Kevin Kohler, épisode 1

Entre football et fiction, comédie et roman noir, voici le premier chapitre des aventures de Kevin Kohler, un jeune joueur tout juste acheté par le PSG – et dont nous allons bientôt héberger le blog.

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En septembre, ne manquez pas le lancement du blog de Kevin Kohler, "un footballeur du XXIe siècle", sur lequel toute l'aventure sera racontée.

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Épisode 1 : Moulins

À Moulins, on fête les gens qui partent plutôt que ceux qui arrivent. Tout simplement parce qu'on n'est pas certain de les revoir un jour. Les lecteurs des pages sportives du journal La Montagne sont venus avec une banderole "Kevin Kohler, à jamais dans nos cœurs. Bonne chance à Paris." Suspendue entre deux chênes, elle enjambe maladroitement la place du théâtre et en recouvre une seconde, plus ancienne, confectionnée par les lecteurs des pages transferts de France Football: ''Kevin Kohler, à jamais dans nos cœurs. Bonne chance à Marseille." Tout va très vite dans ce sport de dingue.

Le PSG cherchait des joueurs pour son équipe réserve de CFA. Franck Rizzetto, leur nouveau coach, s'était souvenu de mon but inscrit en National contre Rodez, son ancien club, au printemps 2010. À dix-neuf ans, j'avais eu l'honneur de la pleine page, un bonheur partagé. Je me souviens que José, notre entraineur, avait déchiré puis scotché la photo illustrant l'article sur la vitre avant de sa voiture : à droite du pare-brise on distinguait un bout de son bras, l'annulaire ou l'auriculaire, un minuscule morceau de gloire, quelques moucherons, des contraventions et les restes d'un collégien obèse attendant son bus. C'était une très grande photo. Et un petit trottoir.

Comme je ne mesure qu'un mètre 73, le journaliste m'avait surnommé Petit ange. Il trouvait que je volais sur le terrain "avec la grâce d'un ange volant dans le ciel." Il y a surtout des baffes qui se perdent, dans le ciel.

Alain Roche, le responsable du recrutement, a d'abord contacté mon club, puis mes parents, avant de finalement obtenir mon numéro de téléphone en cherchant sur internet ; à Moulins, on ne donne pas son portable aux étrangers. Le PSG ne m'a proposé qu'un an de contrat, avec un statut flou et des conditions modestes. La foule ne le sait pas. "Ecoute-les, Kevin, ils sont là pour toi" me murmure l'étrange Lapin vert. "Profites-en, gamin. Profites-en, car lorsque tu seras là-bas, seul face à tes peurs, aussi fébrile qu’un second rôle dans un film de zombies, tu regretteras d’avoir quitté ton nid."

La grande place a accueilli la cérémonie sous les éloges de la préfecture et de ses boutons d’acnés. Nicolas Vartan, l’un des plus jeunes maires de France, a tenu à me rendre un dernier hommage:
"Kevin est le premier footballeur de notre bonne ville de Moulins a éveiller l’intérêt de la capitale depuis Fabrice Sanchez, dont le célèbre pied gauche fait aujourd'hui des ravages à la prison de la Santé. Kevin n'a pas mangé sa sœur, lui. Son talent balle au pied, seul, l'a conduit à Paris. Je n'ai pas souvenir d'un précédent ; mais c’est peut-être parce que je n’ai que 21 ans, après tout."

Du football, Nicolas ne connait que son pouvoir de séduction. Il a vite compris que s'afficher à mes côtés pouvait lui rapporter bien davantage qu’une montée dans les sondages. Depuis l'officialisation du transfert, il s'est senti pousser une âme de spécialiste. Elle pourrit déjà, tombera dès la fin de la nuit.

"Les anciens – et je sais qu'ils sont encore nombreux, malgré le tournoi de coinche et la canicule - vous le confirmeront: l'Allier n'est pas une terre de foot, tout au plus un champ à betteraves. Pourtant c'est bien ici, mes chers concitoyens, amis et électeurs, c'est bien ici que le responsable du recrutement du Paris Saint-Germain – allons Alain, ne soyez pas timide, faites coucou au public – s'est arrêté. Ô toi, Messie venu d'en haut par le TER, excuse-nous pour la petitesse de notre gare et accepte comme modeste présent cette Citroën C4, cadeau de notre sponsor. Prends bien soin du Petit ange de Moulins, Kevin Kohler".


D'un signe de la main plutôt mou, davantage balladurien que chiraquien, Nicolas m'invita à le rejoindre sur scène. Il m'autorisa à remercier l'ensemble des bénévoles du club, mes coéquipiers et ma famille, puis reprit le micro sans même attendre que j'en termine. Une rafale de vent ayant emporté le discours préparé par son conseiller en communication, il descendit très vite au contact du public. La demi-heure durant, il s'appliqua à me subtiliser les lumières du jour, conscient qu'à mon départ il rebasculerait dans l'ombre. J'en étais réduit à signer les demandes d'autographes et à réconforter par un simple au revoir les visages défaits des groupies encombrant le théâtre - on jouait Les Précieuses ridicules jusqu'en septembre. Papa s'était déplacé sur un banc et lisait le journal, étranger de mon excursion.
Le maire serra plusieurs autres mains moites puis quitta définitivement l'endroit vers treize heures trente; sans doute avait-il école.

Les réjouissances se poursuivaient sans lui. Une chanteuse has-been des années 80, invitée par la mairie, offrait son ultime récital. À Moulins, on n'a pas de pétrole mais on a Desireless. Le Lapin vert – on le surnommait ainsi car cet homme, aussi timbré qu'érudit, en dessinait sur les murs de la ville – guidait les curieux vers les vendeurs de maillot. Un lâcher de ballon s'improvisait. Il y avait des gosses partout, des monstres bleus et blancs qui perçaient des baudruches. La marmaille photographe me portraitrisait en toute hâte. Si je me montrais trop pressé, j'entendais les "Regardez, à peine parti et déjà changé". Medhi et Pierre, deux amis d'enfance, voulaient une place dans mes bagages. Ils promettaient de rester discrets. À leurs yeux, il suffisait simplement que je me montre redevable, eu égard au passé. Je n'étais pas encore parisien mais déjà bousculé.

"Kevin, sérieux, on dérangera pas! Tout ce qu'on veut, c'est des billets pour le Parc, quelques filles et rencontrer Pierre Ménès! Sois pas egoïste, mec, fais tourner!" La jalousie parlait pour eux. Un jour, Medhi m'a raconté qu'un recruteur de l'Olympique de Marseille s'était présenté au concierge de son immeuble. Medhi livrait des prospectus, ce matin-là. La chance ne se présente qu'une fois et j'entendais bien saisir la mienne.
"Hé! Tu me fais mal!
- Pardon, monsieur Roche.
- Il faut y aller. La nuit va bientôt tomber et j'ai peur du noir.
- Il est seulement quinze heures.
- Le trajet va être long. Je ne voudrais pas manquer la présentation officielle de Pastore, demain.
- Il est à Paris depuis dix jours.
- C'est ça, prends moi pour un con. Allez, dépêche. S'il te plait. Regarde, il commence à faire sombre.
- Je dis juste au revoir et on y va."

Pénétrant la foule comme j'ouvre les défenses, j'avance jusqu'à ma mère, dribble un mioche, tacle le deuxième, arrive dans la surface libre de tout marquage. Elle réconforte mon frère sans rien laisser paraître, avec le calme qui la caractérise. Je sais pourtant que tu es triste, maman, de devoir à nouveau abandonner l'un de tes fils. Je n'ai pas peur d'échouer en signant à Paris; je redoute seulement que tu ne le penses.

José, le coach, me glisse un dernier mot - "Si tu vois Denisot, demande-lui si Yann Barthès est homo" - puis j'embrasse maman en m'engageant à venir la voir dès que mon emploi du temps de footballeur pro me le permettra. À son tour, la Citroën C4 d'Alain Roche fends la foule des curieux. Elle transperce l'air en rejetant des vapeurs de carburant. Certains, qui n'ont jamais vu Paris, parviennent tant bien que mal à s'accrocher aux essuie-glaces. Roche accélère pour les faire tomber puis klaxonne, désormais engagé sur la route. Je monte au milieu de la partie de bowling; un Closer Spécial Stars et acné dépasse de la boite à gant. Roche semble tendu: "Je crois avoir renversé un truc gros et poilu. Vous avez bien des ours par chez vous, non? Et la bête du Gévaudan, vous l'avez butée? C'est bizarre, il portait une robe." Silencieux, j'attrape ma ceinture. Il me freine: "Là où nous allons, tu n'en as pas besoin."
Je me retourne. Le banc de papa est vide, il s'éloigne déjà.

À suivre.

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