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Trente-cinq

Kevin Kohler, épisode 2

La suite - ou plutôt le début – des aventures de Kevin Kohler au moment où la nouvelle recrue du PSG découvre le Camp des Loges...

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En septembre, ne manquez pas le lancement du blog de Kevin Kohler, "un footballeur du XXIe siècle", sur lequel toute l'aventure sera racontée.

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Épisode 1.2 : Michel Delpech

En revenant de Moulins, Alain Roche m'a directement loué une chambre dans un hôtel très policé du 16e arrondissement. J'ai failli m'y perdre à deux reprises: une première fois en me rendant du lit aux toilettes, une seconde en voulant sortir de la baignoire - les toilettes ne fonctionnaient pas bien. Je n'ai pu quitter la pièce qu'en consultant le plan de la salle de bain sur mon Blackberry. On dirait pas comme ça, mais c'est un truc de fou, le nombre d'endroits visités par la voiture Google Maps Street View.

Quatre saisons de Docteur House ont passé depuis mon arrivée à Paris. Roche me rappelle enfin. "Prépare-toi, je viens te chercher", m'annonce-t-il d'une voix caverneuse, similaire à celle que prend La Mort quand elle vous téléphone à deux heures du matin. Officiellement directeur de la cellule recrutement du PSG, Alain Roche porte bien un long manteau noir mais ressemble plutôt à une nounou, à un Robin Williams rejouant Good Morning, Kezman. Très prévenant, il me fait descendre dans la rue puis me fait grimper dans sa caisse en me tenant la portière.

"Tu vas bien? Un chewing-gum? Tiens, je t'ai pris des magazines. Tu aimes Marie-Claire? On y apprend plein de choses sur les femmes. Tu savais pour la Ménopause?
- Merci, mais...
- Au fait, j'ai pas trop l'air guindé? J'ai oublié mon survet chez ma mère. C’est con, j’ai pensé à prendre son Marie-Claire mais j’ai oublié mon survet!
- Tu devais venir me prendre dès dimanche... J'me suis fait chier, seul à l'hôtel.
- J'étais en repérage.
- A l'étranger?
- Chez ma mère. Le nouveau copain de la fille de la voisine. Le quartier est en émoi, paraît qu'il est déjà marié! J'ai sorti les jumelles, pris des notes, fouillé ses poubelles, épluché son compte sur Meetic, bref, le topo habituel, comme pour Bisevac. J'ai pris froid, d'ailleurs, à force de rester dehors. T'es prêt?
- Pour aller où?
- Ah, c'est une surprise!", me répond-t-il, tout en indiquant l'adresse du Camp des Loges sur son GPS.

À mi-chemin, il s'arrache un cheveu blanc. "Regarde. Je vieillis. Je file un mauvais coton. Je mange des yaourts au soja, j'achète du melon au marché et des pilules pour bander dans les pharmacies. Dans les pharmacies, merde, même pas sur le net!" Il allume Nostalgie puis insiste: "Ça devient grave, je ressemble à Toulalan. Tu me suis, hein? Je me sens en décalage avec la jeunesse, Kevin. Tu as l'air différent. Les footeux de ton âge, en général, ils me vouvoient. Oh, super, du Michel Delpech! Il était cinq heures du matin, on avançait dans les marais... couverts de bruuuumes."

Le Camp des Loges, un préfabriqué blanc et ocre, semble aussi grand qu'une nuée de cinquante oies sauvages. Un vigile en smoking-cravate en surveille l'entrée. Son costume l'étrangle à hauteur du cou mais ne l'empêche pas de rire, comme j'en fis l'amère expérience au moment des présentations.

"Cette crevette, un joueur du PSG? Ha! Ha! Petit, désolé, mais les visites scolaires commencent à 15 heures. Dis à ton père de revenir plus tard.
- C'est moi, Alain Roche!
- Ah pardon, je vous avais pas reconnu sans votre survet.
- Franck est ici?
- Y a personne à part les moins de 17 ans. Ils s'entrainent là-bas derrière. Faites le tour, l'agent d'entretien vient de nettoyer le hall.
- C'est glissant?
- Pas vraiment. Mais comme il est allergique à la javel, il a vomi partout."

Un désert s'ouvre devant nous. Kombouaré, Léonardo et le président sont à Notre-Dame. "Les deux premiers pour prier, le troisième pour acheter l'église et la transformer en parc d'attractions", nous indique le vigile. Nous avançons dans le parking sans provoquer l'intérêt des journalistes prostrés derrière une grille en fer, les pieds plongés dans une boue noire que déverse un camion aux couleurs du PSG. Des bénévoles de l'association Gratte-papiers sans frontières leur administrent des piqûres de rappel: "Pour votre santé, vous feriez mieux de couvrir une autre équipe ou d'arrêter de provoquer le club." Jérôme Bouboule, dont le feu de tente brûle encore, chante du blues pour se donner du courage; un collègue l'accompagne à l'harmonica sur Il est mort le soleil de Nicoletta.

La lecture d'une simple pancarte m'apprend qu'il est "interdit d'alimenter la presse" ou de s'approcher trop près de la grille. "C'est du 220 volts, quand même", précise Roche. Je commence enfin à comprendre pourquoi tant de journalistes du Parisien, selon ses dires, sont grillés dans la profession. Ils n'attendent qu'un signe de leur rédac'chef pour lever le camp, un geste de Pastore ou un pet de Hoarau, mais les joueurs de l'équipe première demeurent invisibles. À mon grand regret, je le suis aussi.

Faute de trouver Rizzetto, Roche me fait prendre une porte dérobée menant vers un long couloir dont des photographies d'anciennes stars ornent les murs: Nicolas Anelka, Ronaldinho, Luis Fernandez, Safet Susic. Et Mickaël Madar. "Ses cousins nous ont aidé à déraciner les pelouses des terrains aux alentours. Jour et nuit, ils arrachaient les mauvaises herbes, le nez à vingt centimètres du sol, à la recherche, j'imagine, d'un trèfle à quatre feuilles. Mais à part des hérissons, ils n'ont pas ramené grand-chose." Après avoir jeté un œil sur le vestiaire visiteurs, la salle de détente, celle de musculation, la balnéothérapie et une bibliothèque aux portes condamnées, nous arrivons devant la porte du bureau de Michel Kollar, archiviste.

"C'est Kevin Kohler, le gars dont je t'ai parlé. Il a besoin de la clé de son casier." L'autre se lève de sa chaise, se dirige vers une armoire métallique puis commence les fouilles. "Kennedy, Kebano, Kelban, Kokkinis... Kaka... Non, je plaisante... Ah, voilà: Kohler." Il sort un sac transparent en plastique isotherme d'un classeur orange; dans le sac, j'aperçois un sandwich triangle, une clé et des coupures de journaux.

"Si ça ne vous dérange pas, je vais garder le sandwich. Tenez, voici votre clé. On vous a donné le casier laissé vacant par Sammy Traoré. Si besoin, nous vous prêterons un escabeau pour y accéder.
- Ah bon? Mais je ne suis pas en équipe réserve?
- Alain? Ce petit vient pour la CFA?
- Euh... T'as pas reçu mon mail?
- Non.
- Même dans tes spams?
- Oui, oui, ce bug a été réparé la semaine dernière.
- Ah. J'ai sûrement oublié de... Hem... Bon, j'en parlerai à Antoine demain. Tu me donnes faim, Michel, avec ton sandwich. Allons-y, Kevin. J'ai réservé une table VIP à l'Hippopotamus, avec supplément frites.
- Je vais rester un peu, si c'est possible.
- Comme tu veux."

J'ai récupéré dans le casier des papiers administratifs, un porte-clés Paris est magique et mon maillot floqué 14, le numéro de mon frère lorsqu’il jouait ici. Tel Christophe Colomb, j'avais atteint le Nouveau monde. Je suis resté assis au moins dix minutes sur ce banc, en m'imaginant sur une pelouse de Ligue 1, à défier Landreau, Lloris ou Mandanda. J'avais enfin l'impression de faire parti du décor.
Un type m'attendait dehors. Il représentait Ultimate Player, un service de conciergerie de luxe pour footballeurs dont il était actionnaire. "Tu veux une voiture? Nous avons une voiture. Tu veux du caviar? Nous avons du caviar. Tu veux de la cocaïne? J'ai mes entrées chez Canal+" J'avais surtout besoin d'une voiture, en fait. Il m'en montra une, garée entre deux Porsche, une Mercedes couleur champagne. "Prends-la, le temps de trouver tes marques."

Au volant d'une fusée, j'ai survolé l'espace d'un après-midi tout ce que Paris comportait de cratères. Mon numéro 14 brillait dans mon dos. Je conduis peu, je conduis mal, mais je conduis, c'est déjà ça. Remontant les Champs-Elysées, j'ai nargué les vitrines, klaxonné les Mickeys. J'ai brûlé un feu, suis monté sur un trottoir. J'étais un joueur du PSG. Près de la Place Beauvau, alors que je virais trop tôt, deux hommes m'ont fait coucou. Des gendarmes. Deux supporteurs, sans doute.



À suivre.

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