sur penalty, et pousser les Espagnols jusqu’à l’épreuve des tirs au but. Keane le banni Pourtant, tout avait bien mal commencé. Le stage de préparation de Saipan s’était déroulé dans des conditions houleuses, propices à des polémiques assassines. Roy Keane, le fougueux et taciturne capitaine emblématique du onze vert, passait ainsi pour responsable d’une ambiance minant le groupe, réputé méprisant pour ses coéquipiers qui évoluent le plus souvent dans des clubs britanniques moins renommés que son Manchester United, à l’exception de l’autre "green red devil" John O’Shea. Enfin, c’était la version reprise par des tabloïds britanniques qui ont fait d’un Keano rarement malin dans ses relations avec les journalistes, une de leurs cibles privilégiées. Et comme la presse dite sérieuse trouva là l’occasion de lancer sa campagne mondialiste, n’en jetez plus : Roy Keane était le coupable idéal. La décision que prit alors Mike McCarthy d’écarter le capitaine et meneur d’hommes de sa sélection, fut donc presque unanimement bien accueillie. Les quelques conciliations tentées par la Fédération irlandaise (FAI) restèrent vaines. Tant le sélectionneur que le "banni" laissaient certes la porte entrouverte pour un arrangement de dernière minute, mais aucun ne voulait céder le premier. Ce fut donc une Irlande orpheline qui enthousiasma ses supporteurs. Les brillantes analyses sur le vif ou dans les jours qui suivirent la compétition asiatique, eurent vite fait de porter le crédit de cette bonne performance sur le compte de l’éviction de Keane. L’affaire semblait entendue. Keane réhabilité ? Pourtant, dans le courant de l’été 2002, quelques voix s’élevèrent pour défendre la réputation de Roy Keane. Ce fut l’œuvre de fins connaisseurs des arcanes du football de la verte Erin, qui savent que tout n’est pas rose au sein de la fédération, et qui n’oublient pas ce que Keano a apporté à une sélection nationale qui aurait pu sombrer avec la retraite de la génération dorée du début des années 1990, dans les rangs de laquelle figurait justement Mick McCarthy. Et effectivement, lorsqu’on fait le tri dans les déclarations faites par le skipper de Manchester United avant le mondial, tout n’est pas si simple, et pas totalement à charge contre lui. Les propos méprisants à l’égard de ses coéquipiers sont largement l’œuvre du talent déformateur des tabloïds britanniques, passés maîtres en la matière. On le sait, bien sûr, et pourtant ça fonctionne toujours. A y regarder de plus près, le calme revenu, on réalise ainsi que Roy Keane avait avant tout critiqué le programme de préparation de la Coupe du monde, qu’il jugeait peu professionnel. Comme les auteurs de cette préparation n’étaient autre que les instances dirigeantes de la FAI, et que le sélectionneur l’avait acceptée, on comprend aussi leur intérêt à laisser leur capitaine courage subir une vindicte médiatique des plus opportunes. Alors, les suspicions allant bon train, Roy Keane reprenant la parole, il fut décidé de lancer une commission d’enquête indépendante, dont le rapport a été publié début novembre. Jusque là, la nation irlandaise est restée partagée en deux.

Un parfum de scandale entoure Roy Keane : son autobiographie lui a valu 5 matches de suspension et 150.000£ d'amende, en raison de ses déclarations sur la blessure infligée délibérément à Alf Inge Haaland.
McCarthy, c’est fini Seulement voilà, entre temps, les premiers matchs des éliminatoires de l’Euro 2004, pour le moins catastrophiques (défaites en Russie et, à domicile, contre la Suisse), ont déjà eu raison de l’état de grâce estival du sélectionneur. McCarthy a dû démissionner, et son remplaçant provisoire ne sait plus où en donner de la tête. La boîte de Pandore irlandaise est ouverte, et elle contenait apparemment beaucoup de rancœur et de jalousie. Beaucoup de noms sont pressentis pour mettre un terme à l’intérim de Don Givens, l’entraîneur des équipes de jeunes, mais les plus en vue ont diplomatiquement décliné l’offre. O’Leary, l’ancien coach de Leeds United, ne s’est pas senti mûr pour prendre en main une sélection nationale, et s’est déclaré toujours à la recherche d’une nouvelle expérience en club. John Toshak s’est également désisté. Les rumeurs continuent donc de courir, impliquant Brian Kerr (directeur technique de la FAI), Philippe Troussier ou encore Martin O’Neill (Celtic). De plus, côté joueurs , c’est presque la débandade. Onze des joueurs pressentis pour le match amical contre la Grèce du 28 novembre ont déclaré forfait, la plupart du temps en prétextant des blessures diplomatiques. La pression est forte du côté des clubs anglais de moyenne envergure qui n’ont pas de banc très fourni, pour ne pas laisser partir trop souvent en sélection leurs Irlandais. Le comble fut même atteint lorsque l’inexpérimenté Don Givens a appelé l’attaquant de Wimbledon, David Connolly, pour lui annoncer sa sélection. Selon Givens, il aurait eu une conversation surréaliste avec le jeune joueur qui n’a jamais évolué au plus haut niveau, et qui ne se serait pas montré intéressé d’être seulement appelé en cinquième ou sixième choix. "Toute ressemblance avec des situations ou personnages réels est fortuite et involontaire", dit-on dans les films… Toujours est-il que la FAI ne sanctionne pas et que Connolly affirme que Givens a raccroché avant de lui dire qu’il était blessé. Diplomatie oblige. Dans l’histoire, c’est l’attaquant des Bohemians de Dublin qui est gagnant, puisqu’il eut l’honneur d’être le premier joueur du championnat irlandais titulaire en équipe d’Irlande depuis Pat Byrne en 1986. Le match en Grèce aura au moins eu le mérite de stopper l’hémorragie, mais il semble manquer quelqu’un. Keane le sauveur ? Alors, si la qualification pour l’Euro semble fort mal engagée au bout de deux matches, tout n’est pas forcément perdu. Et certains se prennent à espérer un retour de l’enfant terrible Roy Keane pour mettre de l’ordre dans la maison verte. Avant de passer pour l’élément perturbateur, combien de fois en effet n’a-t-il pas jouer le rôle d’émulateur et de fédérateur? Mais pour ça, il faut que deux conditions soient remplies. Tout d’abord que McCarthy ne soit plus le sélectionneur irlandais. Ensuite, que le rapport de la commission d’enquête Genesis ne soit pas à charge contre le capitaine mancunien. La première partie est remplie, on l’a vu. Quant à la deuxième, heureuse ou mauvaise surprise selon les opinions de chacun, elle est quasiment accomplie. Ce rapport balaie en effet l’importance des déclarations qu’aurait tenu Roy Keane sur ses partenaires, et confirme ses propos moins médiatisés et pourtant fort critiques sur la préparation des Verts pour la Coupe du monde en Asie, notamment le fameux stage de Saipan. La FAI et son sélectionneur affirmaient que ces critiques étaient injustes car le but du stage était le repos et la récupération. Faux, dit le rapport. "L’équipe a été prévenue de ceci lors du jubilé de Niall Quinn. Mais Keane n’était pas présent à cette réunion, et les dirigeants de la FAI ne l’ont jamais prévenu". La Commission atteste en outre les propos tenus par Roy Keane au sujet d’un barbecue organisé à Saipan, au cours duquel les journalistes étaient conviés pour partager bières, viandes grasses et anecdotes croustillantes avec les joueurs de la sélection. Rien d’étonnant après cela si une certaine partie de la presse s’en est pris au rabat-joie de service, venu se préparer sérieusement pour une Coupe du monde et pas pour prendre part à un programme farniente-barbecue. De plus, le rapport confirme et dépasse même les critiques que Keane a portées quant au manque de professionnalisme de la FAI, tant au niveau de son organisation que de ses structures. Il met le doigt sur l’amateurisme des dirigeants, l’absence de structures d’entraînement et de suivi médical aux normes habituelles. "Les structures actuelles, qui incluent direction bénévole et management professionnel, sont incompatibles. Le planning global de la coupe du monde 2002 était inadapté, et tout succès fut d’abord une question de chance plutôt que de saine gestion". Un jugement sans appel, qui a d’ores et déjà coûté sa place au chef exécutif de la FAI, Brendan Menton. Son président demande quant à lui un délai de cinq ans pour mettre en œuvre l’ensemble des recommandations de la Commission Genesis. Les enjeux sont importants. L’Irlande s’est portée candidate à l’organisation de l’Euro 2008 en coopération avec l’Ecosse, et ne peut se permettre de faire durer la crise, ayant déjà bien du mal à convaincre la Gaelic Athletic Association de mettre à disposition son mythique Croke Stadium. Alors, un peu de réussite sportive, et un arrêt des polémiques seraient bienvenus. Déjà, les ex-coéquipiers de Roy Keane, notamment John O’Shea et Robbie Keane, ont publiquement souhaité le retour de leur capitaine historique.
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