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La Coupe du monde à l'envers ?

La Coupe est vide

C'est la déception qui domine à l'égard de cette édition 2002, largement dépourvue d'émotions fortes et de sommets sportifs. Au-delà des procès de circonstance sur l'arbitrage, il s'agit de prendre conscience que les rythmes des compétitions et les (dés)équilibres économiques actuels compromettent gravement l'avenir des sélections nationales et de la Coupe du monde elle-même.

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On s'épargnera ici les débats sur le "niveau" de jeu, tant cette matière est relativiste, et tant le dénigrement général semble parfois découler de l'amertume de l'élimination. On l'a déjà dit, si les "grandes équipes" avaient été à la hauteur, le spectacle aurait été au rendez-vous. A l'heure des bilans, deux constats s'imposent cependant. D'abord, on cherche en vain ces quelques grands matches qui marquent un millésime, ces confrontations où l'expression technique et l'intensité dramatique sont à leur comble. Les scénarios des rencontres à élimination directe de la Corée s'en sont approchés, mais les polémiques sur les erreurs d'arbitrage en ont terni l'éclat. Dans le dernier tableau, on retiendra aussi Brésil-Belgique, Espagne-Eire, Suède-Sénégal ou Brésil-Turquie, mais à part les aventures des outsiders, rien n'est vraiment venu alimenter le mythe de la Coupe du monde.
 

Plus inquiétant, car le problème est de fond, peu d'équipes auront fait preuve d'une maîtrise totale du jeu, sinon sporadiquement (ou dans un match de cirque comme Allemagne-Arabie). Le sort des rencontres a plus souvent tenu à l'opportunisme des attaquants, à la rigueur tactique ou à la providence qu'à un mérite indiscutable attesté sur le terrain. Que le resserrement des écarts en soit en partie responsable ne fait aucun doute, mais il y a là matière à réflexion.


Mortelles cadences

Pourquoi alors la Coupe du monde n'a pas été ce moment magique qui recèle les plus beaux moments et les plus beaux gestes de football, qui accueille tous les quatre ans seulement les plus belles équipes? La réponse tient en majeure partie à la place prise par le football de club, aussi bien sportivement qu'économiquement. On invoque souvent la réduction du temps de préparation dû à l'avancement de la compétition asiatique pour raisons climatiques, mais cet argument ne doit pas masquer l'impact dramatique des cadences imposées aux footballeurs de haut niveau, et particulièrement à l'élite des internationaux. La faillite des stars est suffisamment éloquente à cet égard.

Les quatre années qui se sont écoulées depuis le Mondial 98 ont justement vu se déclarer une véritable guerre entre les sélections nationales et les clubs, axées sur les calendriers. Le plus grave est que ce sont les dirigeants qui ont dénoncé l'importance à leurs yeux excessive accordée aux sélections, avec une attaque coordonnées contre leurs prérogatives (mise à disposition des internationaux, organisation de déplacements et de matches amicaux "superflus"). Fer de lance médiatique de cette offensive (voir Arsène du crime et Wenger: Jekyll ou Hyde?), Arsène Wenger fait aujourd'hui preuve d'une hypocrisie remarquable en dénonçant les excès du calendrier anglais. Il vrai que sa surconsommation d'internationaux français a coûté cher dans cette Coupe du monde, et que le voyage au Chili qui l'avait tant fait rager a de toute évidence moins fatigué les Bleus d'Angleterre que le programme démentiel des clubs comme Arsenal.


Un combat inégal

La préséance des forces économiques (qui se manifeste dans tous les dossiers actuels) a nécessairement des conséquences sur le football des sélections, que l'on mesure mieux aujourd'hui. Sous le plus grand chapiteau du monde, acrobates, trapézistes et grands fauves étaient épuisés. A ce régime, le Mondial aura vite fait de devenir une coquille vide et d'être progressivement dévalorisée. La question est de savoir si le bilan 2002 obligera à une prise de conscience et à une inversion de tendance, ou s'il ne fait qu'annoncer une aggravation inéluctable de la situation.

La réforme de l'arbitrage concentre aujourd'hui toute l'attention, mais il suffirait d'un peu de bon sens dans ce domaine pour progresser rapidement dans ce domaine (on entend ainsi de nouveau parler de l'adjonction d'un ou deux arbitres supplémentaires). A l'inverse, c'est un vrai combat politique qu'il faudrait mener pour limiter une inflation des compétitions qui finit par nuire à ceux qui en sont les plus demandeurs, c'est-à-dire les médias eux-mêmes. La Ligue des champions suscite des critiques croissantes et son audience décroît, mais l'UEFA est sous la coupe des clubs représentés par le G14, lesquels (Bayern excepté) sont tous opposés à un allègement de la formule. En France, le patronat du football a décidé de faire repasser l'élite à 20 clubs (La D1 à 20 clubs, une réforme imbécile)… On mesure la hauteur des obstacles à franchir pour imposer une modération calendaire qui pourrait non seulement sauver la Coupe du monde de la déchéance, mais aussi le football du dopage. Mais ceci est un autre dossier, tout aussi difficile à aborder…

 

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